« Carrie », le premier roman de Stephen King

Carrie White a dix-sept ans, elle n’est pas jolie, n’a pas d’amis, et elle est loin d’avoir une vie heureuse. Entre sa mère fanatique qui la punit régulièrement et les moqueries incessantes de ses camarades de classe, chaque jour est une torture à laquelle elle ne peut échapper.
Mais ce qu’il faut aussi savoir sur Carrie White, c’est qu’elle a depuis toujours un « don » enfoui en elle, celui de pouvoir déplacer les objets par la pensée, qui se réveille soudainement le jour où elle a ses premières règles.
D’abord effrayée par ce pouvoir, elle va peu à peu tenter de le contrôler, sans se rendre compte de la force destructrice qu’elle possède en elle…

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Je connaissais le début, je connaissais la fin, et je connaissais en partie ce qu’il y avait entre les deux. Et pourtant, qu’est-ce que j’ai adoré ! Pour un premier livre c’est excellent, et je comprends comment Stephen King a réussi à devenir l’un des auteurs les plus incontournables de sa génération !

La forme du roman, qui alterne entre passages narratifs, témoignages, extraits de livres scientifiques… est excellente !
En plus de nuancer l’histoire en nous offrant plusieurs points de vue, elle nous la rend aussi terriblement crédible, le tout en nous donnant des informations qu’il aurait été impossible de connaitre autrement (ou de manière peu convaincante si l’oeuvre avait été sous forme de roman « classique »).
Quant à l’intrigue, vous la connaissez sûrement – au moins en partie – elle est très bonne, touchante et tragique, originale malgré sa simplicité.
Entre pouvoirs psychiques, scènes de chaos (jouissives comme King sait les écrire), fanatisme religieux, dénonciation du harcèlement scolaire et de la maltraitance faite aux enfants… Il n’y a que du bon là-dedans ! (Enfin, pas dans le sens où le fanatisme ou la maltraitance sont de « bonnes choses » hein, ce sont juste des thèmes que j’aime voir être abordés et/ou dénoncés dans les romans. Peut-être pour ça que j’aime tant les romans de King tiens.)

Bon, je dois avouer que je ne me suis pas totalement attachée au personnage de Carrie (qui se laisse un peu trop faire à mon goût, du moins au début de l’histoire), mais il est impossible de se la représenter comme un monstre, ce que tout le monde pense d’elle à la fin du roman. Elle respire une sorte de candeur, de naïveté, et malgré tout ce qu’elle peut faire d’atroce (ne me regardez pas comme ça, vous savez tous comment ça se termine) on ne peut même pas lui en vouloir… Eh, on est même parfois un peu de son côté !
Et puis, il faut rendre à King ce qui appartient à King : pour un homme de vingt-six ans, il a réussi à écrire un personnage féminin adolescent avec une grande justesse !
Certains qualifient ce roman de « féministe », et ils n’ont peut-être pas tort !

Si Carrie ne m’a pas autant attendrie, c’est peut-être parce que deux autres personnages m’ont bien plus intéressée : Sue Snell et Tommy Ross. (Pauvre Carrie, même dans ton propre roman tu te fais voler la vedette par des élèves plus populaires…)
La première est très touchante dans sa tentative de se faire pardonner par Carrie après lui avoir fait une – très – mauvaise « blague ». Cette lycéenne populaire, qu’on voit tout d’abord comme une petite peste s’en prenant avec ses amies à une jeune fille sans défense, se révèle être simple, mature, profondément gentille (au final), bien plus complexe que ce que l’on imagine d’elle au premier abord.
Quant à Tommy, il est juste gentil.
Quoi, c’est tout ?
Oui, il est juste gentil, mais de manière totalement désintéressée, comme seulement peu de gens le sont, et ça fait du bien de voir l’un des élèves les plus populaires loin du cliché « populaire = superficiel = méchant ».
Donc Sue et Tommy sont pour moi les meilleurs personnages du livre, à l’opposé des clichés et des personnalités unidimensionnelles que l’on retrouve généralement avec ce genre de personnages « stars » du lycée. (Et le couple qu’ils forment est tout de même adorable tout plein.)

Mais si l’auteur a réussi à capter toute la gentillesse et la candeur dont peuvent être capables les adolescents, il nous montre encore plus à quel point ils peuvent être cruels, en la personne de Chris Hargensen et de Billy Nolan, son petit ami. (Là c’est même plus des claques qui se perdent, c’est carrément des internements en prison.)
Mais bon, King est aussi très bon pour créer des humains absolument abjects, et ce à n’importe quel âge, donc ce n’est pas une surprise. (Ceux qui ont lu Ça savent de quoi je parle.) 
Et en parlant d’humains abjects, Margaret White, la mère de Carrie, est assez terrifiante elle aussi, de par son fanatisme religieux et son ultra-puritanisme écœurant. J’aurais juste aimé qu’elle soit un petit peu plus développée.

