« Love Letters to the Dead » d’Ava Dellaira

Tout a commencé par une lettre. Une simple rédaction demandée par un prof : écrire à un disparu. Laurel a choisi Kurt Cobain, parce que sa grande sœur May l’adorait.
Et qu’il est mort jeune, comme May.
Si elle ne rend jamais son devoir, très vite, le carnet de Laurel se remplit de lettres à Amy Winehouse, Heath Ledger… À ces confidents inattendus, elle raconte sa première année de lycée, sa famille décomposée, ses nouveaux amis, son premier amour.
Mais avant d’écrire à la seule disparue qui lui tient vraiment à cœur, Laurel devra se confronter au secret qui la tourmente, et faire face à ce qui s’est vraiment passé la nuit où May est décédée.

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Chère Ava Dellaira,

Je dois avouer que si je n’avais eu que la couverture de ton livre entre les mains, je n’aurais pas essayé de le lire.
Je sais, il ne faut pas juger un livre à sa couverture, tout ça tout ça, mais les
couvertures avec des vrais gens dessus, je t’avouerais que ça ne me plaît pas trop. Surtout ici, où l’image annonçait – pour moi – l’histoire clichée et mièvre d’une lycéenne clichée et mièvre.
Cependant, je me suis quand même intéressée au résumé, et c’est là que tu m’as eue : des lettres à des personnalités décédées, c’est plutôt original, mais alors voir les noms de Kurt Cobain et Heath Ledger dans le lot… Bref, mon cœur a parlé et j’ai décidé de lire ton roman. (Bon, il faut avouer que c’est SURTOUT parce que je me trouvais à la bibliothèque, et que le livre était GRATUIT que je me suis décidée à le prendre.)
Résultat ?
Je me dis que, parfois, il faut bel et bien juger un livre à sa couverture.

Commençons par ce qui aurait du être le point fort du livre : sa forme, c’est à dire les lettres adressées aux personnes décédées.
Déjà, chère Ava, je ne comprends pas pourquoi tu tenais absolument à ce que chaque lettre commence par un bout de biographie de l’artiste, du genre « Tu es né le 20 février 1967 à Aberdeen. Quand tes parents ont divorcé tu étais très triste. Du coup tu as écrit des chansons pour dire que tu étais triste. » Bien sûr j’exagère (et encore…), mais je pense que ceux à qui sont destinées les lettres, s’ils pouvaient la lire, n’auraient pas besoin qu’on leur raconte leur propre vie… Et si c’est dans le but de nous instruire, nous, lecteurs… Une page Wikipédia fait aussi bien l’affaire, et aurait même permis d’alléger le roman de toutes ces informations pénibles et pas très utiles.
Ensuite, si l’on retire les fiches Wikipédia et les quelques anecdotes de la vie de Laurel liées à l’artiste, le format des lettres ne sert… A rien. On se retrouve juste avec une adolescente qui nous raconte « ses amis, ses amours, ses emmerdes » comme on dit, et on a l’impression de lire un banal roman écrit à la première personne, ou au mieux un journal intime… Ce qui aurait été bien plus adapté à l’histoire d’ailleurs, parce que certes, c’est original de dire que l’on écrit à des personnalités décédées tout ça tout ça, mais bon sang, je pense que Kurt n’en aurait rien eu à foutre que Laurel trouve « Sky trop mignon oh là là il est si mystérieux et il m’a regardé tout à l’heure à la cantine et j’aimerais bien coucher avec quand même ».
Bref, j’ai l’impression qu’avec ce livre, tu voulais nous raconter l’histoire d’une adolescente un peu paumée qui a du mal à gérer la mort de sa sœur… Mais aussi et surtout nous montrer que tu ̶s̶a̶i̶s̶ ̶f̶a̶i̶r̶e̶ ̶d̶e̶s̶ ̶r̶e̶c̶h̶e̶r̶c̶h̶e̶s̶ ̶s̶u̶r̶ ̶W̶i̶k̶i̶p̶é̶d̶i̶a̶ es cultivée et que tu as de bons goûts en matière de musique, de poésie, de cinéma, etc.
Moi aussi j’ai des goûts musicaux absolument exceptionnels, je n’en fait pas toute une histoire pour autant.

