« Le Signal » de Maxime Chattam : entre hommage et plagiat

Je veux bien l’admettre : Maxime Chattam est doué pour écrire des thrillers. Personnellement, pour le peu que j’ai pu lire de lui (c’est à dire Léviatemps et In Tenebris), je dois bien avouer que ce n’est pas ma came, je n’accroche pas du tout… Mais ses nombreux fans et son immense succès ne doivent pas venir de nulle part, alors soit, disons que je suis à côté de la plaque et que Maxime Chattam est doué pour écrire des thrillers.
Pour les histoires d’horreur, c’est autre chose.

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En s’installant à Mahingan Falls, Olivia et Tom Spencer s’attendaient à faire prendre un nouveau départ à leur famille, loin de la ville et de l’éprouvante carrière de présentatrice d’Olivia.
Évidemment, rien ne va se passer comme prévu.
Des disparitions inexpliquées, un enchaînement de meurtres abominables, des voix d’outre-tombe qui parasitent les signaux radiophoniques, et cette chose qui se met à poursuivre les enfants Spencer et leurs amis…
La famille, mais aussi Gemma, leur baby-sitter, et Ethan Cobb, le lieutenant dépassé de la ville, vont tout faire pour comprendre et déjouer la terrifiante menace qui s’abat sur cette petite commune au passé trouble.

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« Avez-vous déjà eu vraiment peur en lisant un livre ? » nous demande, non sans prétention, la quatrième de couverture du Signal… Eh bien oui, cher bouquin, j’ai déjà eu peur en lisant un livre, c’est même généralement ce que je recherche dans mes lectures. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas avec toi que j’ai trouvé satisfaction.
Pour vous expliquer pourquoi, voici une citation de Stephen King (cœur cœur) tirée son essai Anatomie de l’horreurDanse Macabre en version originale :
« Je reconnais que la terreur est la plus raffinée de ces trois émotions […] et je m’efforce donc de terrifier le lecteur. Mais si je me rends compte que je n’arrive pas à le terrifier, j’essaie alors de l’horrifier ; et si ça ne marche pas non plus, je suis bien décidé à le faire vomir. Je n’ai aucune fierté. »
Et voilà le premier problème que j’ai rencontré dans ma lecture : Maxime Chattam ne terrifie pas le lecteur, il le dégoûte avec des mises en scène sordides… Tellement sordides qu’elles en deviennent parfois grotesques. (Je pense notamment au passage où une femme est lacérée à mort dans sa baignoire par ses rasoirs ; rasoirs qui sont, soit dit-en passant, comparés à des spermatozoïdes roses.)

Si j’ai choisi une citation de Stephen King pour illustrer mes propos, ce n’est pas (seulement) pour le plaisir de citer mon auteur préféré et de vous parler de lui dès que j’en ai l’occasion, c’est également parce qu’il est, d’une certaine manière, omniprésent dans Le Signal. Lui, mais aussi apparemment d’autres grands noms de l’horreur comme H.P. Lovecraft ou Graham Masterton… Je ne m’y connais pas assez pour avoir remarqué les « clins d’œil » faits à ces auteurs (sauf évidemment pour l’asile psychiatrique d’Arkham, qui porte le même nom que la ville imaginaire créée par Lovecraft), par contre, on peut dire que je m’y connais plutôt bien en Stephen King… Et combien de fois je me suis retrouvée à lever les yeux au ciel tant les références à ses œuvres sont visibles et pas subtiles pour un sou.
Je ne vais pas compter le groupe de gosses qui vivent des aventures estivales et se battent contre des forces qui les dépassent comme étant des références à la nouvelle Le Corps ou au Club des Ratés de Ça, sinon, tous les enfants présents dans les romans d’horreur seraient des plagiats du King… Par contre, quand lesdits gosses se mettent à combattre lesdites forces dans les égouts… Là ça devient un peu limite. Et la limite est carrément dépassée quand un des personnages du Signal dit qu’il vient de Derry, la ville fictionnelle créée par Stephen King dans laquelle se déroulent plusieurs de ses histoires, notamment Ça et Insomnie. (Il me semble qu’il est également fait référence à un « clown avec des ballons », mais si vous croyez que je vais retrouver ce roman à la bibliothèque et le relire juste pour vous le confirmer… Alors vous n’avez pas compris à quel point je n’ai pas aimé ce livre.)
Je vous passe rapidement les ̶p̶l̶a̶g̶i̶a̶t̶s̶ « clins d’œil » faits à Shining et à Simetierre (le père dramaturge en panne d’inspiration qui emménage dans une maison hantée et dont la découverte de vieux documents va encourager l’écriture de la prochaine pièce ; la famille qui prend un nouveau départ et rencontre un vieux et charmant voisin à l’accent prononcé et qui en sait bien plus que ce qu’il ne laisse paraître) et aux nombreux autres romans du King, sinon cet article serait bien trop long, et il faut passer à la suite !

