« Le Signal » : entre hommage et plagiat

Je veux bien l’admettre : Maxime Chattam est doué pour écrire des thrillers. Personnellement, pour le peu que j’ai pu lire de lui (c’est à dire Léviatemps et In Tenebris), je dois bien avouer que ce n’est pas ma came, je n’accroche pas du tout… Mais ses nombreux fans et son immense succès ne doivent pas venir de nulle part, alors soit, disons que je suis à côté de la plaque et que Maxime Chattam est doué pour écrire des thrillers.
Pour les histoires d’horreur, c’est autre chose.

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En s’installant à Mahingan Falls, Olivia et Tom Spencer s’attendaient à faire prendre un nouveau départ à leur famille, loin de la ville et de l’éprouvante carrière de présentatrice d’Olivia.
Évidemment, rien ne va se passer comme prévu.
Des disparitions inexpliquées, un enchaînement de meurtres abominables, des voix d’outre-tombe qui parasitent les signaux radiophoniques, et cette chose qui se met à poursuivre les enfants Spencer et leurs amis…
La famille, mais aussi Gemma, leur baby-sitter, et Ethan Cobb, le lieutenant dépassé de la ville, vont tout faire pour comprendre et déjouer la terrifiante menace qui s’abat sur cette petite commune au passé trouble.

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« Avez-vous déjà eu vraiment peur en lisant un livre ? » nous demande, non sans prétention, la quatrième de couverture du Signal… Eh bien oui, cher bouquin, j’ai déjà eu peur en lisant un livre, c’est même généralement ce que je recherche dans mes lectures. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas avec toi que j’ai trouvé satisfaction.
Pour vous expliquer pourquoi, voici une citation de Stephen King (cœur cœur) tirée son essai Anatomie de l’horreurDanse Macabre en version originale :

« Je reconnais que la terreur est la plus raffinée de ces trois émotions […] et je m’efforce donc de terrifier le lecteur. Mais si je me rends compte que je n’arrive pas à le terrifier, j’essaie alors de l’horrifier ; et si ça ne marche pas non plus, je suis bien décidé à le faire vomir. Je n’ai aucune fierté. »

Et voilà le premier problème que j’ai rencontré dans ma lecture : Maxime Chattam ne terrifie pas le lecteur, il le dégoûte avec des mises en scène sordides… Tellement sordides qu’elles en deviennent parfois grotesques. (Je pense notamment au passage où une femme est lacérée à mort dans sa baignoire par ses rasoirs ; rasoirs qui sont, soit dit-en passant, comparés à des spermatozoïdes roses.)

Si j’ai choisi une citation de Stephen King pour illustrer mes propos, ce n’est pas (seulement) pour le plaisir de citer mon auteur préféré et de vous parler de lui dès que j’en ai l’occasion, c’est également parce qu’il est, d’une certaine manière, omniprésent dans Le Signal. Lui, mais aussi apparemment d’autres grands noms de l’horreur comme H.P. Lovecraft ou Graham Masterton… Je ne m’y connais pas assez pour avoir remarqué les « clins d’œil » faits à ces auteurs (sauf évidemment pour l’asile psychiatrique d’Arkham, qui porte le même nom que la ville imaginaire créée par Lovecraft), par contre, on peut dire que je m’y connais plutôt bien en Stephen King… Et combien de fois je me suis retrouvée à lever les yeux au ciel tant les références à ses œuvres sont visibles et pas subtiles pour un sou.
Je ne vais pas compter le groupe de gosses qui vivent des aventures estivales et se battent contre des forces qui les dépassent comme étant des références à la nouvelle Le Corps ou au Club des Ratés de Ça, sinon, tous les enfants présents dans les romans d’horreur seraient des plagiats du King… Par contre, quand lesdits gosses se mettent à combattre lesdites forces dans les égouts… Là ça devient un peu limite. Et la limite est carrément dépassée quand un des personnages du Signal dit qu’il vient de Derry, la ville fictionnelle créée par Stephen King dans laquelle se déroulent plusieurs de ses histoires, notamment Ça et Insomnie. (Il me semble qu’il est également fait référence à un « clown avec des ballons », mais si vous croyez que je vais retrouver ce roman à la bibliothèque et le relire juste pour vous le confirmer… Alors vous n’avez pas compris à quel point je n’ai pas aimé ce livre.)
Je vous passe rapidement les ̶p̶l̶a̶g̶i̶a̶t̶s̶ « clins d’œil » faits à Shining et à Simetierre (le père dramaturge en panne d’inspiration qui emménage dans une maison hantée et dont la découverte de vieux documents va encourager l’écriture de la prochaine pièce ; la famille qui prend un nouveau départ et rencontre un vieux et charmant voisin à l’accent prononcé et qui en sait bien plus que ce qu’il ne laisse paraître) et aux nombreux autres romans du King, sinon cet article serait bien trop long, et il faut passer à la suite !