Maintenant, intéressons-nous un peu plus au fond du roman, et d’abord à ses personnages.
Désolée de te l’annoncer, mais Laurel est LE cliché de tous les films/livres pour ados que je fais tout pour éviter – parce qu’ils sont justement terriblement clichés.
C’est le personnage typique qui se trouve « maladroite et banale et timide » mais qui devient pote avec deux meufs populaires et canons et fait craquer son crush en deux semaines à peine. Crush qui, dois-je le préciser, est surnommé Mr. Mystère parce qu’on ne sait rien de lui, il est siii mystérieux et beau et toutes les filles veulent sortir avec lui.
Tu parles d’originalité.
Aussi, Laurel est terriblement passive : elle ne fait que subir les évènements sans faire avancer grand-chose, et je l’ai personnellement trouvé… Molle.

Pour le reste de tes personnages, je trouve qu’il y a un gros problème de réalisme : les amis que se fait Laurel sont sympa et tout, et je ne veux pas passer pour une vieille chieuse, mais des secondes qui passent leur temps à boire, sécher les cours, voler de l’alcool, fumer, draguer des mecs pour du fric et montrer leurs seins à des inconnus… Je ne sais pas si c’est comme ça que tu as vécu ta première année de lycée, mais moi, pas du tout, et ça m’a pas mal sortie du roman.
Mais bon, après tout, c’est peut-être juste qu’avec mes potes, on était trop des Bisounours.
Le pire, ça a été quand Laurel est tombée sur Natalie et Hannah en train de s’embrasser… Je peux comprendre qu’elles aient été gênées, mais de là à vouloir forcer Laurel à embrasser Hannah pour qu’elle ne révèle rien, c’est juste NON.
Mais ça n’a posé de problèmes à personne apparemment…
Pareil pour ce moment où, après s’être croisés deux fois, Laurel et Mr. Mystérieux montent en voiture, et que ce dernier n’hésite pas à lui caresser le haut des cuisses… OKÉPASDEPROBLÈME.
Il y a un petit problème de consentement dans ton roman, non ?
Bon, j’avoue que ce sont des remarques que je me suis surtout faite en début de l’histoire, et qu’après… Je ne sais pas trop si les personnages ont évolué ou si c’est moi qui me suis lassée, toujours est-il que ça m’a moins dérangée au fil du roman.

L’intrigue n’est malheureusement pas très intéressante non plus : tout comme Laurel, c’est un ramassis de clichés. Les premiers amours, les cours avec des profs relous, les problèmes familiaux… C’est du vu et revu. L’histoire la mort de May est la plus touchante, celle qui a le plus retenu mon attention… Mais je la trouve malheureusement un peu trop survolée. Et pas toujours très… Crédible.
Parce que même si tu as le mérite d’aborder des sujets importants et délicats comme le deuil, le suicide, l’homosexualité et même le viol (ça, je ne te le retirerais pas), le tout est trop confus, trop de thèmes sont abordés, et aucun n’a vraiment de place pour être assez développé.
C’est tout à ton honneur de défendre des sujets qui te sont chers, mais tout ça fait trop.

Voilà chère Ava, j’en ai bientôt fini ne t’inquiète pas, et même si tu ne liras jamais cette chronique, je veux te prouver que je ne suis pas simplement une personne de mauvaise foi qui critique ton roman gratuitement. Je trouve que ton idée était très bonne, comme l’aurait pu être ton histoire ; les deux ont juste été, à mon sens, mal exploitées.
Je vais donc poster un passage que j’ai beaucoup aimé de Love Letters to the Dead, un passage qui m’a touchée, que je trouve beau et puissant, où Laurel montre un peu de caractère et où le fait qu’elle écrive à des personnes décédées a du sens :

« Nirvana signifie libération. Libération de la souffrance. Je pense que certains voient la mort ainsi. Donc bravo de vous être libérés, je suppose. Quant à nous, nous sommes encore là, à essayer de recoller les morceaux. »

Amitiés (quand même),
Marie.

