Avec « La Supplication », Svetlana Alexievitch nous fait entendre les voix de Tchernobyl

Long story short : quand j’ai découvert la série Chernobyl, c’est immédiatement devenu un coup de cœur, coup de cœur qui a vite tourné à l’obsession.
Reddit, YouTube, Wikipédia, tout y est passé pour tenter d’étancher cette soif de savoir toujours plus forte, de la série comme de la catastrophe qui lui donne son nom… Et lors de mes recherches, un titre revenait souvent :
Voices from Chernobyl, traduit en français par La Supplication, un ensemble de témoignages recueillis par la journaliste et écrivaine Svetlana Alexievitch. L’œuvre était notamment citée par Craig Mazin, le créateur de la série, comme un incontournable, une source d’informations inestimable dont il a notamment extrait le témoignage de Lyudmila Ignatenko pour l’adapter au petit écran. Il n’en fallait pas plus pour me convaincre : quelques jours plus tard, le livre était commandé, quelques jours encore, et me voici à écrire ces lignes, encore bouleversée de ma lecture.

En guise de résumé, voici ce que dit l’auteure à propos de son œuvre :

De quoi parle ce livre ? Pourquoi l’ai-je écrit ?
Ce livre ne parle pas de Tchernobyl, mais du monde de Tchernobyl. Justement de ce que nous connaissons peu. De ce dont nous ne connaissons presque rien. Une histoire manquée : voilà comment j’aurais pu l’intituler.
L’événement en soi – ce qui s’est passé, qui est coupable, combien de tonnes de sable et de béton a-t-il fallu pour ériger le sarcophage au-dessus du trou du diable – ne m’intéressait pas. Je m’intéressais aux sensations, aux sentiments des individus qui ont touché à l’inconnu. Au mystère. Tchernobyl est un mystère qu’il nous faut encore élucider. C’est peut-être une tâche pour le XXIe siècle. Un défi pour ce nouveau siècle. Ce que l’homme a appris, deviné, découvert sur lui-même et dans son attitude envers le monde. Reconstituer les sentiments et non les événements.

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Le recueil s’ouvre avec un prologue, « Une voix solitaire », le témoignage de Lyudmila Ignatenko, et plus précisément avec ces phrases :

Et là j’ai su que ça allait être dur à lire.
Et ça l’a été.
Le témoignage de Lyudmila (femme de Vasily Ignatenko, l’un des premiers pompiers sur place lors de l’explosion du réacteur) est d’ailleurs celui qui m’a le plus touchée…
En partie parce qu’il a été adapté par la série, et que le fait de pouvoir mettre des images sur des mots rend la chose encore plus douloureuse.
En partie pour les points communs que je me suis trouvée avec elle, mais ça, c’est plus personnel.
En partie parce que tout ce qui lui arrive est terriblement injuste : elle et son mari se sont littéralement trouvés au mauvais endroit au mauvais moment, et à cause de ça, elle a absolument tout perdu.
Mais surtout, parce que le plus bouleversant avec l’histoire de Lyudmila, c’est qu’elle déborde d’amour. De tristesse et de souffrance, bien évidemment, mais surtout d’amour. Tout en cette femme, même son courage et sa ténacité, ne sont que des preuves d’amour envers Vasily, qu’elle chérira du début à la fin, alors qu’il mourra à petit feu des effets de la radiation.
Et ça fait mal de lire ça. Tellement mal.

Après le témoignage de Lyudmila s’en succèdent des dizaines d’autres, ou plutôt des « monologues » comme les a appelé l’auteure.
Hommes, femmes, jeunes, vieux et très vieux prennent la parole pour raconter ce qu’ils ont vécu, ce que Tchernobyl leur a appris, mais surtout, ce que Tchernobyl leur a pris : leur maison, leur famille, leur santé, leur innocence… Et parfois tout cela à la fois.
Les voix d’instituteurs, de journalistes, de résidents sans autorisation, de liquidateurs, de militaires, de familles, de pères, de mères… S’emmêlent pour former un cri de vérité, le cri d’un peuple que l’on n’a pas laissé s’exprimer, c’est un mélange d’amour et de haine, de solitude, de tristesse, d’héroïsme et de peur… Bref, c’est terriblement humain.

L’auteure cède la parole, n’intervient jamais dans les monologues, laisse les répétitions… Elle n’est d’ailleurs plus à proprement parler auteure, mais messagère, chargée de nous transmettre cette douloureuse vérité.
Vous comprendrez donc que le style d’écriture, le vocabulaire, la sonorité… Bref, tout ce qui fait un beau texte n’est ici pas important, seul compte l’authenticité…
Et pourtant, malgré leur apparente simplicité, certains témoignages sont presque… Poétiques. Tragiquement poétiques.

