« Ça » : retour sur le diptyque d’Andrés Muschietti

Cet article est extrêmement long et rempli de spoilers. Il contient aussi des gros mots, et des thèmes pas toujours marrants y sont abordés – mais pour ces derniers, c’est à Stephen King qu’il faut se plaindre. Voilà, vous êtes prévenus !

De tous les romans de Stephen King (et il en a écrit beaucoup le bougre), s’il y en a un qu’il FALLAIT adapter, c’est bien Ça.
Roman le plus abouti, le plus visuellement intéressant et aux personnages les plus attachants, il est une mine d’or en matière de références au cinéma horrifique et possède l’un des antagonistes les plus marquants de la littérature : Pennywise, le clown dévoreur d’enfants.
Le réalisateur Tommy Lee Wallace l’avait bien compris, c’est pour ça qu’en 1990 est sorti le – très mauvais – téléfilm « Il » est revenu… Que je n’aime pas. (Mais je ferai tout un article pour vous expliquer pourquoi.)
Jusqu’en 2017, il n’existait donc qu’une adaptation ratée du roman de Stephen King… Puis est arrivé Andrés Muschietti, réalisateur argentin ayant déjà à son actif le correct Mama, qui nous a proposé une nouvelle version plus moderne de l’histoire, cette fois-ci séparée en deux films : l’un retraçant l’enfance des protagonistes, l’autre leur retour en tant qu’adultes dans la ville qui les a vu grandir.
Et je ne vais pas vous mentir : j’ai attendu ces deux films avec une grande impatience, aussi excitée qu’appréhensive du résultat, guettant chaque nouvelle information, acteur, bande-annonce…
Alors, qu’est-ce que ça a donné ?
C’est ce que l’on va voir aujourd’hui dans un article bien trop long où je reviens sur les deux films, vous donnant mon avis sur chacun d’entre eux, tout en retraçant leur histoire de manière linéaire. (Pourquoi faire simple quand on peut faire si compliqué, n’est-ce pas ?)
Et pour être honnête, sachez que ça aurait pu être PIRE, puisqu’apparemment visitée par les muses de l’inspiration, de la motivation ET de l’ambition, je comptais en plus discuter de tous les changements effectués par Muschietti par rapport au roman d’origine… Bon, il fallait s’en douter, le résultat était trop long, trop brouillon, trop compliqué… Bref, indigeste. Mais comme je compte absolument vous parler de ces films en tant qu’adaptations et qu’il est hors de question que je perde des heures de recherches, de lecture et d’écriture, je vous promets un autre article sur le sujet pour plus tard !
En attendant, enjoy !

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Ça : chapitre 1

« Il sortit. Bill ne devait plus jamais le revoir. »

Si elle ne l’était pas avant ce film, l’image est maintenant connue de tous, ou presque.
Celle d’un petit garçon en ciré jaune qui, ici sur un sublime air de piano composé par Benjamin Wallfisch, joue sous la pluie avec le bateau en papier que son frère lui a imperméabilisé. Alors que l’eau coule à flot, l’enfant se fait distancer par la frégate qui continue vaillamment son chemin et l’amène tout droit vers une bouche d’égout – tout droit vers sa mort prochaine.
Car voyez-vous, tapi dans l’obscurité se trouve le monstre le plus répugnant, le plus horrible, le plus terrifiant qui puisse exister… Et il a très faim.
Mais tout ce que voit Georgie (car c’est le nom du petit garçon), c’est un clown. Et un clown, même caché dans le noir, est forcément inoffensif non ? Ce n’est d’ailleurs pas de sa faute s’il se retrouve là-dessous : la tempête les a emporté, lui et son cirque, jusque dans les égouts… Du moins c’est ce qu’il dit. Et Georgie le croit.
C’est pourquoi, lorsque le monstre clown lui propose gentiment de lui rendre son embarcation de papier, le petit garçon ne se méfie pas – ou pas assez. Il tend son bras. Le tend. Le tend encore… Et le monstre passe à l’attaque.
Son membre arraché, l’enfant tente de ramper, loin de la bouche béante de l’égout, loin de la bouche béante de la créature… En vain.
Et alors qu’il se fait entrainer vers une mort horrible dans l’obscurité et la puanteur, Georgie prononce, dans un appel à l’aide aussi vain que désespéré, le nom de son grand-frère, Billy ; le tout dernier mot ayant jamais franchi ses lèvres.
Maintenant, Georgie flotte.
Tout flotte, en bas.

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Meet the losers !

Après cette première scène pas très rigolote (mais terriblement efficace), il nous faut maintenant rencontrer les (sept) protagonistes avec qui nous allons passer les prochaines heures, mais autant vous prévenir tout de suite : c’est une bande de nazes. Ils sont loin d’être populaires, se font harceler par les autres adolescents et viennent parfois carrément de foyers abusifs… Bref, ce sont des ratés.
Et vous avez rarement rencontré des personnages aussi géniaux et attachants.

■ William Denbrough : Le pauvre Bill n’a vraiment pas de chance : il ne sait pas prononcer trois phrases sans bégayer, son frère vient de se faire dévorer par un clown monstrueux, ses parents ne lui adressent plus la parole… Et il a beau être le leader du Club des Ratés, il a moins de charisme qu’une huître. Morte. (Mais je l’aime bien quand même.)

■ Beverly Marsh : Puisqu’interprétée par la talentueuse Sophia Lillis, Bev est absolument sublime. En plus de ça, elle est sympa, drôle, intelligente, altruiste… Bref, Beverly est parfaite.
Malheureusement, sa vie, elle, est parfaitement pourrie : harcelée à l’école, se traînant une réputation de fille facile (pour être polie), elle vie en plus seule avec un père violent qui demande beaucoup trop d’amour à sa petite chérie. #maisquefaitlapolice?

■ Richard Tozier : (Beep Beep) Richie est le meilleur personnage de la bande des Ratés de tous les Ça qui existent, que ce soit le roman, les films de Muschietti et même le – très mauvais – téléfilm de 1990.
C’est la grande gueule, le petit comique aux énormes lunettes qui n’arrête pas de faire des blagues de daronnes et de teubs. Et il est hilarant. (Oui il m’en faut peu.)
Bref, Richie, c’est le meilleur.

■ Edward Kaspbrak : Habitant seul avec une mère qui le surprotège, Eddie est victime d’un syndrome de Münchhausen par procuration, ce qui le rend hypocondriaque et germaphobe. (Pour simplifier, sa mère lui fait croire qu’il est (toujours) (très) malade alors que ce n’est pas le cas.)
C’est aussi un petit garçon tout le temps énervé/excité, au débit de parole incroyable et à la bouille trop mignonne.