Alors OK, soit, faisons-nous l’avocat du Diable : Maxime Chattam veut faire du Stephen King ? Je le comprends, il a bien raison : quitte à ressembler à quelqu’un, autant viser le haut du panier. Maintenant, pour faire une bonne histoire d’horreur, il ne suffit pas d’éparpiller des dizaines de références à d’autres romans à succès ici et là : il faut aussi que les personnages, l’histoire et l’atmosphère aient leur propre identité… On a déjà dit que pour l’ambiance, c’était raté, l’auteur préférant le gore à l’horreur, mais pour le reste, le Padawan est-il à la hauteur du maître ?

Le point fort de Stephen King est, selon moi, ses personnages : il réussit toujours à les rendre attachants ou intéressants, qu’il soient jeunes, vieux, gentils, exécrables, médecins , écrivains, collégiens… (Mais surtout écrivains, on ne va pas se mentir.)
Il est capable à la fois de se mettre dans la peau d’un retraité insomniaque, d’une collégienne mal dans sa peau, d’un gardien de prison dépassé par les évènements… Et de décrire leurs pensées et leur sentiments avec réalisme, justesse et complexité.
Ici, les personnages du Signal sont trop peu développés, unidimensionnels : la baby-sitter est sympa et mignonne ; le flic est un peu paumé et a un passif compliqué ; la mère est une sorte de Superwoman qui s’occupe de sa famille, de son travail et sauve les demoiselles en détresse des grands méchants violeurs dans la même journée… Et ils ne sont rien de plus. Rien de très original ni de complexe là-dedans.
Même les gosses (J’A-DORE les gosses dans les romans d’horreur, au cas où vous ne le sauriez pas encore) n’ont rien d’attachant et n’ont pas réussi à sauver le roman pour moi…

Et il en va de même pour l’histoire.
Non, en fait c’est encore pire pour l’histoire, parce que si je n’ai pas spécialement apprécié les protagonistes, l’intrigue m’a donné envie de m’arracher les cheveux : d’abord parce qu’il ne se passait rien, ensuite parce qu’il se passait trop de choses… Mais surtout parce que dans tous les cas, je m’ennuyais à mourir.
L’auteur a beau recourir aux scènes choquantes, à différents points de vue et aux enquêtes multiples et croisées… J’ai trouvé ça terriblement long et ennuyeux. Et quand l’ouvrage fait 750 pages, et que, comme moi, vous n’aimez pas abandonner une lecture en cours de route, ça fait mal aux fesses.
Tout ça pour un final qui ne m’a pas convaincue, qui tombe rapidement dans la surenchère et que je trouve peu crédible.
Bref, n’est pas Stephen King qui veut.

