Critiques

Hex – Thomas Olde Heuvelt

Quiconque né en ce lieu est condamné à y rester jusqu’à la mort. Quiconque y vient n’en repart jamais.
Bienvenue à Black Spring, charmante petite ville de la Hudson Valley… Du moins en apparence : Black Spring est hantée par une sorcière, dont les yeux et la bouche sont cousus. Aveugle et réduite au silence, elle rôde dans les rues et entre chez les gens comme bon lui semble, restant parfois au chevet des enfants des nuits entières. Les habitants s’y sont tellement habitués qu’il leur arrive d’oublier sa présence… Ou la menace qu’elle représente.
En effet, si la vérité échappe de ses murs, la ville tout entière disparaîtra. Pour empêcher la malédiction de se propager, les anciens de Black Spring ont utilisé des techniques de pointe pour isoler les lieux.
Frustrés par ce confinement permanent, les adolescents locaux décident de braver les règles strictes qu’on leur impose. Ils vont alors plonger leur ville dans un épouvantable cauchemar.

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Ça sonnait plutôt bien pour moi, non ? Une petite ville (comme dans les romans de Stephen King que j’aime tant), une sorcière creepy (avec en bonus une réadaptation moderne du mythe), et des personnages adolescents…
Eh bah c’était pas terrible. (Vous le voyiez venir hein ?)

Je me suis lancée dans le roman pleine d’optimisme et de volonté… Mais assez vite, un constat s’est imposé : les personnages sont chiants. Ou cons. Ou les deux.
De l’inutilité à l’exaspération pure et dure, AUCUN habitant de Black Spring ne m’a attiré la moindre sympathie, et même si ça sert au propos final du roman, il faut avouer que ça n’aide pas à entrer dans l’intrigue… (Surtout pour moi où l’attachement aux personnages doit compter pour à peu près 90% de mon appréciation du roman.)
Mais bon, ne nous emballons pas, à défaut d’avoir de bons personnages, l’histoire peut toujours sauver le roman non ?
Eh bien oui !
Mais ça n’a pas été le cas ici. (Oups.)

Déjà, il ne se passe pas grand-chose… Au début du moins.
Avec un tel concept, on s’attend à assister à pas mal d’événements, que ce soit des attaques de la sorcière, ou au moins la fameuse rébellion des jeunes de la ville…
Bon, déjà, pour la seconde partie, spoiler alert, ça ne se produit jamais, et pour ce qui est des événements vraiment marquants… Disons que ça met du temps à arriver.
Alors au début, la lenteur de l’intrigue ne me dérangeait pas (il faut dire que j’ai l’habitude avec les romans de Stephen King #roasted), mais quand, à la moitié du livre, il ne s’était toujours rien passé, j’ai commencé à m’inquiéter pour la suite…
Puis l’avalanche est arrivée.
A la fin du roman, on a droit à un enchaînement de violence, d’événements tragiques, et si je me plaignais de la lenteur du début, ici, c’est trop. On quitte une atmosphère assez légère voire parfois comique pour tomber dans quelque chose de très sombre, de violent, parfois même de dégueu. On a carrément l’impression d’arriver dans un autre roman tant le changement de ton est soudain, et surtout mal préparé.
Bref, il y a un vrai problème de rythme, mais aussi de dosage entre la légèreté et l’horreur pure, et ça crée un gros handicap pour le roman.
Si l’on ajoute à ça quelques détails comme des références abusives aux films d’horreur (enfin, on dirait que l’auteur ne connaît que « Le Projet Blair Witch ») et aux technologies modernes mais aussi la répétition inlassable des mêmes phrases (et lire cinq fois la même chose, je peux vous dire que ça fait beaucoup), le roman ne semble vraiment pas abouti…

Pour finir, je ne veux pas être cette personne qui voit le mal partout… Mais le traitement des personnages féminins n’est vraiment pas glorieux dans ce roman.
Déjà, les femmes sont très peu mises en avant, et, en soit, ce n’est pas si grave, toutes les histoires n’ont pas l’obligation d’avoir de « strong independent women »… Mais entre la mère de famille inutile, l’ancienne femme battue – grosse, idiote ET raciste – qui reste cantonnée à ce rôle de bout en bout du roman et n’a aucune évolution, et les quelques personnages secondaires qui sont surtout jugées sur leur physique (front trop grand, trop d’UV…), ce n’est pas génial. Loin de là.
Et je ne parle pas de Katherine, la sorcière : d’accord, elle est considérée comme le principal antagoniste de l’histoire ET c’est un être surnaturel, ça me paraît normal qu’elle soit traitée avec une certaine hostilité… Mais elle se fait énormément humilier tout au long du roman, et j’avoue que ce n’est pas ce que j’ai envie de lire dans une histoire de sorcière.
Je pense que tout cela relève surtout de la maladresse, et que l’auteur n’est pas forcément misogyne (bon j’en sais rien en fait, je ne le connais pas), mais c’est une chose sur laquelle je ne peux pas fermer les yeux. (Pas comme Katherine, lol.) (Je dis ça parce qu’elle a les yeux cousus.) (J’avoue, cette blague n’est pas terrible.) (Comme le roman.)

Bref, « Hex » est le premier roman du jeune Thomas Ode Heuvelt… Et ça se sent.
Entre un concept mal exploité, des personnages peu développés, un problème évident de rythme, certaines facilités d’écriture et pas mal de maladresses… Ce roman ne semble vraiment pas abouti. Et ça me fait du mal de descendre un jeune auteur comme ça (bon, j’avoue que vu son traitement des personnages féminins, ça ne me fait pas si mal que ça), mais j’espère pour lui qu’il va s’améliorer, et, qui sait, peut-être que je serais au rendez-vous pour ses prochains romans ? (Mais cette fois je les emprunterai à la bibliothèque.)

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