■ Benjamin Hanscom : Ben est le petit gros de la bande. C’est aussi le petit nouveau de l’école. Résultat : il se fait (lui aussi) harceler, notamment par la bande de Henry Bowers, qui, pour s’amuser, va parfois jusqu’à le mutiler.
Pour couronner le tout, Ben est timidement mais follement amoureux de Beverly… Qui n’a d’yeux que pour Bill. Ce qui est totalement injuste, au vu du charisme inexistant de ce dernier. (Alors que Ben est tellement mignon, adorable, gentil, intelligent… Il écrit même des haïkus ! A seulement treize ans !)

■ Michael Hanlon : Mike est noir. Ce qui est suffisant pour se mettre à dos Henry Bowers et sa bande qui veulent perpétuellement lui casser la gueule. (Idiots, violents et racistes : le tiercé gagnant.)
En plus de ça, le pauvre Mike a vu toute sa famille périr devant lui, avalée par les flammes d’un incendie qui a ravagé leur maison, des années auparavant.
Il travaille maintenant dans l’abattoir de son grand-père et, alors qu’il est terriblement important à l’histoire, est ici terriblement sous-exploité.
Pauvre Mike.

■ Stanley Uris : Stan est juif. Stan est légèrement maniaque. Et de la bande, Stan sera le plus traumatisé par Pennywise. J’aimerais vous en dire plus, mais malheureusement, Stan est aussi cruellement sous-exploité.

Et que dire… Sinon que le casting de ces enfants est absolument brillant.
Si je les trouve physiquement parfaits pour les rôles qu’ils incarnent, ils sont en plus extrêmement doués (coucou Sophia Lillis), et l’alchimie qui se dégage de leur petit groupe crève l’écran ; on ne doute pas une seconde de l’amitié qui les unit ! Ajoutez à cela une (ré)écriture des personnages ultra travaillée, les rendant à la fois réalistes, hilarants et touchants, et vous comprendrez ce qui fait du Club des Losers l’une des bandes de gamins les plus géniales que j’aie pu voir au cinéma !

Mais revenons à nos moutons ! (Ou plus précisément à nos agneaux, que Pennywise aimerait bien se faire façon kebab.)

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Et maintenant, les monstres.

Bien qu’entachées par de nombreuses disparitions d’enfants, les grande vacances viennent de commencer à Derry. Nos héros se préparent donc à un été de folie riche en activités plus palpitantes les unes que les autres, comme passer son temps seul à la bibliothèque, travailler dans un abattoir ou encore partir à la recherche de ce qu’il reste de Georgie. (Youhou, la bonne ambiance.)
Malheureusement pour eux, leurs joyeux plans se retrouvent contrariés lorsqu’ils font (dans ce qui ressemble plus à un enchaînement de courts-métrages d’horreur qu’à un vrai film) tour à tour la connaissance de Pennywise, le clown dansant… Mais pas que.
Parce que, si vous ne le saviez pas encore, Ça n’est pas un simple « clown tueur d’enfants » comme j’ai pu le lire tant de fois, mais un monstre ancestral ayant la capacité de créer des illusions et de prendre l’apparence des peurs les plus profondes de ses victimes.

Pour Mike, le premier de la bande à croiser sa route, il apparaît sous les traits de sa famille en train de brûler vive ; pour Ben, c’est un enfant décapité ; pour Stanley, une femme monstrueuse sortie d’un tableau ; Eddie l’aperçoit sous forme de lépreux ; pour Bill, c’est son petit frère Georgie ; Beverly a droit à un geyser de sang venu tout droit de son lavabo alors que Richie le rencontrera sous sa forme… De clown. (Eh oui, apparemment, notre petit comique a peur des clowns.)

Et malheureusement, on en arrive au plus gros reproche que j’ai à faire au film : il ne fait pas très peur.
Déjà, comparé au bouquin, ça n’a rien à voir, mais même lorsque l’on regarde l’œuvre comme un simple film et non comme une adaptation… Bah ça ne fait pas peur.
Si Bill Skarsgård est très bon en Pennywise et que je suis totalement fan de son – déjà cultissime – design… La structure même du film lui empêche d’avoir un réel impact. Tout est bien trop classique, propre, et donc prévisible.
Évidemment, quelques-unes de ses scènes se démarquent, comme celle de sa rencontre avec Georgie, mais ce sont aux humains pourris et corrompus de Derry (la bande de Bowers, le père de Beverly…) que l’on doit les vrais moments de tensions. Le film excelle donc dans l’horreur banale et quotidienne mais est inefficace en terme d’épouvante purement fantastique. (Et quand ton antagoniste est la quintessence même de l’horreur, c’est ballot.)

Bref, retournons à l’histoire !

Point fort : la photographie est superbe.

En quelques discussions, nos ratés de héros se rendent bien vite compte qu’une même menace les poursuit, ce qui, grossièrement résumé, donne ceci :
« – Eh les gars, je me suis fait poursuivre par un clown !
– Trop chelou moi aussi !
– Bah moi je suis seul et un peu bizarre alors je fais des recherches glauques sur la ville et ses disparitions et vous savez quoi ? Tous les vingt-sept ans ils se passent des trucs vraiment malsains ici.
– Ah ouais, maintenant que j’y pense, mon grand père dit que la ville est maudite, qu’un truc maléfique vit ici et qu’on lui sert de bétail. (Du coup, pourquoi est-ce qu’on n’a pas encore déménagé ?)
– Oh et puis vu qu’on est tous tombés sur quelque chose de différent, peut-être que ça connaît nos peurs et prend leurs apparences ? #nonmaisjedisçaauhasardhein
*insérer une blague de teub venant de Richie*
– OK bah ça a l’air de se déplacer dans les égouts et de vivre dans la maison hantée et super creepy du bout de la rue.
– Venez on va l’affronter !
– nn svp je veux pas mourir
– Let’s go ! »

Oui, bien sûr, je vous l’ai résumé de manière ultra-rapide et raccourcie, mais je l’ai fait pour deux bonnes raisons :
■ je n’ai pas envie que cet article fasse dix kilomètres de long.
■ ça paraît tout aussi rapide dans le film ; c’est cousu de fil blanc, les gosses sortent ça de nulle part et le tout sent la bonne grosse facilité d’écriture.

Quoiqu’il en soit, facilités ou non, ils savent maintenant où Ça vit, et ils (du moins, Bill et Beverly) veulent en découdre !

Ils se rendent donc à la maison de Neibolt Street – tout en laissant bien évidemment leurs putains de vélo sur la route – et décident d’affronter le monstre à sept, puisque c’est bien connu, l’union fait la force, surtout quand vous êtes des enfants face à une créature répugnante qui a envie de vous bouffer se séparent.
Oui oui, ils se séparent. Bravo les génies.
Ils sont sept, et seulement trois d’entre eux entrent dans la maison pour affronter un monstre dévoreur d’enfants. Pourquoi laisser majorité du groupe dehors ? Pour vérifier que leurs putains de vélos ne se font pas écraser ?
Et vous savez quel est le pire ? Alors que Beverly est carrément chaude pour botter le cul de Pennywise, ce sont finalement Eddie et Richie qui accompagnent Bill faire le sale boulot. Eddie et Richie. L’hypocondriaque et le mec qui a peur des clowns.