Malgré la grande variété de personnes interrogées, plusieurs choses reviennent souvent dans les témoignages, et l’une d’entre elles est la comparaison presque systématique qui est faite entre Tchernobyl et la guerre. En effet, le peuple soviétique a connu bien des souffrances, la guerre et Tchernobyl faisant sûrement partie des pires, alors ils les comparent l’un avec l’autre, peut-être dans une tentative de rationalisation… Mais Tchernobyl n’est pas une guerre comme les autres.
A la guerre, on peut voir l’ennemi, le combattre. Ici, l’ennemi est invisible, mais tout aussi mortel.
La guerre, on peut la gagner. Avec Tchernobyl, c’est un combat perdu d’avance.

C’est aussi un combat qui continue de faire des ravages, parce que s’il y a autre chose que j’ai souvent vu revenir – pas aussi souvent que la guerre, mais qui m’a tout autant marquée – c’est la peur d’avoir des enfants. Ou plutôt la peur de ne pas avoir d’enfants normaux.
Les enfants, c’est l’avenir. C’est le renouveau. Ce sont eux qui peuvent faire renaître un pays de ses cendres, faire table rase du passé… Pas avec Tchernobyl. Avec Tchernobyl, ils sont le souvenir douloureux d’un passé que l’on souhaiterait oublier.
Les femmes enceintes, à l’époque de la catastrophe, étaient terrorisées, à l’idée d’accoucher d’enfants morts-nés, malades, ou malformés… Et à raison.
Certains monologues, ceux des instituteurs ou pire, ceux des parents, nous apprennent le quotidien des enfants de Tchernobyl : ils sont faibles, s’endorment en classe, saignent souvent du nez, naissent avec des organes en moins…
Ils sont l’innocence sacrifiée par la bêtise humaine.

Et même lorsqu’ils survivent, leur calvaire n’est pas terminé.
Ils doivent souvent vivre avec la mort, celle d’un proche, ou la-leur, prochaine, avec les maladies, l’hôpital, les malformations, et comme si ça ne suffisait pas, avec la peur des autres. Certains sont mis à l’écart à l’école, on les traite de « lucioles », on essaye de voir s’ils brillent dans la nuit…

C’est déjà terrible de lire des parents éplorés et des professeurs impuissants, mais le pire, ce serait d’entendre les petits eux-mêmes… Et c’est donc ce que nous offre l’auteure, avec un mélange de plusieurs histoires d’enfants, vers la toute fin du recueil, comme un dernier coup de poing dans nos ventres déjà serrés par les dizaines d’histoires effroyables ingurgitées. Et c’est douloureux.

Alors, que reste-t’il après une telle lecture ?
De la tristesse, pour ceux qui ont tout perdu, de la colère aussi, pour les responsables, ceux qui ont voulu cacher la vérité… Mais surtout, il nous reste le savoir.
Tout le monde connait la catastrophe de Tchernobyl, et pourtant, personne ne connait ceux qui y ont survécu, ni même ceux qui se sont sacrifiés pour empêcher le pire de se produire. (Parce que oui, ça aurait pu être pire, bien pire.)
Tant de questions resteront sans réponses, tant de héros resteront anonymes, tant d’informations ont été cachées au monde entier… La moindre piqûre de rappel, aussi douloureuse soit-elle, est donc nécessaire.
(Eh, ce n’est pas pour rien si le nombre de morts causés par la catastrophe varie entre cent trente et un million. Oui oui, l’écart est absolument énorme.)

C’est donc avec la plus grande sincérité que je remercie Svetlana Alexievitch pour ce livre absolument inestimable, livre qui nous fait entendre les voix de ces grands oubliés de l’Histoire.

Patrick Baud et les « Histoires de Nuit »

