Svetlana Alexievitch nous fait entendre les voix de Tchernobyl

« Un événement raconté par une seule personne est son destin.
Raconté par plusieurs, il devient l’Histoire. »

Long story short : quand j’ai découvert la série Chernobyl, c’est immédiatement devenu un coup de cœur, coup de cœur qui a vite tourné à l’obsession.
Reddit, YouTube, Wikipédia, tout y est passé pour tenter d’étancher cette soif de savoir toujours plus forte, de la série comme de la catastrophe qui lui donne son nom… Et lors de mes recherches, un titre revenait souvent :
Voices from Chernobyl, traduit en français par La Supplication, un ensemble de témoignages recueillis par la journaliste et écrivaine Svetlana Alexievitch. L’œuvre était notamment citée par Craig Mazin, le créateur de la série, comme un incontournable, une source d’informations inestimable dont il a notamment extrait le témoignage de Lyudmila Ignatenko pour l’adapter au petit écran. Il n’en fallait pas plus pour me convaincre : quelques jours plus tard, le livre était commandé, quelques jours encore, et me voici à écrire ces lignes, encore bouleversée de ma lecture.

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De quoi parle ce livre ? Pourquoi l’ai-je écrit ?
Ce livre ne parle pas de Tchernobyl, mais du monde de Tchernobyl. Justement de ce que nous connaissons peu. De ce dont nous ne connaissons presque rien. Une histoire manquée : voilà comment j’aurais pu l’intituler.
L’événement en soi – ce qui s’est passé, qui est coupable, combien de tonnes de sable et de béton a-t-il fallu pour ériger le sarcophage au-dessus du trou du diable – ne m’intéressait pas. Je m’intéressais aux sensations, aux sentiments des individus qui ont touché à l’inconnu. Au mystère. Tchernobyl est un mystère qu’il nous faut encore élucider. C’est peut-être une tâche pour le XXIe siècle. Un défi pour ce nouveau siècle. Ce que l’homme a appris, deviné, découvert sur lui-même et dans son attitude envers le monde. Reconstituer les sentiments et non les événements.

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Le recueil s’ouvre avec un prologue, « Une voix solitaire », le témoignage de Lyudmila Ignatenko, et plus précisément avec ces phrases :

« Je ne sais pas de quoi parler… De la mort ou de l’amour ? Ou c’est égal… De quoi ?
Nous étions jeunes mariés. Dans la rue, nous nous tenions encore par la main, même si nous allions au magasin… Je lui disais : « Je t’aime. »
Mais je ne savais pas encore à quel point je l’aimais… Je n’en avais pas idée… »

Et là j’ai su que ça allait être dur à lire.
Et ça l’a été.
Le témoignage de Lyudmila (femme de Vasily Ignatenko, l’un des premiers pompiers sur place lors de l’explosion du réacteur) est d’ailleurs celui qui m’a le plus touchée…
En partie parce qu’il a été adapté par la série, et que le fait de pouvoir mettre des images sur des mots rend la chose encore plus douloureuse.
En partie pour les points communs que je me suis trouvée avec elle, mais ça, c’est plus personnel.
En partie parce que tout ce qui lui arrive est terriblement injuste : elle et son mari se sont littéralement trouvés au mauvais endroit au mauvais moment, et à cause de ça, elle a absolument tout perdu.
Mais surtout, parce que le plus bouleversant avec l’histoire de Lyudmila, c’est qu’elle déborde d’amour. De tristesse et de souffrance, bien évidemment, mais surtout d’amour. Tout en cette femme, même son courage et sa ténacité, ne sont que des preuves d’amour envers Vasily, qu’elle chérira du début à la fin, alors qu’il mourra à petit feu des effets de la radiation.
Et ça fait mal de lire ça. Tellement mal.

« Vous ne devez pas oublier que ce n’est plus votre mari, l’homme aimé, qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. Vous n’êtes pas suicidaire. Prenez-vous en main !
Et moi, comme une folle :
– Je l’aime ! Je l’aime !
Pendant son sommeil, je chuchotais :
– Je t’aime !
Je marchais dans la cour de l’hôpital :
– Je t’aime !
Je portais le bassin :
– Je t’aime ! »

Après le témoignage de Lyudmila s’en succèdent des dizaines d’autres, ou plutôt des « monologues » comme les a appelé l’auteure.
Hommes, femmes, jeunes, vieux et très vieux prennent la parole pour raconter ce qu’ils ont vécu, ce que Tchernobyl leur a appris, mais surtout, ce que Tchernobyl leur a pris : leur maison, leur famille, leur santé, leur innocence… Et parfois tout cela à la fois.
Les voix d’instituteurs, de journalistes, de résidents sans autorisation, de liquidateurs, de militaires, de familles, de pères, de mères… S’emmêlent pour former un cri de vérité, le cri d’un peuple que l’on n’a pas laissé s’exprimer, c’est un mélange d’amour et de haine, de solitude, de tristesse, d’héroïsme et de peur… Bref, c’est terriblement humain.