Le passage dans la maison de Neibolt Street est de toute manière de qualité très inégale, mélangeant de très bonnes idées, des visuels originaux et marquants aux plus communs clichés de films d’horreur. (Comme les portes qui se ferment toutes seules, le groupe qui se sépare tous les deux mètres ou l’idiot qui croit poursuivre son ami alors que celui-ci est littéralement derrière lui.) (Même si j’avoue que, plus je regarde ce film, plus ses défauts me passent au-dessus de la tête.)

Malgré tous leurs choix idiots, les Ratés affrontent donc le monstre une première fois et s’en sortent avec plus ou moins de succès. (Le plus : Pennywise s’est pris une barre en fer dans la tête et s’est enfui. Le moins : il est en vie ; en rogne ; Ben s’est fait lacérer le ventre et Eddie casser le bras.)
Ils retournent chez eux, déçus de cette mince victoire…

… Et là, c’est le drame : alors que la mère d’Eddie le ramène à la maison (probablement sans intention de le laisser sortir de là jusqu’à ce qu’il soit en âge de passer le Bac), le reste de la bande se dispute.
Bill et Beverly veulent continuer à traquer Pennywise et en finir avec lui, afin que plus aucun enfant n’ait à subir le même sort que Georgie ; les autres veulent – à raison – abandonner… Pour ne pas subir le même sort que Georgie.
Le ton monte. Des coups partent. Le Club des Ratés se dissout.

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Se séparer…

Le temps passe, et chacun vaque à ses occupations estivales : Richie dépense son fric sur Street Fighter, Eddie fait des allers-retours entre sa maison et la pharmacie, et alors qu’elle essaye de sortir en douce pour rejoindre Bill, Beverly subit la colère de son paternel.
Celui-ci, écœuré à l’idée qu’elle traîne avec une bande de garçons, essaye de la violer… Mais pour la première fois, Bev se défend.
Bien que courte, la scène est extraordinaire : si Beverly a à priori peu de chances de s’en sortir, on n’ose pourtant pas imaginer ce qui pourrait lui arriver si elle ne s’échappe pas des griffes de son père… Et elle non plus apparemment. Elle frappe, elle mord, chacun de ses coups est plein de rancœur et de haine, et quand elle assomme finalement son père agresseur, on se sent presque extatique tant la victoire est grande.
Ça y est, Beverly ne sera plus jamais la petite chérie de son papa.

Quand là, surprise ! (et très bon jump-scare au passage), elle se fait enlever par un Pennywise sorti de nul part, passant en quelques secondes de la strong independant woman à la demoiselle en détresse. Pas d’bol.

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… Pour mieux se retrouver.

Inquiet de ne pas la voir arriver à leur rendez-vous, Bill se rend chez Beverly pour s’assurer que tout va bien : là-bas, aucune trace de sa dulcinée, mais un père assommé, et un message en lettres de sang : « Si t’essaies, t’es mort. » Pour Bill, pas de doute : sa bien-aimée s’est faite enlever par le monstre de Derry… Et si le leader des Ratés n’est pas très charismatique, il n’en reste pas moins courageux (et amoureux) : menaces ou non, il réunit sa bande de potes, et tous se rendent à la maison de Neibolt Street pour sauver leur amie.

Ah oui au fait, j’ai oublié de vous dire : parallèlement à tout ça, Henri Bowers (dont la santé mentale ne tenait déjà qu’à un fil, on ne va pas se mentir) pète les plombs. Sous l’influence de Pennywise, il assassine son père et suit le Club des Ratés jusqu’à Neibolt Street dans l’espoir de leur faire subir le même sort.
Ce sera un échec total.
S’attaquant violemment à Mike (qui, miracle, bénéficie d’un peu de temps d’écran !), il se fera dé-fon-cer puis pousser dans un puits par ce dernier.
Mais revenons-en à des choses plus intéressantes !

Quelque part sous Derry, Beverly se réveille pour voir qu’elle est retenue dans l’antre de la bête… Et quelle antre ! C’est un gigantesque amoncellement de jouets d’enfants et d’accessoires de cirque avec, à son sommet, des enfants, précédentes victimes du clown… Et il ne nous a pas menti, le bougre : ils
flottent ! C’est macabre, c’est glauque, mais c’est aussi très beau, presque poétique d’une certaine manière.
Néanmoins, pas le temps de s’extasier sur la déco : Pennywise débarque… Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il aime les entrées fracassantes.
S’ensuit donc ce que j’appelle une « scène à la Muschietti », où le dérangeant côtoie le grotesque et où l’on ne sait jamais vraiment s’il faut rire, avoir peur, ou être gêné ; scène où Beverly est obligée de se taper un spectacle mi malaisant mi hilarant où Pennywise nous prouve qu’il ne doit pas son surnom de « clown dansant » au hasard. (Je ne comprends toujours pas ce passage, mais il me fait trop rire pour que je ne l’aime pas.)
Malheureusement, ce n’est pas le cas de Beverly, et la jeune fille (peu impressionnée par le jeu de jambes de son ravisseur) essaye de s’enfuir… Pour se faire bien vite rattraper par un Pennywise probablement blessé dans son ego.
Ce dernier ouvre grand (grand grand) la bouche, et en surgissent trois boules lumineuses (les Lumières Mortes comme on l’apprendra plus tard) (ou comme le savent déjà ceux qui ont lu le livre) qui plongent la jeune fille dans une sorte de transe.

Arrivent alors nos valeureux héros prépubères (non sans encombres, puisque Stanley a tout de même failli se faire bouffer en route) (je vous le dis parce que c’est important pour la suite) qui aperçoivent une Beverly flottante complétement stone.
Ben, toujours en crush total, se sent l’âme d’un héros de conte et embrasse la princesse endormie… Ce qui, bien évidemment, la réveille.

…Et il est temps de faire un petit point sur ce que je pense de tout ça (ce qui est un peu le but premier de l’article).
La première fois que j’ai vu le film, tout ce passage de la demoiselle en détresse m’a pas mal fait grincer des dents, d’autant plus que Beverly nous était jusqu’ici montrée comme une jeune fille forte et courageuse. Cependant, après maintes réflexions et recherches sur le Net, je lui ai trouvé une certaine utilité : ce n’est qu’une manière de Muschietti – certes, plutôt maladroite – d’adapter le roman.
Dans le film, lorsque Beverly se fait enlever, c’est à un moment où rien ne va plus : le groupe est brisé, les garçons se sont disputés, et chacun est reparti de son côté. Pour pouvoir la sauver, les garçons n’ont d’autre choix que de s’unir à nouveau, malgré leurs différends.
Sans trop en dire, puisque ce n’est pas le sujet de l’article, cela fait écho à un passage du livre où les enfants sont perdus dans les égouts, qu’ils commencent à paniquer et ne sont plus aussi soudés qu’avant. C’est donc Beverly qui, d’une manière très… Différente de celle du film, parvient à les « ré-unir » à nouveau. (Oh je suis sûre que vous savez à quel passage je fais référence, bande de coquins.)