Est-ce que vous connaissez Patrick Baud ? Mais si, l’homme à la voix d’or, celui qui vous fait découvrir des personnages extraordinaires, des lieux étranges, des histoires insolites (ou des personnages étranges, des lieux insolites et des histoires extraordinaires, ça marche aussi) sur sa chaîne YouTube « Axolot » (que je vous recommande plus que vivement) !
Eh bien, amateurs de littérature, de science-fiction, d’horreur et de voix apaisantes, bonne nouvelle pour vous ! Patrick Baud a un SoundCloud où il vous lit des histoires parfois étonnantes, parfois inquiétantes de grands noms de la littérature comme Jorge Luis Borges, Isaac Asimov ou Arthur C. Clarke ! C’est gratuit, c’est rapide – entre vingt et tente-cinq minutes par nouvelle – c’est varié et prenant, et surtout, c’est LU PAR PATRICK FUCKING BAUD  (jesuisfandecemecvousaviezremarqué?) !
Je l’ai découvert il y a quelques mois grâce à un ami – coucou Mimic si tu passes par là – et j’ai été conquise ! Ça m’a en plus permis de connaître mes premières histoires de Ray Bradbury et de Dan Simmons, deux grands noms de la science-fiction et de l’horreur que j’avais terriblement envie de découvrir !
C’est donc un gros coup de cœur qu’il fallait absolument que je vous partage, j’espère que vous y trouverez votre compte !
Je vous ai mis en dessous le nom, le résumé, et mon avis sur chacune des nouvelles proposées ! (Et bien sûr le lien vers le SoundCloud s’y trouve également !)

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La Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borges

La fin de sa vie approchant, le narrateur nous conte l’histoire de cette Bibliothèque apparemment infinie. Elle contiendrait tous les livres de 410 pages, ceux écrits, ceux à venir, dans toutes les langues possibles et imaginables, et dont certains ont voulu percer les secrets…

Cette histoire est… Compliquée, et de toutes les nouvelles lues par Patrick Baud, j’avoue c’est celle où j’ai le moins accroché. (Revenez, je vous jure que j’ai adoré le reste !)
Il y a des termes compliqués, beaucoup de chiffres et de figures géométriques… C’est un vrai challenge pour l’imagination auquel je ne m’attendais pas la première fois que je l’ai écoutée. (On peut dire que je me suis… Perdue dans la Bibliothèque ?  *ba dum tss*)
Cette métaphore de la littérature est vraiment intéressante, tout comme son rapport avec l’Homme (qui ne fait que des conneries encore une fois), c’est juste qu’il faut vraiment se concentrer, et les pauses musicales entre certains passages sont vraiment les bienvenues.
Donc ne vous laissez pas décourager par cette première nouvelle, c’est vraiment la plus complexe, et si vous aimez les histoires plus simples et qui font frissonner, les autres sont là pour vous ! 

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Les Neuf Milliards de noms de Dieu d’Arthur C. Clarke

Dieu a un nom. Il en a même plusieurs en fait, composés de neuf caractères maximums, et des moines bouddhistes ont entrepris de les découvrir selon un système de codage qu’ils ont mis au point.
Le problème, c’est que l’opération prend du temps, et ils sont déjà au travail depuis plus de trois cents ans…  C’est pour cela qu’ils vont faire l’acquisition d’un supercalculateur qui, en cent jours, pourra imprimer l’ensemble des combinaisons possibles.
Nos deux protagonistes, des informaticiens plutôt sceptiques, les accompagnent au Tibet pour installer et programmer la machine, sans se douter de ce qu’il risque de se produire si les moines parviennent à accomplir leur mission…

J’ai BEAUCOUP aimé celle-ci. Bien que le postulat de départ soit pour le moins… Étrange, et puisse sembler de prime abord plutôt compliqué, on suit le personnage de Wagner, un occidental qui n’y connaît pas grand-chose à la mission des moines – et qui ne cherche pas non plus à en savoir plus.
La grande réussite de cette nouvelle est – pour moi – sa phrase de fin, belle et terrible à la fois… Et c’est frustrant, mais je ne peux évidemment pas en dire plus. (Allez écouter ça et on en reparlera, he he.)
L’écriture d’une nouvelle est loin d’être une mince affaire, mais je pense que c’est totalement réussi pour Arthur C. Clarke : ses personnages sont établis, son histoire compréhensible et sa chute surprenante !
(Par contre… Le « lama » dont il est question dans l’histoire… C’est le Dalaï-lama. N’allez pas vous imaginer une histoire surréaliste avec un camélidé parlant pendant la moitié du récit avant de finalement comprendre et de vous sentir idiot(e)… Oui comme moi oui…)

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La Trappe de Ray Bradbury

C’est étrange… Alors qu’elle habite cette maison depuis plus de dix ans, Clara Peck ne la remarque qu’aujourd’hui… La trappe, dans le plafond. Ce qui est encore plus étrange, c’est que cette nuit-là, elle entend des bruits qui viennent du plafond, des bruits faibles d’abord, mais qui deviennent avec le temps de plus en plus forts. Des souris ? Des rats ? Ou quelque chose d’autre, de plus gros et de plus effrayant ?