Alors OK, soit, faisons-nous l’avocat du Diable : Maxime Chattam veut faire du Stephen King ? Je le comprends, il a bien raison : quitte à ressembler à quelqu’un, autant viser le haut du panier. Maintenant, pour faire une bonne histoire d’horreur, il ne suffit pas d’éparpiller des dizaines de références à d’autres romans à succès ici et là : il faut aussi que les personnages, l’histoire et l’atmosphère aient leur propre identité… On a déjà dit que pour l’ambiance, c’était raté, l’auteur préférant le gore à l’horreur, mais pour le reste, le Padawan est-il à la hauteur du maître ?

Le point fort de Stephen King est, selon moi, ses personnages : il réussit toujours à les rendre attachants ou intéressants, qu’il soient jeunes, vieux, gentils, exécrables, médecins , écrivains, collégiens… (Mais surtout écrivains, on ne va pas se mentir.)
Il est capable à la fois de se mettre dans la peau d’un retraité insomniaque, d’une collégienne mal dans sa peau, d’un gardien de prison dépassé par les évènements… Et de décrire leurs pensées et leur sentiments avec réalisme, justesse et complexité.
Ici, les personnages du Signal sont trop peu développés, unidimensionnels : la baby-sitter est sympa et mignonne ; le flic est un peu paumé et a un passif compliqué ; la mère est une sorte de Superwoman qui s’occupe de sa famille, de son travail et sauve les demoiselles en détresse des grands méchants violeurs dans la même journée… Et ils ne sont rien de plus. Rien de très original ni de complexe là-dedans.
Même les gosses (J’A-DORE les gosses dans les romans d’horreur, au cas où vous ne le sauriez pas encore) n’ont rien d’attachant et n’ont pas réussi à sauver le roman pour moi…

Et il en va de même pour l’histoire.
Non, en fait c’est encore pire pour l’histoire, parce que si je n’ai pas spécialement apprécié les protagonistes, l’intrigue m’a donné envie de m’arracher les cheveux : d’abord parce qu’il ne se passait rien, ensuite parce qu’il se passait trop de choses… Mais surtout parce que dans tous les cas, je m’ennuyais à mourir.
L’auteur a beau recourir aux scènes choquantes, à différents points de vue et aux enquêtes multiples et croisées… J’ai trouvé ça terriblement long et ennuyeux. Et quand l’ouvrage fait 750 pages, et que, comme moi, vous n’aimez pas abandonner une lecture en cours de route, ça fait mal aux fesses.
Tout ça pour un final qui ne m’a pas convaincue, qui tombe rapidement dans la surenchère et que je trouve peu crédible.
Bref, n’est pas Stephen King qui veut.

Bon, avec cette chronique plutôt salée, je n’ai pas été très tendre avec ce pauvre Maxime Chattam, voire même un peu vache… Pourtant en réalité, je n’ai rien contre le bonhomme ! Je suis sûre qu’il est très sympa (non en fait j’en sais rien) et je pense qu’il n’a plus grand-chose à prouver dans le paysage littéraire français, alors je vois au final ce roman comme un hommage très maladroit aux auteurs qu’il aime plus que comme un plagiat honteux… Mais au-delà de ça, Le Signal reste un roman qui m’aura profondément ennuyée, avec des personnages qui ne m’ont pas plu et une histoire trop longue ET tirée par les cheveux. Pour autant, je ne perds pas l’espoir de découvrir un roman de Maxime Chattam qui me plaira un jour, et j’ai même hâte de me plonger dans sa saga de l’Autre-Monde dont on ne cesse de me chanter les louanges…
Et qui sait, peut-être qu’un jour, je me trouverais moi aussi du côté des fans de celui que l’on surnomme le « Stephen King français » !