Avec cette lecture, le film devient tout de suite plus intéressant, l’intrigue de la princesse à sauver étant bien plus complexe qu’il n’y paraît… Mais cela reste toute de même maladroit. Surtout par les temps qui courent, où l’ont se bat pour avoir des personnages féminins forts.

« Regardez, là-haut, c’est le charisme de Bill ! »

Bref, la belle est sauvée, les Losers font maintenant face à la bête.
Et si le combat entre nos héros de treize ans et une créature ancestrale monstrueuse semble perdu d’avance, c’est sans compter sur une chose : les enfants en ont ras le bol de Pennywise et de ses conneries.
C’est sûr, il fait peur, mais le bougre leur a surtout pourri leurs vacances d’été à toujours essayer de les bouffer, résultat : ils ne sont plus effrayés, ils sont furieux. (Fureur décuplée lorsque cet idiot de clown vomit au visage d’Eddie ou prend l’apparence du père de Beverly.)
Résultat (bis) : la fameuse créature ancestrale et monstrueuse se fait humilier par une bande de collégiens totalement déchaînés et, à force de se prendre des coups plein la tronche, se désagrège avant de disparaître dans un puits. (Encore un !)
La créature est-elle définitivement morte ?
Nos héros n’en sont pas si sûrs.
Ils se font alors une promesse, une de celles qui fait couler le sang, une de celles que l’on tient : si Ça n’est pas mort et revient à Derry, ils reviendront eux aussi. Et cette fois, ils le vaincront.

Alors, verdict ?
J’a-dore ce film. Quand je suis allée le voir pour la première fois au cinéma, j’étais sortie de la salle surexcitée, ne pouvant contenir mon amour pour les personnages mais aussi pour les petits clins d’œil aux lecteurs glissés par le réalisateur que j’avais réussi à repérer. (Et c’est mon copain, le pauvre, qui fut donc la victime de mon blablah frénétique et incessant.)
Bien sûr, tout n’est pas parfait, je m’en rendais déjà compte à l’époque, mais je ne sais pas pourquoi, plus le temps passe, et plus je pardonne au film ses défauts… Peut-être parce que je prends trop de plaisir à retrouver le Club des Losers et que le reste me semble superflu. (Coucou, mes meilleurs amis sont des personnages fictionnels de treize ans.) (Et encore, je ne vous ai pas parlé de certaines de mes scènes préférées, comme celles du rétroprojecteur ou de la bataille de cailloux.)
Bref, quand il s’agit du film de Muschietti, je ne suis qu’affection et tendresse, et Ça : chapitre 1 restera, malgré ses défauts, l’un de mes films d’horreur préférés de tous les temps.

Passons donc à la suite !

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Ça : chapitre 2

Je dois vous avouer quelque chose : Ça a tout pour être un de mes livres d’horreur préférés. Les personnages principaux sont – pendant la moitié du roman – des enfants, ils doivent affronter une créature monstrueuse qui peut prendre l’apparence de leurs plus grandes peurs (qui est juste la meilleure idée de tous les temps) le tout dans une petite ville aux habitants pourris et violents… Bref, tout ce que j’aime. Pourtant, Ça ne fait même pas partie de mes Stephen King préférés, et ce pour deux raisons : le délire cosmico-mythologique (que je trouve un peu trop what the fuckesque mais que le film a eu la bonne idée de réduire) et la partie « adulte » qui m’a toujours ennuyée. Auquel le film n’a évidemment pas pu couper.
Tout ça pour vous dire que pour moi, le film démarrait avec un gros handicap de base, et que je partais avec l’idée que j’allais forcément moins l’aimer que le premier. Est-ce que ça a été le cas ? Oui. (Pas de suspens sur ce blog.)
Mais Ça : chapitre 2 a t-il été un plantage total, ou Muschietti a t-il réussi à sauver les meubles ?
Pour le savoir, retournons à Derry…

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Vingt-sept ans plus tard.

En 2016, le monstre se réveille, et à Derry s’abattent à nouveau la terreur et la violence, incarnées ici par une bande d’adolescents homophobes.
En effet, lors de la fête annuelle de Derry, John Garton le connard et sa bande de connards ne supportent pas de voir deux homosexuels, Adrian Mellon et Don Hagarty, s’embrass… Non, avoir carrément le culot d’exister dans leur ville. Ils font alors la seule chose que leurs deux neurones de primates décérébrés connaissent : ils suivent le couple sur un pont mal éclairé et se mettent à plusieurs pour les tabasser.
Adrian, qui n’a pas la langue dans sa poche, en prend particulièrement pour son grade lorsque, alors qu’il est déjà à moitié mort, John le balance les eaux glacées et tumultueuse de la rivière qui se trouve sous eux.
Le pauvre garçon n’a pas une seule chance de survie : alors qu’il a de l’asthme, s’est fait tabasser et est sur le point de se noyer, la seule main secourable qui se tend vers lui pour le hisser hors de l’eau est celle… D’un clown.

Le jeune homme n’aura pas le temps de se questionner sur l’étrange accoutrement de son sauveur : sous les yeux horrifiés de son petit-ami, il se fait dévorer par une créature effroyable – et apparemment affamée.
Pennywise a fait sa première victime.

Et on peut dire que ça commençait bien.
Avec cette première scène, très dure à regarder (plus pour l’horreur quotidien de l’agression homophobe que pour l’apparition de Pennywise) aux effets horrifiques simples mais efficaces, Muschietti frappe fort, et on est en droit de croire que cette introduction donne le ton du film… Malheureusement, le reste ne suivra pas.

Peu de temps après, dans la bibliothèque de la ville, Mike Hanlon s’éveille au bruit d’un appel de police : le corps d’Adrian a été retrouvé, démembré.
Il se rend donc sur les lieux du crime où il voit, écrit en lettres de sang, « Revenez chez vous ». Pas de doutes possibles : Ça est revenu. Mike va alors devoir contacter ses vieux copains de l’époque et leur rappeler la promesse qu’ils ont tous fait ce jour-là, vingt-sept ans plus tôt…

C’est donc dans un enchaînement de scènes (trop rapides pour vraiment nous émouvoir, malheureusement) que nous apprenons ce qu’est devenue notre bande de gamins préférés. (Et au vu de leurs carrières, le nom du « Club des Winners » leur conviendrait mieux.)

■ Grand gagnant de la loterie génétique (puisqu’il est maintenant James f*cking McAvoy), Bill n’a pourtant pas gagné un seul point de charisme en vingt-sept ans. (Et quand ton personnage est interprété par James McAvoy et est aussi transparent, c’est qu’il y a un problème.)
Sinon, il a épousé Audrey, une actrice au physique de « Beverly n°2 », et est devenu un écrivain célèbre mais dont les fins de romans sont pourries. (If it doesn’t sound familiar…) (Moi je les aime tes fins de romans Steve.) (Enfin, parfois.)