Cette nouvelle est bien trop cooool ! Elle est prenante pendant tout le récit et sa fin ne déçoit pas !
Les personnages sont – étonnamment – plutôt développés pour une histoire aussi courte : on arrive à cerner leur caractère, une partie de leur physique et de leur vie sans que ce ne soit trop pour autant.
Contrairement à La Bibliothèque de Babel, il n’y a pas un énorme travail d’imagination à fournir, tout est très bien décrit, ça aide à s’immerger encore plus dans le récit, et puis c’est TROP BIEN que ce soit le genre d’histoires où, quand une personne extérieure arrive, les événements surnaturels ne cessent pas d’un coup pour faire penser que le protagoniste est fou…
Voilà, je n’ai pas grand-chose d’autre à dire, j’ai adoré cette histoire ! Ray Bradbury est définitivement un auteur que je lirai dans un futur proche !

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La Dernière Question d’Isaac Asimov

Six périodes différentes, durant lesquelles l’Homme évolue, conquiert l’espace, se multiplie à une vitesse effarante, se libère de son enveloppe charnelle pour ne devenir d’un esprit flottant dans l’Univers… Six périodes, et pourtant, toujours la même question posée à l’ordinateur Multivac sur l’avenir de l’Humanité. Une question qui reste sans réponse… Ou presque.

Attention, on revient dans quelque chose d’un peu plus complexe !
(Entre autre parce que la fin de l’histoire se déroule dans un futur si lointain que le temps, la matière et l’espace n’existent plus, et ça, c’est pas facile de se le représenter.)
Asimov aborde ici des thématiques chères à la science-fiction avec notamment la conquête de l’espace, l’expansion toujours plus rapide et problématique de l’espèce humaine, le rapport aux technologies, qui prennent de plus en plus de place dans la vie des Hommes… Tout ça, c’est très intéressant, mais d’une certaine manière très flippant aussi.
La nouvelle est longue, elle semble parfois trop longue tant on a envie de savoir la fin, de connaître la réponse à cette fameuse question, de voir comment l’auteur va se débrouiller pour finir cette histoire qui semble impossible à conclure de manière satisfaisante… Et…
Et encore une fois, c’est une très bonne fin selon moi ! Une fin qui vous nique abîme un peu le cerveau, certes, mais qui m’a personnellement convaincue ! Le papa de la science-fiction a frappé fort avec cette nouvelle !

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Le Styx coule à l’envers de Dan Simmons

En cette belle journée de juin, un jeune garçon attend avec son père, son frère et d’autres grandes personnes. Sa mère est morte il y a peu de temps, et aujourd’hui, c’était l’enterrement. Alors il attend. Parce que quand les médecins en auront fini avec elle, elle reviendra à la maison. Vivante… Mais pas tout à fait comme avant…

Le meilleur pour la fin ? Je ne sais pas pour d’autres, mais pour moi, cette nouvelle a été LE coup de cœur !
Cette histoire a tout ce que j’aime : un protagoniste enfant et des créatures pas tout à fait humaines, juste assez différentes pour que ça en devienne de plus en plus inquiétant et malsain… Le tout dans un univers très réaliste où le fantastique et l’horreur prennent peu à peu leur place, de manière subtile. Et puis, dans un sens (un sens un peu tordu certes), on peut voir ça comme l’histoire émouvante d’un petit garçon qui aime juste beaucoup sa maman. Même si elle est différente. (En plus ça m’a rappelé Simetierre qui est tout de même mon roman préféré de Stephen King, donc ça a bien évidemment aidé à conquérir mon petit cœur de lectrice de trucs horribles.)
Je n’ai vraiment pas grand-chose d’autre à rajouter : c’est un sans-faute, et ça me prouve que Dan Simmons a tout à fait sa place dans les grands noms de la littérature horrifique.

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Voilà pour les cinq nouvelles !
Je vous laisse le lien du SoundCloud juste ici : 
https://soundcloud.com/patrick-baud/sets/histoires-de-nuit pour que vous vous fassiez votre propre opinion, et je vous souhaite une bonne écoute ! (Et encore merci à Patrick Baud – qui ne lira jamais cet article – de mettre sa voix au service de la littérature. Ce mec est en or, moi je vous le dis.)