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Bon, avec cette chronique plutôt salée, je n’ai pas été très tendre avec ce pauvre Maxime Chattam, voire même un peu vache… Pourtant en réalité, je n’ai rien contre le bonhomme ! Je suis sûre qu’il est très sympa (non en fait j’en sais rien) et je pense qu’il n’a plus grand-chose à prouver dans le paysage littéraire français, alors je vois au final ce roman comme un hommage très maladroit aux auteurs qu’il aime plus que comme un plagiat honteux… Mais au-delà de ça, Le Signal reste un roman qui m’aura profondément ennuyée, avec des personnages qui ne m’ont pas plu et une histoire trop longue ET tirée par les cheveux. Pour autant, je ne perds pas l’espoir de découvrir un roman de Maxime Chattam qui me plaira un jour, et j’ai même hâte de me plonger dans sa saga de l’Autre Monde dont on ne cesse de me chanter les louanges…
Et qui sait, peut-être qu’un jour, je me trouverais moi aussi du côté des fans de celui que l’on surnomme le « Stephen King français » !

(À tort selon moi. He he.)

« Love Letters to the Dead » d’Ava Dellaira

Tout a commencé par une lettre. Une simple rédaction demandée par un prof : écrire à un disparu. Laurel a choisi Kurt Cobain, parce que sa grande sœur May l’adorait.
Et qu’il est mort jeune, comme May.
Si elle ne rend jamais son devoir, très vite, le carnet de Laurel se remplit de lettres à Amy Winehouse, Heath Ledger… À ces confidents inattendus, elle raconte sa première année de lycée, sa famille décomposée, ses nouveaux amis, son premier amour.
Mais avant d’écrire à la seule disparue qui lui tient vraiment à cœur, Laurel devra se confronter au secret qui la tourmente, et faire face à ce qui s’est vraiment passé la nuit où May est décédée.

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Chère Ava Dellaira,

Je dois avouer que si je n’avais eu que la couverture de ton livre entre les mains, je n’aurais pas essayé de le lire.
Je sais, il ne faut pas juger un livre à sa couverture, tout ça tout ça, mais les
couvertures avec des vrais gens dessus, je t’avouerais que ça ne me plaît pas trop. Surtout ici, où l’image annonçait – pour moi – l’histoire clichée et mièvre d’une lycéenne clichée et mièvre.
Cependant, je me suis quand même intéressée au résumé, et c’est là que tu m’as eue : des lettres à des personnalités décédées, c’est plutôt original, mais alors voir les noms de Kurt Cobain et Heath Ledger dans le lot… Bref, mon cœur a parlé et j’ai décidé de lire ton roman. (Bon, il faut avouer que c’est SURTOUT parce que je me trouvais à la bibliothèque, et que le livre était GRATUIT que je me suis décidée à le prendre.)
Résultat ?
Je me dis que, parfois, il faut bel et bien juger un livre à sa couverture.

Commençons par ce qui aurait du être le point fort du livre : sa forme, c’est à dire les lettres adressées aux personnes décédées.
Déjà, chère Ava, je ne comprends pas pourquoi tu tenais absolument à ce que chaque lettre commence par un bout de biographie de l’artiste, du genre « Tu es né le 20 février 1967 à Aberdeen. Quand tes parents ont divorcé tu étais très triste. Du coup tu as écrit des chansons pour dire que tu étais triste. » Bien sûr j’exagère (et encore…), mais je pense que ceux à qui sont destinées les lettres, s’ils pouvaient la lire, n’auraient pas besoin qu’on leur raconte leur propre vie… Et si c’est dans le but de nous instruire, nous, lecteurs… Une page Wikipédia fait aussi bien l’affaire, et aurait même permis d’alléger le roman de toutes ces informations pénibles et pas très utiles.
Ensuite, si l’on retire les fiches Wikipédia et les quelques anecdotes de la vie de Laurel liées à l’artiste, le format des lettres ne sert… A rien. On se retrouve juste avec une adolescente qui nous raconte « ses amis, ses amours, ses emmerdes » comme on dit, et on a l’impression de lire un banal roman écrit à la première personne, ou au mieux un journal intime… Ce qui aurait été bien plus adapté à l’histoire d’ailleurs, parce que certes, c’est original de dire que l’on écrit à des personnalités décédées tout ça tout ça, mais bon sang, je pense que Kurt n’en aurait rien eu à foutre que Laurel trouve « Sky trop mignon oh là là il est si mystérieux et il m’a regardé tout à l’heure à la cantine et j’aimerais bien coucher avec quand même ».
Bref, j’ai l’impression qu’avec ce livre, tu voulais nous raconter l’histoire d’une adolescente un peu paumée qui a du mal à gérer la mort de sa sœur… Mais aussi et surtout nous montrer que tu ̶s̶a̶i̶s̶ ̶f̶a̶i̶r̶e̶ ̶d̶e̶s̶ ̶r̶e̶c̶h̶e̶r̶c̶h̶e̶s̶ ̶s̶u̶r̶ ̶W̶i̶k̶i̶p̶é̶d̶i̶a̶ es cultivée et que tu as de bons goûts en matière de musique, de poésie, de cinéma, etc.
Moi aussi j’ai des goûts musicaux absolument exceptionnels, je n’en fait pas toute une histoire pour autant.