■ Devenue une créatrice de mode renommée, les choses ne se sont pas pour autant arrangées pour Beverly. Comme une triste répétition de son enfance, elle a épousé Tom Rogan, un homme violent et abusif, qu’elle réussit toutefois à quitter pour retourner dans sa ville natale.

■ Devinez quoi ? Richie est encore – et toujours – le meilleur personnage du film. Interprété par le super-méga-giga talentueux Bill Hader, c’est le personnage qui a l’histoire la plus travaillée et le développement le plus intéressant.
Bref, c’est le meilleur, et je n’ai rien de plus à ajouter.
Ah si, maintenant il fait du stand-up.
Et il est gay.

■ Si Beverly a, d’une manière étrange et malsaine, épousé l’équivalent de son père, alors Eddie a carrément épousé sa mère. Que ce soit en personnalité ou en apparence, les deux femmes sont quasiment identiques – et d’ailleurs interprétées par la même actrice, Molly Atkinson.
Sinon, Eddie a lui aussi réussi, professionnellement et financièrement parlant. (Et si vous pensez que j’ai oublié son métier… Vous avez totalement raison.)

■ Maintenant architecte riche et célèbre, Ben a perdu énormément de poids et, par la même occasion, tout son charisme. (Sérieusement, il est aussi fade que toutes les salades qu’il a du bouffer, et a l’air constamment paumé.)
Cependant, bonne nouvelle pour lui : si l’on en croit ses goûts en matière de garçons, c’est apparemment ce qui fait craquer Beverly. (Dont Ben est, vingt-sept ans plus tard, toujours amoureux.)

■ Si j’ai pardonné le fait que Mike soit largement sous-développé dans le premier opus, c’est parce que je pensais que ce chapitre lui donnerait l’occasion de briller… Et bah pas du tout.
Il est celui qui est resté à Derry pendant vingt-sept ans, renonçant à son rêve de Floride pour être disponible si Ça revenait un jour. Il est celui qui réunit le Club des Losers, celui sans qui l’histoire n’aurait même pas lieu d’être… Et quelle est sa récompense ?
Se faire ignorer pendant la quasi-totalité du film.
C’est honteux.

■ S’il est moins riche et célèbre que certains de ses amis d’enfance, Stanley, devenu comptable, aime beaucoup la vie paisible qu’il mène aux côtés de sa femme et de ses puzzles… Que l’appel de Mike va faire voler en éclats. (Sa vie paisible, pas ses puzzles.)
Bien trop traumatisé par Pennywise, Stanley se suicide dans sa baignoire, refusant d’affronter la créature qui avait failli le dévorer lorsqu’il était enfant.
Il n’a pas pu couper à Ça.

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Se retrouver…

Sans savoir que l’un des leurs n’est plus de la partie, le reste des Losers se retrouve donc au « Jade of the Orient », un restaurant asiatique local – parce que quitte à mourir dans d’atroces souffrances, autant avoir l’estomac bien rempli avant… Quoiqu’à part Mike, aucun ne sait réellement pourquoi il est revenu.
En effet, en s’éloignant de Derry, les membres ont tout oublié de leur enfance, même leurs mésaventures avec le clown…
Mike a donc pour mission de leur rafraîchir la mémoire, mais d’abord, kanpai !

Si cette scène de retrouvailles est franchement réjouissante et nous donne l’impression que tout est redevenu comme avant… La suite nous prouvera bien vite que ce n’est que ça : une « impression »…
Et voilà le premier gros reproche que je fais au film : malgré des échanges toujours aussi savoureux entre Richie et Eddie (qui portent à eux deux le film sur leurs épaules) et l’intérêt manifeste que porte Mike à sa bande de potes (enfin, quand on le voit apparaître à l’écran), l’alchimie entre les personnages est presque absente du film. C’est probablement à cause de Bill, Beverly et Ben, qui vivent une sorte de triangle amoureux inintéressant dans leur coin sans jamais réellement s’intégrer au reste du groupe…
Dommage, c’est ce qui faisait la force de l’histoire, à la fois dans le roman et dans le premier chapitre.

Mais retour au restaurant, où la bonne ambiance va de toute façon rapidement retomber quand Pennywise – assez sympa pour avoir attendu la fin du repas – décide de gâcher ces chaleureuses retrouvailles en révélant la mort de Stanley à ses amis d’enfance tout en leur envoyant des biscuits chinois maudits – le tout dans une de ces scènes mi effrayantes / mi grotesques typiques d’Andy Muschietti. (Mention spéciale à l’espèce d’araignée à tête de poupon ainsi qu’aux têtes chantantes flottant dans l’aquarium.)

Terrifiés, les membres se séparent : Eddie, Richie, Ben et Beverly retournent à l’hôtel tandis que Mike convainc Bill de le suivre à la bibliothèque (où il vit) : il a quelque chose de très important à lui montrer…
En effet, lors de ses différentes recherches et expéditions, il a fait la rencontre d’une tribu amérindienne, les Shokopiwah (cliché, vous avez dit cliché ?). Ces derniers lui ont montré comment Ça est apparu sur Terre en tombant du ciel il y a des milliers d’années, mais surtout… Ils lui ont révélé qu’il était possible de l’arrêter une bonne fois pour toutes.
Il n’en faut pas plus pour que Bill change d’avis et convainque le reste de la bande de rester afin de combattre leur vieil ennemi et de le tuer. Pour de bon cette fois-ci.

Came for James McAvoy, stayed for Bill Hader

Pour cela, chaque protagoniste devra trouver une Pierre d’Infinité son « artefact », un objet symbolisant son enfance qu’il devra ensuite sacrifier lors du Rituel de Chüd, seul moyen connu à ce jours pour détruire Ça.
Après avoir trouvé l’objet de Stanley (un bonnet de douche qu’il avait l’habitude de porter dans leur ancienne cabane pour se protéger des araignées), le reste du groupe de sépare, chacun partant à la recherche de son artefact, mais surtout, de ses souvenirs.

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… Pour mieux se séparer.

Et tous ont affaire à Pennywise, que ce soit dans le présent et / ou sous forme de flash-back :
■ Beverly rencontre la fameuse Mrs. Kersh, qui aurait pu être un sacré bon moment d’horreur si la révélation finale (seule chose qui n’a pas été divulgâchée par les bandes-annonces) ne consistait pas en une vieille femme à poil en CGI complétement raté
■ Richie (dont on entrevoit l’homosexualité refoulée) fait face à la statue de Paul Bunyan – le bûcheron sur la photo au dessus – qui prend vie et l’attaque, ainsi qu’à Pennywise, cette fois sous forme de clown, qui menace de révéler son « sale petit secret »
■ Bill retombe par hasard sur Silver, sa vieille bicyclette, qu’il achète à Stephen King himself (autant vous dire que j’étais surexcitée devant cette scène) puis récupère le bateau de Georgie dans la bouche d’égout où ce dernier l’avait perdu, se faisant attaquer par des… mains d’enfants zombies ? (en même temps, quel con de mettre son bras là-dedans, il croyait vraiment pouvoir sauver Georgie ? Qu’il sait pertinemment être mort depuis vingt-sept ans ?)
■ Ben se remémore une attaque de Pennywise sous forme de Beverly enflammée (au sens propre) qui veut lui voler un baiser #appelezlapolice
■ Eddie fait face (dans le passé comme dans le présent) au lépreux qui finit par lui vomir de la bile noire au visage. Au ralenti. Avec une musique des années 80 en fond sonore. (WTF Andy ?!)