Dans « Misery », l’horreur est humaine

Tout allait remarquablement bien pour l’écrivain Paul Sheldon : il venait de tuer Misery Chastain, une héroïne romantique victorienne, personnage principal d’une saga éponyme qui lui a valu un immense succès, mais qu’il ne supportait plus. Encore mieux : il était sur le point de montrer à son éditeur la première version de son nouveau livre, bien plus sérieux, celui dont il rêvait.
Seulement, une bouteille de Dom Pérignon, une grosse tempête et une énorme dose de malchance plus tard, Paul a un accident et se retrouve chez Annie Wilkes, une ancienne infirmière, avec les jambes broyées.
Heureusement pour lui, Annie est une de ses plus grandes fans, et fait tout ce qu’il faut pour qu’il se rétablisse. Malheureusement pour lui, c’est aussi une grande psychopathe qui ne jure que par Misery, l’héroïne que Paul vient de faire mourir…

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Une petite ferme au milieu de nulle part. Deux personnages. Et c’est tout. Il n’en faut pas plus à Stephen King pour pondre un excellent roman, un huis clos haletant, terrifiant, où la tension ne redescend jamais.

Tout d’abord, il y a Paul, l’écrivain. Personnage plutôt banal, il peut même sembler antipathique au début, mais on ne peut rester de marbre devant les supplices qu’il endure, la force et la débrouillardise dont il fait preuve pour se sortir de cet enfer. Même s’il a parfois des moments de faiblesse – avec deux jambes explosées c’est plutôt normal – et qu’il songe de brefs instants à renoncer, on ne peut que compatir à sa douleur, sans le juger, parce qu’après tout, qu’est-ce qu’on aurait fait à sa place ? (Qui est la question qui, si on se la pose – et on se la pose forcément à un moment – rajoute un degré d’horreur à l’histoire.)
Au final on ressent un profond sentiment d’empathie pour lui, on veut le voir réussir, on l’encourage tout bas, dans notre tête, et on ne se trouve plus dans notre chambre, à notre bureau ou dans notre bus, on n’est plus en train de lire un roman : on est avec Paul, dans ses pensées, dans une petite ferme paumée, loin de tout… Le roman nous happe, nous fait oublier l’extérieur, le monde réel, et on contemple, impuissant, les tentatives de l’écrivain pour s’échapper, ce qui est loin d’être facile, et semble parfois même impossible…

Parce qu’en face de lui, il y a Annie. Annie Wilkes, l’ancienne infirmière, la plus grande fan, le « Dragon femelle », celle qui n’a pas peur de tuer. Eh, ça ne serait pas sa première fois. Loin de là.
King a très bien géré l’écriture de ce personnage, faisant de cette simple bonne femme l’une de ses créatures les plus cauchemardesques. (Alors qu’il a tout de même à son palmarès un hôtel hanté, un alien mangeur d’enfants ou encore un magicien maléfique.)
Et savez-vous ce qui la rend aussi effrayante ? Son imprévisibilité.
Souffrant VISIBLEMENT de troubles mentaux, couplés à quelques phases de dépression, elle est capable de vous cuisiner votre plat préféré avec amour pour, quelques minutes plus tard, VOUS PRIVER IRRÉMÉDIABLEMENT D’UNE PARTIE DE VOTRE CORPS PAR EXEMPLE. Tout ça parce que vous avez dit un mot de travers – sûrement une grossièreté, Annie déteste les mots grossiers. (Je ne dis pas que c’est ce qu’elle fait dans le roman, ce n’est qu’un exemple pour vous montrer qu’elle peut littéralement passer d’un extrême à l’autre.)
Ce qui rend également Annie aussi redoutable, c’est qu’au premier abord, et comme Paul Sheldon, on la sous-estime. Cette femme, qui n’est pas jolie, vieillissante, qui vit presque seule dans sa ferme (avec pour seule compagnie ses quelques animaux dont sa truie adorée) et qui passe son temps à dévorer des romans à l’eau de rose un peu niais… Elle n’est pas si dangereuse que ça, si ? Bon, elle nous démontre vite le contraire, mais tout de même, elle est un peu idiote non ? Paul réussira forcément à l’amadouer, elle qui l’adore ? Et c’est la deuxième erreur. Malgré les préjugés qu’on peut avoir sur elle, Annie est loin, très loin d’être bête. Quand on pense l’avoir comprise, voire même déjouée, on se rend compte qu’elle a au final deux tours d’avance sur nous. Folle, mais pas idiote.

Un autre aspect intéressant du livre – et souvent abordé dans la biographie de King – est la relation entre l’écrivain et son œuvre. (Mais je ne peux pas trop développer là-dessus pour ne pas spoiler l’intrigue.)
Au début du livre, Paul détestait Misery : il souhaitait absolument s’en débarrasser, et c’est ce qu’il a fait en la tuant dans son dernier tome. Cependant, elle sera, avec l’écriture, l’un des seuls éléments permettant à l’auteur de ne pas totalement perdre la tête, de ne pas abandonner et renoncer à la vie. Et ça c’est BEAU.