(À tort selon moi. He he.)

10 commentaires sur « « Le Signal » : entre hommage et plagiat »

    1. Tu aimeras peut-être plus que moi, il y a aussi beaucoup d’avis positifs ! (Je te le souhaite en tout cas :3)

      Après c’est vrai que ça peut être un jeu de trouver toutes les références glissées dans le roman !

  1. ouuuh tu me refroidis à lire ce roman pour le coup. Je l’ai sur ma liseuse, heureusement que je n’ai pas acheté la version papier ! Après je suis curieuse juste pour retrouver les références à Stephen King, aussi subtiles soit-elles haha ! Vu ce que tu racontes je sens que ce roman va m’énerver xD !

    1. Ah bah j’ai hâte de lire ce que tu auras pensé de ce roman alors ! xD (Ça sera drôle s’il t’énerve vraiment ! :B)

  2. Aïe, ça pique ! Je n’ai lu qu’un Maxime Chattam et je n’ai pas été follement emballée, et je me hérisse dès qu’on commence à appeler les auteurs des « Stephen King [nationalité du gars] » au moindre prétexte. Comme tu dis, n’est pas Stephen King qui veut, et souvent ce n’est pas faire un cadeau à la tierce personne que vouloir la comparer au maître. 😉 Là c’est encore plus chaud parce qu’il fait des clins d’oeil directs, donc il encourage cette analogie…
    Bref je ne le lirai pas, je vais rester sur mes classiques et si je suis en manque de frissons dans un hôtel, je relirai Shining. 😉

    1. Je dis peut-être une connerie, mais il me semble que Stephen King lui-même n’aime pas les accroches du genre « Vous avez aimé [insérer le nom d’un auteur à succès] ? Alors vous adorerez [insérer le nom de l’auteur débutant] ! » ou encore « Découvrez le nouveau [auteur à succès] ! ». Après, ça, c’est la faute des maisons d’édition…
      En tout cas je suis contente de voir que je ne suis pas la seule à ne pas être fan de Chattam, et je te remercie pour ton commentaire ! :3
      (Oh et, « Shining », c’est la vie bordel ! *-*)

      1. Ah ça me surprendrait pas !
        Ça me fait penser au jour où j’ai lu sur une critique de Mr Mercedes « un thriller d’un auteur qui n’a rien à envier aux maîtres du genre ». J’ai failli tomber de ma chaise 😀
        Eh bien je suis ravie de découvrir ton blog et on a effectivement l’air d’accord sur pas mal de points !!

        1. Oh nooon, c’est dingue ça, je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer… (Même si personnellement ça me fait plutôt rire xD)
          Ouiii, et merci, c’est super gentil ! 😀

  3. Je ne l’ai pas encore lu celui-ci! J’avoue que c’est un auteur que j’aime bien et je comprends tout à fait que les très nombreuses « références » à King puisse un peu plomber l’histoire, histoire qui ne semble pas t’avoir du tout convaincue xD
    Je compte bien me faire une idée de ce livre, j’aime le gore alors ça pourrait peut-être coller, reste à voir si le reste de l’histoire me plait.
    Pour la saga « Autre-monde », c’est un tout autre registre et j’ai dévoré cette saga, c’est plutôt orienté jeunesse/jeune adulte avec un univers fantastique assez inquiétant. A voir si l’aventure te plaira 🙂

    1. J’aimerais beaucoup voir l’avis de quelqu’un de plutôt « novice » en Stephen King justement, ça pourrait être intéressant !
      Pour l’instant oui, « Autre-Monde » me tente pas mal, mais je pense laisser un peu de temps passer avant de relire du Chattam xD

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