Maintenant, intéressons-nous un peu plus au fond du roman, et d’abord à ses personnages.
Désolée de te l’annoncer, mais Laurel est LE cliché de tous les films/livres pour ados que je fais tout pour éviter – parce qu’ils sont justement terriblement clichés.
C’est le personnage typique qui se trouve « maladroite et banale et timide » mais qui devient pote avec deux meufs populaires et canons et fait craquer son crush en deux semaines à peine. Crush qui, dois-je le préciser, est surnommé Mr. Mystère parce qu’on ne sait rien de lui, il est siii mystérieux et beau et toutes les filles veulent sortir avec lui.
Tu parles d’originalité.
Aussi, Laurel est terriblement passive : elle ne fait que subir les évènements sans faire avancer grand-chose, et je l’ai personnellement trouvé… Molle.

Pour le reste de tes personnages, je trouve qu’il y a un gros problème de réalisme : les amis que se fait Laurel sont sympa et tout, et je ne veux pas passer pour une vieille chieuse, mais des secondes qui passent leur temps à boire, sécher les cours, voler de l’alcool, fumer, draguer des mecs pour du fric et montrer leurs seins à des inconnus… Je ne sais pas si c’est comme ça que tu as vécu ta première année de lycée, mais moi, pas du tout, et ça m’a pas mal sortie du roman.
Mais bon, après tout, c’est peut-être juste qu’avec mes potes, on était trop des Bisounours.
Le pire, ça a été quand Laurel est tombée sur Natalie et Hannah en train de s’embrasser… Je peux comprendre qu’elles aient été gênées, mais de là à vouloir forcer Laurel à embrasser Hannah pour qu’elle ne révèle rien, c’est juste NON.
Mais ça n’a posé de problèmes à personne apparemment…
Pareil pour ce moment où, après s’être croisés deux fois, Laurel et Mr. Mystérieux montent en voiture, et que ce dernier n’hésite pas à lui caresser le haut des cuisses… OKÉPASDEPROBLÈME.
Il y a un petit problème de consentement dans ton roman, non ?
Bon, j’avoue que ce sont des remarques que je me suis surtout faite en début de l’histoire, et qu’après… Je ne sais pas trop si les personnages ont évolué ou si c’est moi qui me suis lassée, toujours est-il que ça m’a moins dérangée au fil du roman.

L’intrigue n’est malheureusement pas très intéressante non plus : tout comme Laurel, c’est un ramassis de clichés. Les premiers amours, les cours avec des profs relous, les problèmes familiaux… C’est du vu et revu. L’histoire la mort de May est la plus touchante, celle qui a le plus retenu mon attention… Mais je la trouve malheureusement un peu trop survolée. Et pas toujours très… Crédible.
Parce que même si tu as le mérite d’aborder des sujets importants et délicats comme le deuil, le suicide, l’homosexualité et même le viol (ça, je ne te le retirerais pas), le tout est trop confus, trop de thèmes sont abordés, et aucun n’a vraiment de place pour être assez développé.
C’est tout à ton honneur de défendre des sujets qui te sont chers, mais tout ça fait trop.