Misery a donc été pour moi une excellente lecture que je recommande à tous les amateurs du genre ou de l’écrivain !
En même temps c’est un des « classiques » de King, l’avoir autant aimé ne m’a franchement pas étonnée. Au fait, vous savez que j’adore cet auteur ? Non parce que je pense que je ne l’ai dit qu’une trentaine de fois pour l’instant.

« Nous avons toujours vécu au château » : l’étrange e(s)t le banal

« Merrycat, dit Connie, veux-tu une tasse de thé ?
Oh, non, fit Merricat, tu vas m’empoisonner.
Merricat, dit Connie, voudrais-tu fermer l’œil ?
Dans un trou au cimetière, au fond d’un vieux cercueil ! »


Le moins que l’on puisse dire, c’est que les villageois n’aiment pas ceux qui habitent le vieux manoir des Blackwood. (Ou du moins ce qu’il en reste…)

Et pour cause, la quasi-totalité de la famille a été empoisonnée par de l’arsenic versé dans leur sucre, voilà six ans de ça.
Aujourd’hui, il ne reste que Mary Katherine, dix-huit ans, sa grande sœur Constance, accusée du meurtre de sa famille puis relâchée pour faute de preuves, et leur oncle Julian, mourant et à moitié fou à cause de l’empoisonnement auquel il a survécu.
Les trois derniers Blackwood sont donc terrés chez eux depuis six ans, et, malgré une vie de parias, ont trouvé un certain équilibre dans ce quotidien difficile. Un équilibre qui pourrait rompre à tout instant…

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Eh bien, avec un tel résumé, je ne m’attendais pas à ça. Quel roman… Étrange.
Dans Nous avons toujours vécu au château, il ne se passe pas grand-chose. Eh, l’évènement le plus important de l’histoire, le meurtre de la famille, se passe même six ans avant l’intrigue. (Et à propos de ça, ne vous attendez pas à une enquête ou à un quelconque retournement de situation : tout est évident dès les premières pages.)
Pour le reste, on ne fait que suivre le quotidien – pas si banal – des personnages.
Ces personnages, d’ailleurs, ne sont pas de « bonnes personnes ». Ils sont excentriques (pour ne pas dire un poil dérangés), et ne bénéficient de quasiment aucune évolution, restant les mêmes du début à la fin du roman.
Et le plus étrange, c’est que tous ces points, qui sont censés être – en toute logique – terriblement négatifs pour un roman font finalement de Nous avons toujours vécu au château une œuvre très originale et très sympa à lire !

Bon, d’accord, « sympa » n’est pas vraiment le terme le plus adapté pour décrire cette histoire, d’autant plus que beaucoup l’ont trouvée plutôt flippante (il faut dire que l’atmosphère, le meurtre sordide de la famille et les personnages un peu timbrés n’aident pas), mais je ne pourrais jamais classer ce livre dans la catégorie « horreur » à laquelle il est censé appartenir. (Même s’il a été écrit par Shirley Jackson, la « Queen of Gothic Horror ».)
Ce sont d’ailleurs les personnages que j’ai le plus apprécié : ce sont eux qui donnent leur caractère étrange à l’histoire – au lieu de subir les événements comme c’est si souvent le cas.

Il y a tout d’abord l’oncle Julian : il est excentrique et plutôt drôle (malheureusement, c’est parce qu’il perd peu à peu la boule à cause de son empoisonnement à l’arsenic). Il est obsédé par l’idée d’écrire un livre sur le meurtre de sa famille, parle du drame avec détachement, avec légèreté… Et demande souvent si l’évènement a réellement eu lieu.
Un peu fou, mais pas méchant. Mais qu’en est-il des autres ?

Constance et Mary Katherine (dite « Merricat »), sont elles aussi très étranges – et là, l’arsenic n’y est pour rien.
Étant les seules à ne pas avoir pris de sucre le jour du meurtre, elles sont les seules à n’avoir aucune séquelle, et le moins que l’on puisse dire…
C’est que le syndrome du survivant, elles ne savent pas ce que c’est.
Elles ne se soucient à AUCUN moment de la perte de leur famille, n’éprouvent aucune culpabilité, pas la moindre once de tristesse à leur égard. Elles ne pensent même jamais à eux. (En fait, si elles ne s’aimaient pas autant, je les penserais purement et simplement sociopathes.)