« Nous ne deviendrons jamais des Hollandais ou des Allemands. Nous n’aurons jamais d’asphalte correct ou des gazons soignés. Mais nous aurons toujours des héros ! »

L’auteure cède la parole, n’intervient jamais dans les monologues, laisse les répétitions… Elle n’est d’ailleurs plus à proprement parler auteure, mais messagère, chargée de nous transmettre cette douloureuse vérité.
Vous comprendrez donc que le style d’écriture, le vocabulaire, la sonorité… Bref, tout ce qui fait un beau texte n’est ici pas important, seul compte l’authenticité…
Et pourtant, malgré leur apparente simplicité, certains témoignages sont presque… Poétiques. Tragiquement poétiques.

« Le soir, tout le monde était à son balcon. Ceux qui n’en avaient pas sont passés chez les voisins. On prenait les enfants dans ses bras pour leur dire : « Regarde ! Cela te fera des souvenirs ! » Et c’étaient des employés de la centrale… Des ingénieurs, des ouvriers, des professeurs de physique… Ils se tenaient là, dans la poussière noire… Ils parlaient… Ils respiraient… Ils admiraient… Certains faisaient des dizaines de kilomètres en bicyclette ou en voiture pour voir cela. Nous ignorions que la mort pouvait être aussi belle. »

Malgré la grande variété de personnes interrogées, plusieurs choses reviennent souvent dans les témoignages, et l’une d’entre elles est la comparaison presque systématique qui est faite entre Tchernobyl et la guerre. En effet, le peuple soviétique a connu bien des souffrances, la guerre et Tchernobyl faisant sûrement partie des pires, alors ils les comparent l’un avec l’autre, peut-être dans une tentative de rationalisation… Mais Tchernobyl n’est pas une guerre comme les autres.
A la guerre, on peut voir l’ennemi, le combattre. Ici, l’ennemi est invisible, mais tout aussi mortel.
La guerre, on peut la gagner. Avec Tchernobyl, c’est un combat perdu d’avance.

« – Je n’ai qu’une vache, en tout et pour tout. Mais je la donnerais si seulement ça pouvait éviter une guerre. Qu’est-ce que j’en ai peur !
– Mais Tchernobyl, c’est une guerre par-dessus toutes les guerres… »

« Lorsque je suis rentré d’Afghanistan, je savais que j’allais vivre. Mais Tchernobyl, c’était le contraire : cela ne tuerait qu’après notre départ… »

C’est aussi un combat qui continue de faire des ravages, parce que s’il y a autre chose que j’ai souvent vu revenir – pas aussi souvent que la guerre, mais qui m’a tout autant marquée – c’est la peur d’avoir des enfants. Ou plutôt la peur de ne pas avoir d’enfants normaux.
Les enfants, c’est l’avenir. C’est le renouveau. Ce sont eux qui peuvent faire renaître un pays de ses cendres, faire table rase du passé… Pas avec Tchernobyl. Avec Tchernobyl, ils sont le souvenir douloureux d’un passé que l’on souhaiterait oublier.
Les femmes enceintes, à l’époque de la catastrophe, étaient terrorisées, à l’idée d’accoucher d’enfants morts-nés, malades, ou malformés… Et à raison.
Certains monologues, ceux des instituteurs ou pire, ceux des parents, nous apprennent le quotidien des enfants de Tchernobyl : ils sont faibles, s’endorment en classe, saignent souvent du nez, naissent avec des organes en moins…
Ils sont l’innocence sacrifiée par la bêtise humaine.

« Dans les chambres d’un hôpital, des petites filles jouent à la poupée.
Les poupées ferment les yeux et meurent.
– Pourquoi meurent-elles ?
– Parce que ce sont nos enfants et que nos enfants ne vont pas vivre. Ils vont naître et mourir. »

Et même lorsqu’ils survivent, leur calvaire n’est pas terminé.
Ils doivent souvent vivre avec la mort, celle d’un proche, ou la-leur, prochaine, avec les maladies, l’hôpital, les malformations, et comme si ça ne suffisait pas, avec la peur des autres. Certains sont mis à l’écart à l’école, on les traite de « lucioles », on essaye de voir s’ils brillent dans la nuit…

C’est déjà terrible de lire des parents éplorés et des professeurs impuissants, mais le pire, ce serait d’entendre les petits eux-mêmes… Et c’est donc ce que nous offre l’auteure, avec un mélange de plusieurs histoires d’enfants, vers la toute fin du recueil, comme un dernier coup de poing dans nos ventres déjà serrés par les dizaines d’histoires effroyables ingurgitées. Et c’est douloureux.