Voilà chère Ava, j’en ai bientôt fini ne t’inquiète pas, et même si tu ne liras jamais cette chronique, je veux te prouver que je ne suis pas simplement une personne de mauvaise foi qui critique ton roman gratuitement. Je trouve que ton idée était très bonne, comme l’aurait pu être ton histoire ; les deux ont juste été, à mon sens, mal exploitées.
Je vais donc poster un passage que j’ai beaucoup aimé de Love Letters to the Dead, un passage qui m’a touchée, que je trouve beau et puissant, où Laurel montre un peu de caractère et où le fait qu’elle écrive à des personnes décédées a du sens.

« Nirvana signifie libération. Libération de la souffrance. Je pense que certains voient la mort ainsi. Donc bravo de vous être libérés, je suppose. Quant à nous, nous sommes encore là, à essayer de recoller les morceaux. »

Amitiés (quand même),
Marie.

De « Game of Thrones » à « Chernobyl » : du coup de gueule au coup de foudre

Game of Thrones saison huit



La huitième saison de Game of Thrones est nulle.
Alors oui, je sais, par souci d’objectivité, je devrais plutôt dire « Je n’aime pas la huitième saison de Game of Thrones » … Mais entre les incohérences, la régression de certains personnages, l’écriture bâclée et les gobelets Starbucks oubliés, la dernière saison de Game of Thrones est nulle. C’est un fait. C’est presque prouvé scientifiquement.
Je dois dire que je n’avais déjà pas aimé la saison précédente, avec ses téléportations, ses intrigues ridicules et ses personnages invincibles… J’avais pourtant eu un élan d’espoir, infime, pour le final de ma série préférée… Mais bon, on ne change pas une équipe qui gagne – ou qui perd dans ce cas-là – et ça a été… Très décevant.

Attention, ça va spoiler.

Pourtant, ça ne commençait pas si mal…
Les deux premiers épisodes, bien que lents, nous réintroduisaient les personnages, leurs enjeux et leurs relations dans des scènes parfois émouvantes, surtout pendant ce qui devait être leur dernière nuit sur Terre avant l’imminente « Battle of Winterfell ».
Le second épisode se payait même le luxe de nous offrir une nouvelle chanson originale, « Jenny of Oldstone », collaboration géniale entre Ramin Djawadi (ce mec est incroyable) et Florence and the Machine.
Puis est arrivé l’épisode trois, et avec lui, les premiers gros problèmes.
Entièrement consacré à la bataille spectaculaire voyant s’affronter les humains et les Marcheurs Blancs, peuple de l’hiver, de la nuit, de la mort et des ténèbres (bref, un truc costaud), l’épisode promettait de l’épique, de la violence, et une tristesse infinie pour ses spectateurs… Du Game of Thrones quoi ! Les chances de perdre des personnages importants et aimés étaient énormes, et certains (dont moi) commençaient déjà à préparer leur deuil…
Mais voilà, dans un mélange de fan-service et de volonté de déjouer nos attentes, les personnages principaux sont devenus invincibles, quelques personnages secondaires ont été sacrifiés pour élever un peu le quota de morts, Jon n’a servi à rien, et c’est Arya qui, en quelques secondes, a mis fin à une bataille attendue depuis des saisons – bataille qui ne la concernait d’ailleurs pas vraiment. Sans parler de la stratégie militaire absolument ridicule et insensée.

C’est beau, mais ça n’a aucun sens. (Enfin, quand on arrive à voir quelque chose, mais ça c’est un autre débat.)

