De « Game of Thrones » à « Chernobyl » : du coup de gueule au coup de foudre

Game of Thrones saison huit

La huitième saison de Game of Thrones est nulle.
Alors oui, je sais, par souci d’objectivité, je devrais plutôt dire « Je n’aime pas la huitième saison de Game of Thrones » … Mais entre les incohérences, la régression de certains personnages, l’écriture bâclée et les gobelets Starbucks oubliés, la dernière saison de Game of Thrones est nulle. C’est un fait. C’est presque prouvé scientifiquement.
Je dois dire que je n’avais déjà pas aimé la saison précédente, avec ses téléportations, ses intrigues ridicules et ses personnages invincibles… J’avais pourtant eu un élan d’espoir, infime, pour le final de ma série préférée… Mais bon, on ne change pas une équipe qui gagne – ou qui perd dans ce cas-là – et ça a été… Très décevant.

Attention, ça va spoiler.

Pourtant, ça ne commençait pas si mal…
Les deux premiers épisodes, bien que lents, nous réintroduisaient les personnages, leurs enjeux et leurs relations dans des scènes parfois émouvantes, surtout pendant ce qui devait être leur dernière nuit sur Terre avant l’imminente « Battle of Winterfell ».
Le second épisode se payait même le luxe de nous offrir une nouvelle chanson originale, « Jenny of Oldstone », collaboration géniale entre Ramin Djawadi (ce mec est incroyable) et Florence and the Machine.
Puis est arrivé l’épisode trois, et avec lui, les premiers gros problèmes.
Entièrement consacré à la bataille spectaculaire voyant s’affronter les humains et les Marcheurs Blancs, peuple de l’hiver, de la nuit, de la mort et des ténèbres (bref, un truc costaud), l’épisode promettait de l’épique, de la violence, et une tristesse infinie pour ses spectateurs… Du Game of Thrones quoi ! Les chances de perdre des personnages importants et aimés étaient énormes, et certains (dont moi) commençaient déjà à préparer leur deuil…
Mais voilà, dans un mélange de fan-service et de volonté de déjouer nos attentes, les personnages principaux sont devenus invincibles, quelques personnages secondaires ont été sacrifiés pour élever un peu le quota de morts, Jon n’a servi à rien, et c’est Arya qui, en quelques secondes, a mis fin à une bataille attendue depuis des saisons – bataille qui ne la concernait d’ailleurs pas vraiment. Sans parler de la stratégie militaire absolument ridicule et insensée.

C’est beau, mais ça n’a aucun sens. (Enfin, quand on arrive à voir quelque chose, mais ça c’est un autre débat.)

A partir de là, ça a été la dégringolade.
Je ne vais pas vous exposer toutes mes critiques une par une, encore moins épisode par épisode : des tas de gens l’ont fait avant moi, ça rendrait cet article beaucoup trop long ̶e̶t̶ ̶j̶’̶a̶i̶ ̶t̶e̶r̶r̶i̶b̶l̶e̶m̶e̶n̶t̶ ̶l̶a̶ ̶f̶l̶e̶m̶m̶e̶, mais voici mon avis général :

Le plus gros problème de cette saison (et de la précédente), c’est son bâclage. Six épisodes, ce n’est pas suffisant. Dix n’auraient pas été suffisants.
Je veux dire, en trois épisodes, seulement trois petits épisodes, les trois plus grands antagonistes de la série se sont fait bolosser comme des débutants. Il aurait fallu au moins trois saisons pour ça !
De la mort du Night King à l’élection de Bran en tant que roi des Sept Couronnes en passant par le pétage de durite de Daenerys (prévisible, mais raté quand même), rien n’a correctement été introduit, développé ou résolu, et ce sont les personnages qui en ont le plus souffert.
Jon, notre héros, est devenu inexpressif et incapable de penser par lui-même ; Varys et Tyrion ont, comme Littlefinger avant eux, perdu la moitié de leurs cellules grises ; Jaime – pire gâchis – a régressé à ce qu’il était lors de la première saison, oubliant son long chemin vers la rédemption ; et Euron Greyjoy… Existe. Et c’est déjà bien trop.

Ajoutez à ça quelques effets de symbolisme bien gras (et inutiles) et des tonnes de facilités et autres incohérences scénaristiques et vous obtiendrez la pire saison de Game of Thrones jamais écrite, que même les sublimes musiques de Ramin Djawadi n’ont pas réussi à sauver. Dommage pour nous, c’était la dernière.
Et si la toute fin est plutôt belle, a fait battre mon petit coeur de #TeamStark, et aurait pu être une conclusion satisfaisante à la série, je regrette que le chemin pour y arriver ait été aussi ̶p̶o̶u̶r̶r̶i̶  laborieux.