Et c’est là que le découpage temporel de Muschietti montre des signes de faiblesse.
Alors que ce second chapitre intègre moult retours dans le passé, reprenant plus ou moins la structure originelle du roman, le résultat n’est pas vraiment au rendez-vous.

Tout d’abord, si j’ai adoré revoir le Club des Losers enfants, les flash-backs (censés se dérouler en 1989) posent des problèmes de temporalité : ça ne colle pas avec ce que nous montre le premier film, où à aucun moment il n’est fait mention des différentes rencontres avec Pennywise ou du refuge construit par Ben dans les Friches…
Mais surtout, c’est ultra répétitif.

Alors que je reprochais déjà au premier chapitre son enchaînement de scènes, je comprenais néanmoins la nécessité de montrer la rencontre entre les (sept) protagonistes et le clown. Ici, ils sont justement censé se réunir, et faire face à la bête ensemble… Mais non, ils se séparent, et le croisent tous un par un.
Du coup, un bon quart du film ne se résume qu’au schéma « Loser / flash-back / attaque de Pennywise / autre Loser / autre flash-back / autre attaque de Pennywise »… Et si c’est divertissant avec Beverly et Richie, quand on en arrive enfin à Eddie, c’est plutôt chiant, et on a hâte que ça se termine.

Aussi, je comprends maintenant pourquoi la forme préférée de Pennywise est celle d’un clown : le gars adore faire des entrée spectaculaires et se mettre en scène dans des situations rocambolesques… Le problème, c’est qu’il aime tellement ça qu’il en oublie carrément son but premier : nuire aux protagonistes. Et si Ça : chapitre 2 ne fait pas peur, c’est encore une fois à cause de sa structure ultra-répétitive (encore plus que dans le premier chapitre) mais aussi parce que la menace… N’en est plus vraiment une.
Notre monstre court après les protagonistes sans jamais les rattraper, restant sagement à quelques mètres de distance pour leur foutre les jetons sans trop les abîmer (bah oui, on a besoin d’eux pour la scène finale) et… C’est tout.
De plus, quand tout part à vau-l’eau, il suffit de se dire que ce n’est pas réel pour que tout danger disparaisse… Ah bon ? Maintenant ce ne sont que des illusions ? Rien n’est vrai ? C’est marrant, ça me rappelle ce que dit Pennywise à Bill dans le film précédent : « C’était pourtant assez vrai pour Georgie ! », pour lui prouver que ce ne sont pas que des illusions.

S’ensuivent quelques péripéties pas franchement utiles qui… Attendez… On parle d’inutilité ? Vous savez ce que ça signifie ? C’est le retour de Henry Bowers ! *musique guillerette et enfants qui crient de joie*
Et oui, notre psychopathe à mulet (récemment évadé d’un hôpital psychiatrique), fait une entrée soudaine dans l’intrigue (coucou Henry) pour être en être évincé tout aussi rapidement (au revoir Henry) sans faire vraiment de mal à personne, nous démontrant encore une fois à quel point il est useless (il était censé envoyer Mike à l’hôpital, mais le pauvre a déjà si peu de temps d’écran). (D’ailleurs, même l’attaque de Henry, qui est la seule mésaventure que vivra Mike en solo, est ridiculement courte… Tout ça pour qu’il se fasse en plus sauver les miches par Richie. Je vous ai dit que Mike était – censé être – le membre des Ratés le plus important de ce chapitre ?)
Sinon, un mioche se fait bouffer devant un Bill impuissant qui devient tout grognon et enfin, la petite bande se retrouve sous Derry, là où vit Ça. L’affrontement va avoir lieu.

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La longue, trop longue bataille finale.

La scène du « Oh non regardez ce qu’il fait à MES ABDOMINAUX ÉNORMES ET SECS DE BG ! ».

Si l’enchaînement de péripéties et la structure répétitive de l’histoire nous ont peu à peu fait sombrer, c’est la bataille finale qui assène le dernier coup de poing de l’ennui, celui qui nous assomme carrément.
Que. C’est. Long. Et pas forcément intéressant. Alors je vous le résume le début en quelques phrases :
Les Losers pratiquent le Rituel de Chüd selon les indications de Mike. Ça foire totalement, puisque leur ami leur a menti : le Rituel, correctement accompli, se solde inévitablement par la mort de tous les participants. Pennywise apparait alors sous sa forme la plus terrifiante : un CGI raté une (décevante) araignée géante.
L’arachnide sépare le groupe, les confrontant chacun à des illusions « terrifiantes » : Beverly, dans un bain de sang, se rend compte que Ben était l’amour de sa laïfe depuis le début ; Bill se débarrasse de la culpabilité de la mort de son frère ; Richie et Eddie servent de comic-reliefs dans une scène lourdingue presque copiée/collée du premier film ; et Mike… Se cache quelque part. Bah oui, on arrive à la fin du film, ce serait dommage de le développer un peu.

Et voilà le tout dernier gros reproche que j’ai à faire à Andy Muschietti : il en fait beaucoup trop. (Sauf quand il s’agit de mon gars Mike, là il en fait bien trop peu.)
Et c’est dans cette scène de bataille finale que ça se voit le plus.
Alors oui, certaines images sont plutôt fortes et marquantes, comme celle où Beverly et Ben se libèrent de leurs cauchemars respectifs pour se rejoindre l’un l’autre, et le petit poméranien auquel font face Eddie et Richie m’aura décroché un sourire d’une milliseconde…
Mais était-ce vraiment nécessaire ?
Même remarque pour l’araignée/Pennywise qui m’a complétement sortie du film tant elle semblait « fausse ». Où est l’organique là-dedans ? Le réel ? Ce sont des vraies bestioles que j’ai peur moi, pas de celles en plastique que l’on fout dans les fausses toiles en coton pour Halloween.
D’ailleurs, je ne pourrais même pas vous dire si Bill Skarsgård a été bon ou mauvais dans ce chapitre, tant les effets spéciaux débordent sur sa prestation.
Bref, moi qui voulais assister à un affrontement dantesque tout en émotion et en suspens, je n’ai eu droit qu’à un gloubi-boulga d’effets numériques tous plus visibles (et prétentieux ?) les uns que les autres.