« Maman et papa se sont embrassés, et je suis née.
Avant, je pensais que je ne mourrais jamais. Mais maintenant, je sais que ce n’est pas vrai. Un garçon était avec moi, à l’hôpital… Vadik Korinkov… Il me dessinait des oiseaux. Des maisons. Il est mort. »

« Les médecins me l’ont dit : je suis tombée malade parce que mon papa a travaillé à Tchernobyl. Et je suis née après cela.
J’aime mon papa… »

Alors, que reste-t’il après une telle lecture ?
De la tristesse, pour ceux qui ont tout perdu, de la colère aussi, pour les responsables, ceux qui ont voulu cacher la vérité… Mais surtout, il nous reste le savoir.
Tout le monde connait la catastrophe de Tchernobyl, et pourtant, personne ne connait ceux qui y ont survécu, ni même ceux qui se sont sacrifiés pour empêcher le pire de se produire. (Parce que oui, ça aurait pu être pire, bien pire.)
Tant de questions resteront sans réponses, tant de héros resteront anonymes, tant d’informations ont été cachées au monde entier… La moindre piqûre de rappel, aussi douloureuse soit-elle, est donc nécessaire.
(Eh, ce n’est pas pour rien si le nombre de morts causées par la catastrophe varie entre cent trente et un million. Oui oui, l’écart est absolument énorme.)

C’est donc avec la plus grande sincérité que je remercie Svetlana Alexievitch pour ce livre absolument inestimable, livre qui nous fait entendre les voix de ces grands oubliés de l’Histoire.

« Je me demande pourquoi on écrit si peu sur Tchernobyl. Pourquoi nos écrivains continuent-ils à parler de la guerre, des camps et se taisent sur cela ? Est-ce un hasard ? Je crois que, si nous avions vaincu Tchernobyl, il y aurait plus de textes. Ou si nous l’avions compris. Mais nous ne savons pas comment tirer le sens de cette horreur. Nous n’en sommes pas capables. Car il est impossible de l’appliquer à notre expérience humaine ou à notre temps humain…
Alors, vaut-il mieux se souvenir ou oublier ? »

De « Game of Thrones » à « Chernobyl » : du coup de gueule au coup de foudre

Game of Thrones saison huit

La huitième saison de Game of Thrones est nulle.
Alors oui, je sais, par souci d’objectivité, je devrais plutôt dire « Je n’aime pas la huitième saison de Game of Thrones » … Mais entre les incohérences, la régression de certains personnages, l’écriture bâclée et les gobelets Starbucks oubliés, la dernière saison de Game of Thrones est nulle. C’est un fait. C’est presque prouvé scientifiquement.
Je dois dire que je n’avais déjà pas aimé la saison précédente, avec ses téléportations, ses intrigues ridicules et ses personnages invincibles… J’avais pourtant eu un élan d’espoir, infime, pour le final de ma série préférée… Mais bon, on ne change pas une équipe qui gagne – ou qui perd dans ce cas-là – et ça a été… Très décevant.

Attention, ça va spoiler.

Pourtant, ça ne commençait pas si mal…
Les deux premiers épisodes, bien que lents, nous réintroduisaient les personnages, leurs enjeux et leurs relations dans des scènes parfois émouvantes, surtout pendant ce qui devait être leur dernière nuit sur Terre avant l’imminente « Battle of Winterfell ».
Le second épisode se payait même le luxe de nous offrir une nouvelle chanson originale, « Jenny of Oldstone », collaboration géniale entre Ramin Djawadi (ce mec est incroyable) et Florence and the Machine.
Puis est arrivé l’épisode trois, et avec lui, les premiers gros problèmes.
Entièrement consacré à la bataille spectaculaire voyant s’affronter les humains et les Marcheurs Blancs, peuple de l’hiver, de la nuit, de la mort et des ténèbres (bref, un truc costaud), l’épisode promettait de l’épique, de la violence, et une tristesse infinie pour ses spectateurs… Du Game of Thrones quoi ! Les chances de perdre des personnages importants et aimés étaient énormes, et certains (dont moi) commençaient déjà à préparer leur deuil…
Mais voilà, dans un mélange de fan-service et de volonté de déjouer nos attentes, les personnages principaux sont devenus invincibles, quelques personnages secondaires ont été sacrifiés pour élever un peu le quota de morts, Jon n’a servi à rien, et c’est Arya qui, en quelques secondes, a mis fin à une bataille attendue depuis des saisons – bataille qui ne la concernait d’ailleurs pas vraiment. Sans parler de la stratégie militaire absolument ridicule et insensée.