Parce qu’en fait, le seul petit bémol de ce livre, c’est qu’il est trop court.
J’aurais aimé détester la mère de Carrie encore plus, j’aurais aimé d’autres témoignages sur l’enfance de Carrie pour mieux la comprendre et m’y attacher, j’aurais aimé connaître un peu plus les élèves du lycée de Chamberlain avant d’assister à leur fin tragique… Mais bon, est-ce que c’est réellement un reproche que je fais au livre, de dire que je l’ai tellement aimé que j’en veux plus ? 

« 54 minutes » de Marieke Nijkamp : un roman boulversant mais important

10h00. C’est le début du semestre au lycée d’Opportunity dans l’Alabama. Chacun vaque à ses occupations et a ses propres inquiétudes.
Claire, sportive de haut niveau, s’entraîne sur la piste gelée en pensant à sa future carrière militaire.
Tomàs et son meilleur ami Fareed ratent le discours d’encouragement de la principale pour se faufiler dans son bureau.
Autumn, elle, ne rêve que de fuir la ville, son père et son frère, violents, pour aller en école de danse.
Sylvia, sa copine, n’est pas encore prête à la voir partir.
Quant à Tyler… Tyler ne souhaite qu’une chose : qu’on l’écoute. Et pour ça, il est prêt à tout, surtout à tuer.

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Vous l’aurez peut-être compris en lisant mon résumé, d’autres avis, ou même en voyant la couverture du roman qui est plutôt explicite : ce livre nous plonge en pleine fusillade dans un lycée des États-Unis.
Et le verbe « plonger » n’est pas choisi au hasard ; on est en apnée durant certains passages tant la tension et le suspens sont énormes ! Et comme on ne connaît pas les pensées de (ce CONNARD de) Tyler, on ne sait jamais qui va vivre et qui va mourir, au niveau des personnages secondaires comme des principaux.

Et d’ailleurs, parlons-en des personnages : 54 minutes est un roman choral et, durant les 54 terribles minutes que vont durer la tuerie, on connaît les moindres pensées, faits et gestes des quatre protagonistes Claire, Tomàs, Autumn et Sylvia. Si le roman choral peut en dérouter ou décourager certains, pour moi c’est totalement l’inverse, d’autant plus que les personnages sont le gros point fort de ce roman.
Ils sont tous variés et très attachants, de par leur histoire difficile, leur courage, et surtout l’amour qu’ils se portent les uns aux autres.
Et je ne parle pas que des personnages principaux ! La même remarque est valable pour certains personnages secondaires comme Fareed, le meilleur ami de Tomàs donc, ou Matt, le jeune frère de Claire.

Les quatre voix principales ne sont d’ailleurs pas les seules à nous raconter la tuerie puisqu’entre chaque chapitre, quelques pages nous montrent les messages envoyés sur les réseaux sociaux : des tweets, des SMS, ou encore des articles de blogs permettent de poser un autre regard – souvent plus extérieur – sur la situation.
Il y a les tweets d’avant la fusillade, banals, où les élèves s’ennuient. Puis, les premiers coups de feu retentissent, certains demandent de l’aide au monde extérieur, pendant que le monde extérieur pense tout d’abord à un canular. Ensuite, certains veulent savoir ce qu’il se passe dans le lycée, d’autres implorent des nouvelles de leurs proches, puis arrive la presse, à l’affût du moindre scoop, toujours plus insistante…
La situation dégénère, et le lecteur est témoin, impuissant, de tous ces proches dont la tristesse et l’inquiétude augmentent peu à peu jusqu’à devenir insoutenable. 

Arrive enfin l’épilogue, il y a beaucoup moins de voix, certaines se sont définitivement tues.
C’est le moment du bilan, c’est émouvant, mais c’est aussi le moment où les survivants se rassemblent, c’est la vie qui continue… C’est beau putain. Mais qu’est-ce que c’est triste.
Parce que oui, au cas ou vous en douteriez, l’histoire de gosses qui se font fusiller un à un par un malade, c’est vraiment triste.
Et, même si, honnêtement, j’ai vu les ficelles de l’auteure, je sais évidemment que les personnages, les témoignages, le moindre mot est choisi – entre autre – pour faire vibrer la corde sensible chez le lecteur… Bah oui bon, j’ai versé une larme (et même DES larmeS) à la fin. Voilà, c’est dit. (Ne me jugez pas.) (Je dis que je pleure dès ma première critique, bravo la belle image qu’on va se faire de moi.)

Bref, vous l’aurez compris, pour moi, 54 minutes est un énorme coup de cœur, c’est un très bon premier roman de Marieke Nikjamp, qui est une auteure que je vais suivre de plus près.
Alors si le roman à plusieurs voix ne vous fait pas peur, si vous êtes prêts à plonger en enfer durant 54 minutes, je vous conseille énormément ce livre qui traite d’un sujet tragique mais qui sera malheureusement TOUJOURS d’actualité. (Mais munissez-vous d’un mouchoir. Ou pas, bande d’insensibles.)