« 54 minutes » de Marieke Nijkamp

10h00. C’est le début du semestre au lycée d’Opportunity dans l’Alabama. Chacun vaque à ses occupations et a ses propres inquiétudes.
Claire, sportive de haut niveau, s’entraîne sur la piste gelée en pensant à sa future carrière militaire.
Tomàs et son meilleur ami Fareed ratent le discours d’encouragement de la principale pour se faufiler dans son bureau.
Autumn, elle, ne rêve que de fuir la ville, son père et son frère, violents, pour aller en école de danse.
Sylvia, sa copine, n’est pas encore prête à la voir partir.
Quant à Tyler… Tyler ne souhaite qu’une chose : qu’on l’écoute. Et pour ça, il est prêt à tout, surtout à tuer
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Vous l’aurez peut-être compris en lisant mon résumé, d’autres avis, ou même en voyant la couverture du roman qui est plutôt explicite : ce livre nous plonge en pleine fusillade dans un lycée des États-Unis.
Et le verbe « plonger » n’est pas choisi au hasard ; on est en apnée durant certains passages tant la tension et le suspens sont énormes ! Et comme on ne connaît pas les pensées de (ce CONNARD de) Tyler, on ne sait jamais qui va vivre et qui va mourir, au niveau des personnages secondaires comme des principaux.

Et d’ailleurs, parlons-en des personnages : 54 minutes est un roman choral et, durant les 54 terribles minutes que vont durer la tuerie, on connaît les moindres pensées, faits et gestes des quatre protagonistes Claire, Tomàs, Autumn et Sylvia. Si le roman choral peut en dérouter ou décourager certains, pour moi c’est totalement l’inverse, d’autant plus que les personnages sont le gros point fort de ce roman.
Ils sont tous variés et très attachants, de par leur histoire difficile, leur courage, et surtout l’amour qu’ils se portent les uns aux autres.
Et je ne parle pas que des personnages principaux ! La même remarque est valable pour certains personnages secondaires comme Fareed, le meilleur ami de Tomàs donc, ou Matt, le jeune frère de Claire.

Les quatre voix principales ne sont d’ailleurs pas les seules à nous raconter la tuerie puisqu’entre chaque chapitre, quelques pages nous montrent les messages envoyés sur les réseaux sociaux : des tweets, des SMS, ou encore des articles de blogs permettent de poser un autre regard – souvent plus extérieur – sur la situation.
Il y a les tweets d’avant la fusillade, banals, où les élèves s’ennuient. Puis, les premiers coups de feu retentissent, certains demandent de l’aide au monde extérieur, pendant que le monde extérieur pense tout d’abord à un canular. Ensuite, certains veulent savoir ce qu’il se passe dans le lycée, d’autres implorent des nouvelles de leurs proches, puis arrive la presse, à l’affût du moindre scoop, toujours plus insistante…
La situation dégénère, et le lecteur est témoin, impuissant, de tous ces proches dont la tristesse et l’inquiétude augmentent peu à peu jusqu’à devenir insoutenable. 

Arrive enfin l’épilogue, il y a beaucoup moins de voix, certaines se sont définitivement tues.
C’est le moment du bilan, c’est émouvant, mais c’est aussi le moment où les survivants se rassemblent, c’est la vie qui continue… C’est beau putain. Mais qu’est-ce que c’est triste.
Parce que oui, au cas ou vous en douteriez, l’histoire de gosses qui se font fusiller un à un par un malade, c’est vraiment triste.
Et, même si, honnêtement, j’ai vu les ficelles de l’auteure, je sais évidemment que les personnages, les témoignages, le moindre mot est choisi – entre autre – pour faire vibrer la corde sensible chez le lecteur… Bah oui bon, j’ai versé une larme (et même DES larmeS) à la fin. Voilà, c’est dit. (Ne me jugez pas.) (Je dis que je pleure dès ma première critique, bravo la belle image qu’on va se faire de moi.)

Bref, vous l’aurez compris, pour moi, 54 minutes est un énorme coup de cœur, c’est un très bon premier roman de Marieke Nikjamp, qui est une auteure que je vais suivre de plus près.
Alors si le roman à plusieurs voix ne vous fait pas peur, si vous êtes prêts à plonger en enfer durant 54 minutes, je vous conseille énormément ce livre qui traite d’un sujet tragique mais qui sera malheureusement TOUJOURS d’actualité. (Mais munissez-vous d’un mouchoir. Ou pas, bande d’insensibles.)