C’est beau, mais ça n’a aucun sens. (Enfin, quand on arrive à voir quelque chose, mais ça c’est un autre débat.)

A partir de là, ça a été la dégringolade.
Je ne vais pas vous exposer toutes mes critiques une par une, encore moins épisode par épisode : des tas de gens l’ont fait avant moi, ça rendrait cet article beaucoup trop long ̶e̶t̶ ̶j̶’̶a̶i̶ ̶t̶e̶r̶r̶i̶b̶l̶e̶m̶e̶n̶t̶ ̶l̶a̶ ̶f̶l̶e̶m̶m̶e̶, mais voici mon avis général :

Le plus gros problème de cette saison (et de la précédente), c’est son bâclage. Six épisodes, ce n’est pas suffisant. Dix n’auraient pas été suffisants.
Je veux dire, en trois épisodes, seulement trois petits épisodes, les trois plus grands antagonistes de la série se sont fait bolosser comme des débutants. Il aurait fallu au moins trois saisons pour ça !
De la mort du Night King à l’élection de Bran en tant que roi des Sept Couronnes en passant par le pétage de durite de Daenerys (prévisible, mais raté quand même), rien n’a correctement été introduit, développé ou résolu, et ce sont les personnages qui en ont le plus souffert.
Jon, notre héros, est devenu inexpressif et incapable de penser par lui-même ; Varys et Tyrion ont, comme Littlefinger avant eux, perdu la moitié de leurs cellules grises ; Jaime – pire gâchis – a régressé à ce qu’il était lors de la première saison, oubliant son long chemin vers la rédemption ; et Euron Greyjoy… Existe. Et c’est déjà bien trop.

Ajoutez à ça quelques effets de symbolisme bien gras (et inutiles) et des tonnes de facilités et autres incohérences scénaristiques et vous obtiendrez la pire saison de Game of Thrones jamais écrite, que même les sublimes musiques de Ramin Djawadi n’ont pas réussi à sauver. Dommage pour nous, c’était la dernière.
Et si la toute fin est plutôt belle, a fait battre mon petit coeur de #TeamStark, et aurait pu être une conclusion satisfaisante à la série, je regrette que le chemin pour y arriver ait été aussi ̶p̶o̶u̶r̶r̶i̶  laborieux.

Bref, Game of Thrones est sans doute ma série préférée… Jusqu’à la saison six.
C’est une série exceptionnelle qui, lorsqu’elle n’est pas honteusement bâclée, nous offre des personnages complexes, des stratégies et trahisons à tout-va, une musique et une cinématographie superbes, et des retournements de situations qui laissent sur le cul. (Et oui, il y a bien évidemment des boobs et des dragons, si ça peut vous inciter à regarder…)

Mais, malgré ma très grande capacité à faire abstraction des choses que je n’aime pas, à les oublier ou faire comme si elles n’avaient jamais existé (ce que l’on appelle communément le déni), cette dernière saison m’aura laissé comme un sale goût amère dans la bouche…
Pendant environ trois jours.

Ensuite, une lumière (radioactive) est apparue : lumière d’espoir pour le paysage télévisuel moderne, lumière de désespoir pour mon état émotionnel.
En effet, après s’être faits prendre pour des cons par les scénaristes de Game of Thrones, il était temps de devenir un peu plus intelligents, et, pourquoi pas, de comprendre comment le réacteur RBMK d’une centrale nucléaire peut exploser.
Vous l’aurez compris, me remettant à peine de la déception qu’a été Game of Thrones, j’ai découvert Chernobyl.

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Chernobyl

Et bordel si je m’attendais à ça.
C’était déprimant, c’était terrifiant, c’était rageant… Mais qu’est-ce que ça m’a passionnée ! Cette série m’a marquée plus que d’autres… Non, c’est LA série qui m’a le plus marquée à ce jour.