Bref, Game of Thrones est sans doute ma série préférée… Jusqu’à la saison six.
C’est une série exceptionnelle qui, lorsqu’elle n’est pas honteusement bâclée, nous offre des personnages complexes, des stratégies et trahisons à tout-va, une musique et une cinématographie superbes, et des retournements de situations qui laissent sur le cul. (Et oui, il y a bien évidemment des boobs et des dragons, si ça peut vous inciter à regarder…)

Mais, malgré ma très grande capacité à faire abstraction des choses que je n’aime pas, à les oublier ou faire comme si elles n’avaient jamais existé (ce que l’on appelle communément le déni), cette dernière saison m’aura laissé comme un sale goût amère dans la bouche…
Pendant environ trois jours.

Ensuite, une lumière (radioactive) est apparue : lumière d’espoir pour le paysage télévisuel moderne, lumière de désespoir pour mon état émotionnel.
En effet, après s’être faits prendre pour des cons par les scénaristes de Game of Thrones, il était temps de devenir un peu plus intelligents, et, pourquoi pas, de comprendre comment le réacteur RBMK d’une centrale nucléaire peut exploser.
Vous l’aurez compris, me remettant à peine de la déception qu’a été Game of Thrones, j’ai découvert Chernobyl.

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Chernobyl

Et bordel si je m’attendais à ça.
C’était déprimant, c’était terrifiant, c’était rageant… Mais qu’est-ce que ça m’a passionnée ! Cette série m’a marquée plus que d’autres… Non, c’est LA série qui m’a le plus marquée à ce jour.

Reconstitution de la catastrophe du même nom par le réalisateur Craig Mazin, Chernobyl traite moins du nucléaire que des mensonges, de l’incompétence humaine ou encore de l’héroïsme et du sacrifice.
Idiots et héros ont marché côte à côte ce jour-là. Ou plutôt ces jours-là.

Attention, Chernobyl a beau être très réaliste et fidèle aux événements, ça reste une œuvre de fiction ; aussi, j’invite les plus passionnés – et les plus anglophones – d’entre vous à aller écouter The Chernobyl Podcast, disponible sur YouTube, où Craig Mazin discute de ce qui est fiction ou réalité dans chaque épisode.

Parce que Tchernobyl, ce n’est pas seulement le 26 avril 1986. C’est tout un tas de problèmes, et donc de moyens mis en œuvre pour limiter la catastrophe, le tout étalé sur des jours et des jours. Et par moyens, entendez le plus souvent « êtres humains ».
Des pompiers aux liquidateurs en passant par les infirmières, des tas de gens ont donné de leur temps, de leur force et de leur santé pour Tchernobyl. La série leur rend un puissant hommage, nous montrant toute l’horreur et l’injustice de la situation, sans tomber gratuitement dans le voyeurisme et le choquant.
C’est une bouleversante ode à la vérité.

D’un côté plus technique (parce qu’il faut bien passer par là), la cinématographie est superbe, et la bande-son poignante.
Tous les acteurs sont absolument incroyables : Jared Harris et Stellan Skarsgård, (interprétant respectivement Valery Legasov et Boris Shcherbina), sont époustouflants de justesse, et leur complicité crève l’écran ! (C’est bien simple, j’ai davantage cru en l’amitié entre ces deux là en moins de quatre épisodes qu’en l’amour entre Jon et Daenerys en deux saisons.)
Aussi, mention spéciale à Paul Ritter, mon coup de cœur personnel : le gars a l’air adorable dans la vraie vie, et il interprète ici un Anatoly Dyatlov exécrable et cynique, personnage que beaucoup détestent – à raison – mais qui pourtant me fascine.

Chernobyl m’a bouleversée.
C’est aussi pour ça que je vous écrit cet article : j’ai besoin d’en parler.
Bien sûr, j’ai déjà harcelé mon copain, ma famille et quelques amis pour qu’ils regardent la série (avec plus ou moins de succès d’ailleurs) et que je puisse en discuter avec eux, mais ça ne me suffit pas.
Les sites, les vidéos, les livres, je prends tout ce qui me tombe sous la main, tout ce qui pourrait étancher cette soif de savoir sur l’un des pires désastres que l’Homme ait connu – que l’Homme ait provoqué.
Injustice, souffrance, peine, des tas de choses me sont passées par la tête quand j’apprenais le destin de ces hommes et de ces femmes, de ces coupables, de ces héros, de ces innocents. Et ces choses ont du mal à en sortir depuis.
Aucune autre série, aucun autre événement historique ne m’avait autant donné envie de savoir. Ni ne m’avait fait sentir coupable de ne pas savoir.
Bref, Chernobyl m’a bouleversée. Et je remercie Craig Mazin et toutes les personnes qui ont fait de la série ce qu’elle est pour ça.