A partir de là, ça a été la dégringolade.
Je ne vais pas vous exposer toutes mes critiques une par une, encore moins épisode par épisode : des tas de gens l’ont fait avant moi, ça rendrait cet article beaucoup trop long ̶e̶t̶ ̶j̶’̶a̶i̶ ̶t̶e̶r̶r̶i̶b̶l̶e̶m̶e̶n̶t̶ ̶l̶a̶ ̶f̶l̶e̶m̶m̶e̶, mais voici mon avis général :

Le plus gros problème de cette saison (et de la précédente), c’est son bâclage. Six épisodes, ce n’est pas suffisant. Dix n’auraient pas été suffisants.
Je veux dire, en trois épisodes, seulement trois petits épisodes, les trois plus grands antagonistes de la série se sont fait bolosser comme des débutants. Il aurait fallu au moins trois saisons pour ça !
De la mort du Night King à l’élection de Bran en tant que roi des Sept Couronnes en passant par le pétage de durite de Daenerys (prévisible, mais raté quand même), rien n’a correctement été introduit, développé ou résolu, et ce sont les personnages qui en ont le plus souffert.
Jon, notre héros, est devenu inexpressif et incapable de penser par lui-même ; Varys et Tyrion ont, comme Littlefinger avant eux, perdu la moitié de leurs cellules grises ; Jaime – pire gâchis – a régressé à ce qu’il était lors de la première saison, oubliant son long chemin vers la rédemption ; et Euron Greyjoy… Existe. Et c’est déjà bien trop.

Ajoutez à ça quelques effets de symbolisme bien gras (et inutiles) et des tonnes de facilités et autres incohérences scénaristiques et vous obtiendrez la pire saison de Game of Thrones jamais écrite, que même les sublimes musiques de Ramin Djawadi n’ont pas réussi à sauver. Dommage pour nous, c’était la dernière.
Et si la toute fin est plutôt belle, a fait battre mon petit coeur de #TeamStark, et aurait pu être une conclusion satisfaisante à la série, je regrette que le chemin pour y arriver ait été aussi ̶p̶o̶u̶r̶r̶i̶  laborieux.

Bref, Game of Thrones est sans doute ma série préférée… Jusqu’à la saison six.
C’est une série exceptionnelle qui, lorsqu’elle n’est pas honteusement bâclée, nous offre des personnages complexes, des stratégies et trahisons à tout-va, une musique et une cinématographie superbes, et des retournements de situations qui laissent sur le cul. (Et oui, il y a bien évidemment des boobs et des dragons, si ça peut vous inciter à regarder…)

Mais, malgré ma très grande capacité à faire abstraction des choses que je n’aime pas, à les oublier ou faire comme si elles n’avaient jamais existé (ce que l’on appelle communément le déni), cette dernière saison m’aura laissé comme un sale goût amère dans la bouche…
Pendant environ trois jours.

Ensuite, une lumière (radioactive) est apparue : lumière d’espoir pour le paysage télévisuel moderne, lumière de désespoir pour mon état émotionnel.
En effet, après s’être faits prendre pour des cons par les scénaristes de Game of Thrones, il était temps de devenir un peu plus intelligents, et, pourquoi pas, de comprendre comment le réacteur RBMK d’une centrale nucléaire peut exploser.
Vous l’aurez compris, me remettant à peine de la déception qu’a été Game of Thrones, j’ai découvert Chernobyl.

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Chernobyl

Et bordel si je m’attendais à ça.
C’était déprimant, c’était terrifiant, c’était rageant… Mais qu’est-ce que ça m’a passionnée ! Cette série m’a marquée plus que d’autres… Non, c’est LA série qui m’a le plus marquée à ce jour.

Reconstitution de la catastrophe du même nom par le réalisateur Craig Mazin, Chernobyl traite moins du nucléaire que des mensonges, de l’incompétence humaine ou encore de l’héroïsme et du sacrifice.
Idiots et héros ont marché côte à côte ce jour-là. Ou plutôt ces jours-là.