Anyway, nos héros essayent donc tant bien que mal de survivre, coups et insultes pleuvent… Et arrive le moment inévitable où, voulant sauver Richie, Eddie est tué par Pennywise.
Et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Pour Georgie, pour Stanley, pour Eddie, et pour tous les autres, les Ratés décident d’en finir une bonne fois pour toute avec ce clown à la con : ils l’insultent alors jusqu’à le faire devenir minuscule, se saisissent de son cœur et l’écrasent entre leurs mains jointes. C’en est fini de Pennywise, le clown dansant, le dévoreur de mondes.
Et… Oui, c’est aussi grotesque que je le décris. Mais connaissant le matériau de base, je sais à quel point cette fin est compliquée à adapter alors… Ça passe pour cette fois, film. Tu as fait ce que tu as pu.

Pas le temps pour nos héros de célébrer leur victoire, ni même de pleurer la mort d’Eddie : le souterrain dans lequel il se trouve s’effondrant entièrement, ils s’enfuient à toutes jambes.
A l’endroit où se dressait auparavant l’effrayante maison de Neibolt Street ne restent maintenant qu’un tas de ruines, et de très mauvais souvenirs.

Privés une fois de plus de l’un des leurs, les Losers restants plongent dans le lac de leur enfance, se débarrassant ainsi du sang, de la poussière et de la mort qui les imprègnent.
Tous se remémorent alors en riant les bons moments passés avec Eddie. Tous… Sauf un. Encore bouleversé par ce qu’il vient de vivre, Richie laisse tomber son rôle de comique et se met à pleurer la perte de son meilleur ami et amour d’enfance. Et moi aussi du coup. Évidemment.

Arrive enfin la conclusion du film.
Alors que chaque Loser prend un chemin différent (sauf Ben et Beverly qui le prennent ensemble), le film se conclue par la lecture d’une lettre que Stanley a écrit avant son suicide et envoyé à ses vieux amis.
C’est un message d’amour, un message d’adieu, mais surtout un message d’acceptation qui, on le sent bien, est adressé aux Losers comme aux spectateurs qui s’y identifient… Et c’est beau putain.

Parce qu’au final, qu’est-ce que l’on retient de ce diptyque ?
Pour moi en tout cas, ce ne sont pas les moments de frousse, les prouesses techniques, ni même les défauts.
Les films ne font pas assez peur ? Tant pis. La fin est grotesque ? Tant pis. Bill a le charisme d’une huître ? Tant pis. Non, ce qui reste après deux tels films, ce qui est important, ce sont les émotions.
Parce que les films de Muschietti sont avant tout des films aux personnages attachants et émouvants, et c’est ce qui m’importe le plus. Ce sont des adaptations faites (j’en suis sûre) avec le cœur et toutes les meilleures intentions du monde, et rien que pour ça je le félicite.
Alors bien sûr, j’aurais préféré une fin plus convenable à cette histoire que j’ai tant aimé, certaines maladresses me font grincer des dents, et je sais qu’un gros potentiel a été perdu…
Mais au final, tant pis. Andy Muschietti m’a fait découvrir des personnages inoubliables, il m’a fait rire, il m’a même fait chialer le con, et au final, j’ai passé de très bons moments aux côté de personnages que j’ai terriblement aimé. Et ça me convient. Pas parfaitement, mais ça me convient.

« See, the thing about being a loser is : you don’t have anything to lose. So, be true. Be brave. Stand. Believe. And don’t ever forget : we’re losers. And we always will be. »

Alors au revoir les Losers, et merci. (J’vous aime putain.)

De « Game of Thrones » à « Chernobyl »

Game of Thrones saison huit

La huitième saison de Game of Thrones est nulle.
Alors oui, je sais, par souci d’objectivité, je devrais plutôt dire « Je n’aime pas la huitième saison de Game of Thrones« … Mais entre les incohérences, la régression de certains personnages, l’écriture bâclée et les gobelets Starbucks oubliés, la dernière saison de Game of Thrones est nulle. C’est un fait. C’est presque prouvé scientifiquement.
Je dois dire que je n’avais déjà pas aimé la saison précédente, avec ses téléportations, ses intrigues ridicules et ses personnages invincibles… J’avais pourtant eu un élan d’espoir, infime, pour le final de ma série préférée… Mais bon, on ne change pas une équipe qui gagne – ou qui perd dans ce cas-là – et ça a été… Très décevant.

Attention, ça va spoiler.

Pourtant, ça ne commençait pas si mal…
Les deux premiers épisodes, bien que lents, nous réintroduisaient les personnages, leurs enjeux et leurs relations dans des scènes parfois émouvantes, surtout pendant ce qui devait être leur dernière nuit sur Terre avant l’imminente « Battle of Winterfell ».
Le second épisode se payait même le luxe de nous offrir une nouvelle chanson originale, « Jenny of Oldstone », collaboration géniale entre Ramin Djawadi (ce mec est incroyable) et Florence and the Machine.
Puis est arrivé l’épisode trois, et avec lui, les premiers gros problèmes.
Entièrement consacré à la bataille spectaculaire voyant s’affronter les humains et les Marcheurs Blancs, peuple de l’hiver, de la nuit, de la mort et des ténèbres (bref, un truc costaud), l’épisode promettait de l’épique, de la violence, et une tristesse infinie pour ses spectateurs… Du Game of Thrones quoi ! Les chances de perdre des personnages importants et aimés étaient énormes, et certains (dont moi) commençaient déjà à préparer leur deuil…
Mais voilà, dans un mélange de fan-service et de volonté de déjouer nos attentes, les personnages principaux sont devenus invincibles, quelques personnages secondaires ont été sacrifiés pour élever un peu le quota de morts, Jon n’a servi à rien, et c’est Arya qui, en quelques secondes, a mis fin à une bataille attendue depuis des saisons – bataille qui ne la concernait d’ailleurs pas vraiment. Sans parler de la stratégie militaire absolument ridicule et insensée.

C’est beau, mais ça n’a aucun sens. (Enfin, quand on arrive à voir quelque chose, mais ça c’est un autre débat.)

A partir de là, ça a été la dégringolade.
Je ne vais pas vous exposer toutes mes critiques une par une, encore moins épisode par épisode : des tas de gens l’ont fait avant moi, ça rendrait cet article beaucoup trop long et j’ai terriblement la flemme, mais voici mon avis général :

Le plus gros problème de cette saison (et de la précédente), c’est son bâclage. Six épisodes, ce n’est pas suffisant. Dix n’auraient pas été suffisants.
Je veux dire, en trois épisodes, seulement trois petits épisodes, les trois plus grands antagonistes de la série se sont fait bolosser comme des débutants. Il aurait fallu au moins trois saisons pour ça !
De la mort du Night King à l’élection de Bran en tant que roi des Sept Couronnes en passant par le pétage de durite de Daenerys (prévisible, mais raté quand même), rien n’a correctement été introduit, développé ou résolu, et ce sont les personnages qui en ont le plus souffert.
Jon, notre héros, est devenu inexpressif et incapable de penser par lui-même ; Varys et Tyrion ont, comme Littlefinger avant eux, perdu la moitié de leurs cellules grises ; Jaime – pire gâchis – a régressé à ce qu’il était lors de la première saison, oubliant son long chemin vers la rédemption ; et Euron Greyjoy… Existe. Et c’est déjà bien trop.