Constance, l’aînée, est considérée comme la principale suspecte de l’empoisonnement, et cela n’a pas l’air de la gêner le moins du monde. Elle en parle d’ailleurs avec la même légèreté que l’oncle Julian.
Elle s’occupe du manoir et de sa famille (ou du moins ce qu’il en reste…) avec le plus grand des soins, c’est une fée du véritable fée du logis. Elle adore cuisiner, s’occuper de son jardin… Mais ce qu’elle adore le plus au monde, c’est Merricat.

Et Merricat…
Oh Merricat…
C’est le plus étrange (et donc le plus intéressant) membre de cette famille. (Et ça tombe bien, c’est aussi notre narratrice.)
Aujourd’hui âgée de dix-huit ans, elle en avait douze lors du meurtre de sa famille, et a donc arrêté l’école à cet âge… En fait, elle a même carrément arrêté D’ÉVOLUER à cet âge.
Bien qu’étant une jeune adulte, elle est espiègle, candide, parfois capricieuse, et possède une imagination débordante qui la pousse notamment à donner des propriétés surnaturelles à tout ce qu’elle trouve.
Par exemple, elle a créé une protection magique à la maison en clouant un livre à un arbre : tant que le livre ne tombe pas, la maison est protégée. Aussi, elle choisit parfois trois mots (compliqués de préférence), et s’ils ne sont pas prononcés avant la fin de la journée, rien de mauvais n’arrivera… Bref, vous voyez, toutes ces petites croyances naïves et rassurantes qu’ont les enfants pour se protéger avec leur plus grande (et parfois leur seule) arme : leur imagination.
Ah, et elle parle à son chat aussi.
Je vous le dit, c’est un personnage fascinant.

Et c’est le fait d’avoir un personnage aussi fascinant comme narratrice qui fait l’originalité et le charme du roman : sa manière de penser, parfois candide, parfois inquiétante (lorsqu’elle souhaiterait voir mourir les villageois par exemple) nous perd dans un flot de sentiments différents et contradictoires. « Est-elle folle ? » « Ou juste un peu bizarre ? » « Et le reste de sa famille ? » « Est-ce que je suis censée bien l’aimer, ou la craindre..? »
On ne sait pas non plus à quel point ce qui nous est montré est vrai, faux, exagéré, étrange… Comme elle ne fait que nous relater son quotidien, tout est normal, et même banal pour elle.
Et d’ailleurs, à cause de ça, j’ai eu énormément de mal à écrire cette critique, à poser des mots sur ce que je ressentais… Parce que je ne suis toujours pas sûre de ce que je ressens.
Quand j’ai lu Nous avons toujours vécu au château, je me suis contentée de prendre ce qu’on me donnait comme informations, sans me poser plus de questions. J’adore Merricat, j’adore la douce folie qui émane d’elle, alors j’ai vite accepté son point de vue comme étant la vérité. Elle adore sa sœur ? Alors sa sœur est adorable. Elle veut voir mourir les villageois ? Alors ce sont des monstres. Elle ne pense pas aux membres de sa famille décédés ? Alors ils ne devaient pas être très intéressants.
Ce n’est qu’en reposant le livre que je me suis dit que, quand même, tout ça était sacrément bizarre. Je n’ai jamais considéré Mary Katherine comme étant un ange, mais n’est-elle pas carrément un démon ?

Bon, comme je vous le disais, j’ai encore du mal à mettre des mots sur cette lecture, et je commence à avoir mal au crâne, alors je vais m’arrêter là (#blogueuseencarton), mais ce dont je suis sûre, c’est que Nous avons toujours vécu au château est un très bon roman de Shirley Jackson, une histoire si simple et pourtant si originale qu’elle vous laisse avec bien plus de questions que de réponses. Ou alors je suis complétement stupide, c’est aussi une option envisageable.

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TL;DR : Marie est complétement perdue quand elle est face à un narrateur non fiable. Mais le livre est cool.

« Carrie », le premier roman de Stephen King

Carrie White a dix-sept ans, elle n’est pas jolie, n’a pas d’amis, et elle est loin d’avoir une vie heureuse. Entre sa mère fanatique qui la punit régulièrement et les moqueries incessantes de ses camarades de classe, chaque jour est une torture à laquelle elle ne peut échapper.
Mais ce qu’il faut aussi savoir sur Carrie White, c’est qu’elle a depuis toujours un « don » enfoui en elle, celui de pouvoir déplacer les objets par la pensée, qui se réveille soudainement le jour où elle a ses premières règles.
D’abord effrayée par ce pouvoir, elle va peu à peu tenter de le contrôler, sans se rendre compte de la force destructrice qu’elle possède en elle…

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Je connaissais le début, je connaissais la fin, et je connaissais en partie ce qu’il y avait entre les deux. Et pourtant, qu’est-ce que j’ai adoré ! Pour un premier livre c’est excellent, et je comprends comment Stephen King a réussi à devenir l’un des auteurs les plus incontournables de sa génération !