Attention, Chernobyl a beau être très réaliste et fidèle aux événements, ça reste une œuvre de fiction ; aussi, j’invite les plus passionnés – et les plus anglophones – d’entre vous à aller écouter The Chernobyl Podcast, disponible sur YouTube, où Craig Mazin discute de ce qui est fiction ou réalité dans chaque épisode.
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Parce que Tchernobyl, ce n’est pas seulement le 26 avril 1986. C’est tout un tas de problèmes, et donc de moyens mis en œuvre pour limiter la catastrophe, le tout étalé sur des jours et des jours. Et par moyens, entendez le plus souvent « êtres humains ».
Des pompiers aux liquidateurs en passant par les infirmières, des tas de gens ont donné de leur temps, de leur force et de leur santé pour Tchernobyl. La série leur rend un puissant hommage, nous montrant toute l’horreur et l’injustice de la situation, sans tomber gratuitement dans le voyeurisme et le choquant.
C’est une bouleversante ode à la vérité.

D’un côté plus technique (parce qu’il faut bien passer par là), la cinématographie est superbe, et la bande-son poignante.
Tous les acteurs sont absolument incroyables : Jared Harris et Stellan Skarsgård, (interprétant respectivement Valery Legasov et Boris Shcherbina), sont époustouflants de justesse, et leur complicité crève l’écran ! (C’est bien simple, j’ai davantage cru en l’amitié entre ces deux là en moins de quatre épisodes qu’en l’amour entre Jon et Daenerys en deux saisons.)
Aussi, mention spéciale à Paul Ritter, mon coup de cœur personnel : le gars a l’air adorable dans la vraie vie, et il interprète ici un Anatoly Dyatlov exécrable et cynique, personnage que beaucoup détestent – à raison – mais qui pourtant me fascine.

Chernobyl m’a bouleversée.
C’est aussi pour ça que je vous écrit cet article : j’ai besoin d’en parler.
Bien sûr, j’ai déjà harcelé mon copain, ma famille et quelques amis pour qu’ils regardent la série (avec plus ou moins de succès d’ailleurs) et que je puisse en discuter avec eux, mais ça ne me suffit pas.
Les sites, les vidéos, les livres, je prends tout ce qui me tombe sous la main, tout ce qui pourrait étancher cette soif de savoir sur l’un des pires désastres que l’Homme ait connu – que l’Homme ait provoqué.
Injustice, souffrance, peine, des tas de choses me sont passées par la tête quand j’apprenais le destin de ces hommes et de ces femmes, de ces coupables, de ces héros, de ces innocents. Et ces choses ont du mal à en sortir depuis.
Aucune autre série, aucun autre événement historique ne m’avait autant donné envie de savoir. Ni ne m’avait fait sentir coupable de ne pas savoir.
Bref, Chernobyl m’a bouleversée. Et je remercie Craig Mazin et toutes les personnes qui ont fait de la série ce qu’elle est pour ça.

Voilà, j’ai envie de terminer cette chronique en beauté avec une petite citation (moins par manque d’originalité que par admiration pour l’écriture de la série), mais laquelle ?  Les dialogues de Chernobyl sont parmi les meilleurs que j’ai pu lire ou entendre de ma vie, que ce soit à la télé, au cinéma, dans les livres… Et choisir une seule citation parmi les dizaines qui me viennent en tête, ce n’est pas facile.
Je choisis alors la toute dernière, peut-être la plus terrible, celle qui résume sans doute au mieux le message de la série et je vous la mets en anglais pour ne pas l’entacher d’une quelconque erreur de traduction :

« To be a scientist is to be naive. We are so focused on our search for truth, we fail to consider how few actually want us to find it. But it is always there, whether we can see it or not, whether we choose to or not. The truth doesn’t care about our needs or wants. It doesn’t care about our governments, our ideologies, our religions. It will lie in wait, for all time.