Ajoutez à ça quelques effets de symbolisme bien gras (et inutiles) et des tonnes de facilités et autres incohérences scénaristiques et vous obtiendrez la pire saison de Game of Thrones jamais écrite, que même les sublimes musiques de Ramin Djawadi n’ont pas réussi à sauver. Dommage pour nous, c’était la dernière.
Et si la toute fin est plutôt belle, a fait battre mon petit coeur de #TeamStark, et aurait pu être une conclusion satisfaisante à la série, je regrette que le chemin pour y arriver ait été aussi pourri laborieux.

Bref, Game of Thrones est sans doute ma série préférée… Jusqu’à la saison six.
C’est une série exceptionnelle qui, lorsqu’elle n’est pas honteusement bâclée, nous offre des personnages complexes, des stratégies et trahisons à tout-va, une musique et une cinématographie superbes, et des retournements de situations qui laissent sur le cul. (Et oui, il y a bien évidemment des boobs et des dragons, si ça peut vous inciter à regarder…)

Mais malgré ma très grande capacité à faire abstraction des choses que je n’aime pas, à les oublier ou faire comme si elles n’avaient jamais existé (ce que l’on appelle communément le déni), cette dernière saison m’aura laissé comme un sale goût amère dans la bouche…
Pendant environ trois jours.
Ensuite, une lumière (radioactive) est apparue : lumière d’espoir pour le paysage télévisuel moderne, lumière de désespoir pour mon état émotionnel.
En effet, après s’être faits prendre pour des cons par les scénaristes de Game of Thrones, il était temps de devenir un peu plus intelligents, et, pourquoi pas, de comprendre comment le réacteur RBMK d’une centrale nucléaire peut exploser.
Vous l’aurez compris, me remettant à peine de la déception qu’a été Game of Thrones, j’ai découvert Chernobyl.

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Chernobyl

Et bordel si je m’attendais à ça.
C’était déprimant, c’était terrifiant, c’était rageant… Mais qu’est-ce que ça m’a passionnée ! Cette série m’a marquée plus que d’autres… Non, c’est LA série qui m’a le plus marquée à ce jour.

Reconstitution de la catastrophe du même nom par le réalisateur Craig Mazin, Chernobyl traite moins du nucléaire que des mensonges, de l’incompétence humaine ou encore de l’héroïsme et du sacrifice.
Idiots et héros ont marché côte à côte ce jour-là. Ou plutôt ces jours-là.

Attention, Chernobyl a beau être très réaliste et fidèle aux événements, ça reste une œuvre de fiction ; aussi, j’invite les plus passionnés – et les plus anglophones – d’entre vous à aller écouter The Chernobyl Podcast, disponible sur YouTube, où Craig Mazin discute de ce qui est fiction ou réalité dans chaque épisode.

Parce que Tchernobyl, ce n’est pas seulement le 26 avril 1986. C’est tout un tas de problèmes, et donc de moyens mis en œuvre pour limiter la catastrophe, le tout étalé sur des jours et des jours. Et par moyens, entendez le plus souvent « êtres humains ».
Des pompiers aux liquidateurs en passant par les infirmières, des tas de gens ont donné de leur temps, de leur force et de leur santé pour Tchernobyl. La série leur rend un puissant hommage, nous montrant toute l’horreur et l’injustice de la situation, sans tomber gratuitement dans le voyeurisme et le choquant.
C’est une bouleversante ode à la vérité.

D’un côté plus technique (parce qu’il faut bien passer par là), la cinématographie est superbe, et la bande-son poignante.
Tous les acteurs sont absolument incroyables : Jared Harris et Stellan Skarsgård, (interprétant respectivement Valery Legasov et Boris Shcherbina), sont époustouflants de justesse, et leur complicité crève l’écran ! (C’est bien simple, j’ai davantage cru en l’amitié entre ces deux là en moins de quatre épisodes qu’en l’amour entre Jon et Daenerys en deux saisons.)
Aussi, mention spéciale à Paul Ritter, mon coup de cœur personnel : le gars a l’air adorable dans la vraie vie, et il interprète ici un Anatoly Dyatlov exécrable et cynique, personnage que beaucoup détestent – à raison – mais qui pourtant me fascine.

Chernobyl m’a bouleversée.
C’est aussi pour ça que je vous écrit cet article : j’ai besoin d’en parler.
Bien sûr, j’ai déjà harcelé mon copain, ma famille et quelques amis pour qu’ils regardent la série (avec plus ou moins de succès d’ailleurs) et que je puisse en discuter avec eux, mais ça ne me suffit pas.
Les sites, les vidéos, les livres, je prends tout ce qui me tombe sous la main, tout ce qui pourrait étancher cette soif de savoir sur l’un des pires désastres que l’Homme ait connu – que l’Homme ait provoqué.
Injustice, souffrance, peine, des tas de choses me sont passées par la tête quand j’apprenais le destin de ces hommes et de ces femmes, de ces coupables, de ces héros, de ces innocents. Et ces choses ont du mal à en sortir depuis.
Aucune autre série, aucun autre événement historique ne m’avait autant donné envie de savoir. Ni ne m’avait fait sentir coupable de ne pas savoir.
Bref, Chernobyl m’a bouleversée. Et je remercie Craig Mazin et toutes les personnes qui ont fait de la série ce qu’elle est pour ça.

Voilà, j’ai envie de terminer cette chronique en beauté avec une petite citation (moins par manque d’originalité que par admiration pour l’écriture de la série), mais laquelle ?  Les dialogues de Chernobyl sont parmi les meilleurs que j’ai pu lire ou entendre de ma vie, que ce soit à la télé, au cinéma, dans les livres… Et choisir une seule citation parmi les dizaines qui me viennent en tête, ce n’est pas facile.
Je choisis alors la toute dernière, peut-être la plus terrible, celle qui résume sans doute au mieux le message de la série et je vous la mets en anglais pour ne pas l’entacher d’une quelconque erreur de traduction :

« To be a scientist is to be naive. We are so focused on our search for truth, we fail to consider how few actually want us to find it. But it is always there, whether we can see it or not, whether we choose to or not. The truth doesn’t care about our needs or wants. It doesn’t care about our governments, our ideologies, our religions. It will lie in wait, for all time.

And this, at last, is the gift of Chernobyl. Where I once would fear the cost of truth, now I only ask :
What is the cost of lies ? »

Valery Legasov, Boris Shcherbina, Aleksandr Akimov, Leonid Toptunov, Vasily Ignatenko, Anatoly Sitnikov et les centaines d’autres héros, anonymes ou non, je suis désolée de ne pas avoir connu votre histoire avant, de ne pas m’y être intéressée plus tôt… C’est promis, dès maintenant, je ne vous oublierai pas.

Vichnaya Pamyat.