La forme du roman, qui alterne entre passages narratifs, témoignages, extraits de livres scientifiques… est excellente !
En plus de nuancer l’histoire en nous offrant plusieurs points de vue, elle nous la rend aussi terriblement crédible, le tout en nous donnant des informations qu’il aurait été impossible de connaitre autrement (ou de manière peu convaincante si l’oeuvre avait été sous forme de roman « classique »).
Quant à l’intrigue, vous la connaissez sûrement – au moins en partie – elle est très bonne, touchante et tragique, originale malgré sa simplicité.
Entre pouvoirs psychiques, scènes de chaos (jouissives comme King sait les écrire), fanatisme religieux, dénonciation du harcèlement scolaire et de la maltraitance faite aux enfants… Il n’y a que du bon là-dedans ! (Enfin, pas dans le sens où le fanatisme ou la maltraitance sont de « bonnes choses » hein, ce sont juste des thèmes que j’aime voir être abordés et/ou dénoncés dans les romans. Peut-être pour ça que j’aime tant les romans de King tiens.)

Bon, je dois avouer que je ne me suis pas totalement attachée au personnage de Carrie (qui se laisse un peu trop faire à mon goût, du moins au début de l’histoire), mais il est impossible de se la représenter comme un monstre, ce que tout le monde pense d’elle à la fin du roman. Elle respire une sorte de candeur, de naïveté, et malgré tout ce qu’elle peut faire d’atroce (ne me regardez pas comme ça, vous savez tous comment ça se termine) on ne peut même pas lui en vouloir… Eh, on est même parfois un peu de son côté !
Et puis, il faut rendre à King ce qui appartient à King : pour un homme de vingt-six ans, il a réussi à écrire un personnage féminin adolescent avec une grande justesse !
Certains qualifient ce roman de « féministe », et ils n’ont peut-être pas tort !

Si Carrie ne m’a pas autant attendrie, c’est peut-être parce que deux autres personnages m’ont bien plus intéressée : Sue Snell et Tommy Ross. (Pauvre Carrie, même dans ton propre roman tu te fais voler la vedette par des élèves plus populaires…)
La première est très touchante dans sa tentative de se faire pardonner par Carrie après lui avoir fait une – très – mauvaise « blague ». Cette lycéenne populaire, qu’on voit tout d’abord comme une petite peste s’en prenant avec ses amies à une jeune fille sans défense, se révèle être simple, mature, profondément gentille (au final), bien plus complexe que ce que l’on imagine d’elle au premier abord.
Quant à Tommy, il est juste gentil.
Quoi, c’est tout ?
Oui, il est juste gentil, mais de manière totalement désintéressée, comme seulement peu de gens le sont, et ça fait du bien de voir l’un des élèves les plus populaires loin du cliché « populaire = superficiel = méchant ».
Donc Sue et Tommy sont pour moi les meilleurs personnages du livre, à l’opposé des clichés et des personnalités unidimensionnelles que l’on retrouve généralement avec ce genre de personnages « stars » du lycée. (Et le couple qu’ils forment est tout de même adorable tout plein.)

Mais si l’auteur a réussi à capter toute la gentillesse et la candeur dont peuvent être capables les adolescents, il nous montre encore plus à quel point ils peuvent être cruels, en la personne de Chris Hargensen et de Billy Nolan, son petit ami. (Là c’est même plus des claques qui se perdent, c’est carrément des internements en prison.)
Mais bon, King est aussi très bon pour créer des humains absolument abjects, et ce à n’importe quel âge, donc ce n’est pas une surprise. (Ceux qui ont lu Ça savent de quoi je parle.) 
Et en parlant d’humains abjects, Margaret White, la mère de Carrie, est assez terrifiante elle aussi, de par son fanatisme religieux et son ultra-puritanisme écœurant. J’aurais juste aimé qu’elle soit un petit peu plus développée.

Parce qu’en fait, le seul petit bémol de ce livre, c’est qu’il est trop court.
J’aurais aimé détester la mère de Carrie encore plus, j’aurais aimé d’autres témoignages sur l’enfance de Carrie pour mieux la comprendre et m’y attacher, j’aurais aimé connaître un peu plus les élèves du lycée de Chamberlain avant d’assister à leur fin tragique… Mais bon, est-ce que c’est réellement un reproche que je fais au livre, de dire que je l’ai tellement aimé que j’en veux plus ?