And this, at last, is the gift of Chernobyl. Where I once would fear the cost of truth, now I only ask :
What is the cost of lies ? »

Valery Legasov, Boris Shcherbina, Aleksandr Akimov, Leonid Toptunov, Vasily Ignatenko, Anatoly Sitnikov et les centaines d’autres héros, anonymes ou non, je suis désolée de ne pas avoir connu votre histoire avant, de ne pas m’y être intéressée plus tôt… C’est promis, dès maintenant, je ne vous oublierai pas.

Vichnaya Pamyat.

« The Grip of It » de Jac Jemc : une maison hantée mortellement… Ennuyeuse

#bookstagram a encore frappé : après des semaines passées sur Instagram à voir ce livre dont les éloges tombaient par dizaines, et dans le mood pour lire une histoire de maison hantée, j’ai finalement acheté The Grip of It sur un coup de tête – mais avec une furieuse envie de le lire. C’est pour ça que, dès que je l’ai reçu, je me suis jetée dessus et l’ai fini en à peine une journée.  (Non en fait il a traîné des mois sur ma bibliothèque et j’ai mis DEUX SEMAINES à lire ce minuscule roman.)
Pourquoi avoir mis autant de temps ? Parce que je l’ai trouvé nul.
Pour tout vous dire, la seule chose que j’ai aimé dans ce livre, c’est sa couverture, que j’ai trouvé super belle. C’est tout.

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Un ennuyeux jeune couple, Julie et James, s’installe dans une nouvelle maison afin de s’éloigner des problèmes de jeu de James, mais aussi pour prendre un nouveau départ. 
Seulement, assez rapidement, il se passe des choses plutôt étranges : le couple trouve des espaces entre les murs de la maison, des tâches apparaissent un peu partout, dans la maison comme sur le corps de Julie, qui se couvre peu à peu d’ecchymoses.
Ensemble, ils vont tenter de trouver une réponse à ces événements, peut-être liés leur très étrange – et antipathique – voisin, mais ils vont également essayer de préserver leur couple et leur santé mentale.

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Mon premier problème avec ce roman, c’est que les personnages sont inintéressants au possible : ils nous sont, je trouve, mal présentés, et ont très peu de personnalité – surtout Julie.
Leur couple n’est pas attachant, ensemble ils ne sont ni drôles, ni mignons, on les sent à peine amoureux… C’est simple, si j’ai continué ma lecture, c’est avec l’espoir qu’ils allaient finir par se séparer, ou MIEUX, s’entre-tuer avant la fin du roman. Bon, je ne vais pas vous dire s’ils restent ensemble ou pas, mais niveau tuerie, je suis plutôt déçue. (En même temps, il se passe tellement peu de choses dans cette maison qu’avoir espéré un massacre me semble maintenant bien trop optimiste.)

Parce que c’est bien ça mon plus gros problème avec The Grip of It : c’est carrément ennuyeux. Les manifestations surnaturelles ne sont vraiment pas intéressantes, on en attend plus et surtout… Ça ne fait pas peur. Et pour un roman d’horreur, c’est tout de même BALLOT. (Bon, d’accord, j’ai lu Shining, et peut-être que ça place la barre un peu haut pour les futures histoires de maisons hantées, mais quand même…)

La forme du roman ne m’a pas non plus convaincue, elle m’a même perdue parfois : les chapitres sont extrêmement courts et, au lieu de donner du rythme à la lecture, ne font que la couper dans son élan. En plus, ils sont écrits à la première personne, et on ne sait pas tout de suite de quel personnage on suit le point de vue : il faut attendre – parfois au bout de plusieurs lignes – un « James a fait ceci » ou « Julie m’a répondu » pour savoir qui est le narrateur, et ça empêche de s’immerger totalement dans le récit.

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Vous l’aurez compris, je n’ai vraiment pas aimé ce roman, mais, dans un souci d’objectivité, je dois quand même dire que je l’ai lu en version originale – en anglais donc – puisqu’il n’est pas encore sorti en français, et que ça a pu jouer dans ma compréhension de certains passages…
Mais malgré ça, je pense que The Grip of It n’était pas du tout un roman pour moi – comme je l’avais cru au départ.