Reconstitution de la catastrophe du même nom par le réalisateur Craig Mazin, Chernobyl traite moins du nucléaire que des mensonges, de l’incompétence humaine ou encore de l’héroïsme et du sacrifice.
Idiots et héros ont marché côte à côte ce jour-là. Ou plutôt ces jours-là.

Attention, Chernobyl a beau être très réaliste et fidèle aux événements, ça reste une œuvre de fiction ; aussi, j’invite les plus passionnés – et les plus anglophones – d’entre vous à aller écouter The Chernobyl Podcast, disponible sur YouTube, où Craig Mazin discute de ce qui est fiction ou réalité dans chaque épisode.

Parce que Tchernobyl, ce n’est pas seulement le 26 avril 1986. C’est tout un tas de problèmes, et donc de moyens mis en œuvre pour limiter la catastrophe, le tout étalé sur des jours et des jours. Et par moyens, entendez le plus souvent « êtres humains ».
Des pompiers aux liquidateurs en passant par les infirmières, des tas de gens ont donné de leur temps, de leur force et de leur santé pour Tchernobyl. La série leur rend un puissant hommage, nous montrant toute l’horreur et l’injustice de la situation, sans tomber gratuitement dans le voyeurisme et le choquant.
C’est une bouleversante ode à la vérité.

D’un côté plus technique (parce qu’il faut bien passer par là), la cinématographie est superbe, et la bande-son poignante.
Tous les acteurs sont absolument incroyables : Jared Harris et Stellan Skarsgård, (interprétant respectivement Valery Legasov et Boris Shcherbina), sont époustouflants de justesse, et leur complicité crève l’écran ! (C’est bien simple, j’ai davantage cru en l’amitié entre ces deux là en moins de quatre épisodes qu’en l’amour entre Jon et Daenerys en deux saisons.)
Aussi, mention spéciale à Paul Ritter, mon coup de cœur personnel : le gars a l’air adorable dans la vraie vie, et il interprète ici un Anatoly Dyatlov exécrable et cynique, personnage que beaucoup détestent – à raison – mais qui pourtant me fascine.

Chernobyl m’a bouleversée.
C’est aussi pour ça que je vous écrit cet article : j’ai besoin d’en parler.
Bien sûr, j’ai déjà harcelé mon copain, ma famille et quelques amis pour qu’ils regardent la série (avec plus ou moins de succès d’ailleurs) et que je puisse en discuter avec eux, mais ça ne me suffit pas.
Les sites, les vidéos, les livres, je prends tout ce qui me tombe sous la main, tout ce qui pourrait étancher cette soif de savoir sur l’un des pires désastres que l’Homme ait connu – que l’Homme ait provoqué.
Injustice, souffrance, peine, des tas de choses me sont passées par la tête quand j’apprenais le destin de ces hommes et de ces femmes, de ces coupables, de ces héros, de ces innocents. Et ces choses ont du mal à en sortir depuis.
Aucune autre série, aucun autre événement historique ne m’avait autant donné envie de savoir. Ni ne m’avait fait sentir coupable de ne pas savoir.
Bref, Chernobyl m’a bouleversée. Et je remercie Craig Mazin et toutes les personnes qui ont fait de la série ce qu’elle est pour ça.

Voilà, j’ai envie de terminer cette chronique en beauté avec une petite citation (moins par manque d’originalité que par admiration pour l’écriture de la série), mais laquelle ?  Les dialogues de Chernobyl sont parmi les meilleurs que j’ai pu lire ou entendre de ma vie, que ce soit à la télé, au cinéma, dans les livres… Et choisir une seule citation parmi les dizaines qui me viennent en tête, ce n’est pas facile.
Je choisis alors la toute dernière, peut-être la plus terrible, celle qui résume sans doute au mieux le message de la série et je vous la mets en anglais pour ne pas l’entacher d’une quelconque erreur de traduction :

« To be a scientist is to be naive. We are so focused on our search for truth, we fail to consider how few actually want us to find it. But it is always there, whether we can see it or not, whether we choose to or not. The truth doesn’t care about our needs or wants. It doesn’t care about our governments, our ideologies, our religions. It will lie in wait, for all time.

And this, at last, is the gift of Chernobyl. Where I once would fear the cost of truth, now I only ask :
What is the cost of lies ? »

Valery Legasov, Boris Shcherbina, Aleksandr Akimov, Leonid Toptunov, Vasily Ignatenko, Anatoly Sitnikov et les centaines d’autres héros, anonymes ou non, je suis désolée de ne pas avoir connu votre histoire avant, de ne pas m’y être intéressée plus tôt… C’est promis, dès maintenant, je ne vous oublierai pas.

Vichnaya Pamyat.