Voilà, j’ai envie de terminer cette chronique en beauté avec une petite citation (moins par manque d’originalité que par admiration pour l’écriture de la série), mais laquelle ?  Les dialogues de Chernobyl sont parmi les meilleurs que j’ai pu lire ou entendre de ma vie, que ce soit à la télé, au cinéma, dans les livres… Et choisir une seule citation parmi les dizaines qui me viennent en tête, ce n’est pas facile.
Je choisis alors la toute dernière, peut-être la plus terrible, celle qui résume sans doute au mieux le message de la série et je vous la mets en anglais pour ne pas l’entacher d’une quelconque erreur de traduction :

« To be a scientist is to be naive. We are so focused on our search for truth, we fail to consider how few actually want us to find it. But it is always there, whether we can see it or not, whether we choose to or not. The truth doesn’t care about our needs or wants. It doesn’t care about our governments, our ideologies, our religions. It will lie in wait, for all time.

And this, at last, is the gift of Chernobyl. Where I once would fear the cost of truth, now I only ask :
What is the cost of lies ? »

Valery Legasov, Boris Shcherbina, Aleksandr Akimov, Leonid Toptunov, Vasily Ignatenko, Anatoly Sitnikov et les centaines d’autres héros, anonymes ou non, je suis désolée de ne pas avoir connu votre histoire avant, de ne pas m’y être intéressée plus tôt… C’est promis, dès maintenant, je ne vous oublierai pas.

Vichnaya Pamyat.

8 commentaires sur « De « Game of Thrones » à « Chernobyl » : du coup de gueule au coup de foudre »

  1. Excellente analyse, je partage complètement ton point de vue à propos du sort des liquidateurs (Réservistes de l’armée de toute l’ex-URSS et des civils).
    Liquidateurs bien trop souvent ignorés malheureusement car témoins vivants (ou presque) d’une catastrophe humaine que tout le monde veut oublier, mais aussi peut-être parce qu’ils symbolisent une catastrophe politique qui entraina la fin d’une époque, celle de l’URSS et avec elle, ses idéaux sociaux, économiques et politiques.
    Je n’ai pas encore vu la série, mais je suis impatient de la regarder car c’est apparemment un chef-d’oeuvre !
    Concernant Game of Thrones, Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle est « nulle » car artistiquement c’était toujours très bon et irrésistiblement intense à l’écran (surtout l’épisode de la bataille contre les marcheurs blancs).
    Je dis irrésistiblement car j’ai peut-être été ébloui comme tout bon téléspectateur lambda fan de la série, par les effets spéciaux, par la qualité de réalisation (15 millions de $ par épisode, ça se voit!) qui te font oublier au final, la rapidité à laquelle tout ça se termine.
    Là ou en revanche je te rejoins, c’est que la série aurait mérité plus d’épisodes pour bien plus étaler le dénouement d’évènements importants – par exemple – les marcheurs blancs, hécatombe annoncée depuis le début de la série et depuis des millénaires dans l’histoire de GOT, on s’aperçoit que ce problème est résolu en à peine 2 minutes, par un simple coup d’épée d’Arya.
    C’est ce qui m’a le plus marqué même s’il y a eu en effet d’autres raccourcis pris et facilités de scénario.
    Une pression de la part des financeurs pour boucler (bâcler) la série ?

    1. Bon alors, déjà, merci merci merci pour ce commentaire ultra argumenté ! :O

      Pour « Game of Thrones », je ne suis vraiment pas du genre à m’arrêter aux effets spéciaux, je m’intéresse toujours aux personnages et à l’histoire avant tout, alors même si cinématographiquement c’était beau, voire très beau, ça n’a pas sauvé le reste ! (Et puis bon, c’est l’une des séries les plus populaires de notre génération, je ne me doute pas qu’ils ont les moyens plus facilement que d’autres…)
      Alors apparemment, de ce que j’ai compris, la chaîne HBO était prête à débourser plus pour avoir plus d’épisodes, mais les scénaristes (David Benioff et D.B. Weiss) ont voulu se dépêcher de finir la série pour s’attaquer à leur projet suivant, la prochaine trilogie « Star Wars ». Mais bon, je dis « apparemment » parce que ça peut être vrai comme ça peut être une manière de se dédouaner pour HBO ¯\_(ツ)_/¯

      Et pour « Chernobyl », tu te doutes bien que j’ai super hâte que tu la regardes ! 😀
      Je vois que tu t’y connais déjà un peu, j’aimerais bien savoir ce que tu en penses du coup !

      1. Y’a pas de quoi !
        C’est fort possible à propos de GOT, Star Wars est un énorme morceau dont ils n’auraient pas voulu laisser tomber une seule miette.
        Mais bon quand même !
        Oui, le sujet de Tchernobyl m’a beaucoup marqué et je me suis beaucoup documenté.
        C’est un fait de société passionnant à analyser au-delà de la catastrophe.

  2. Je vais ici commenter par rapport à Got, je n’ai pas vu Chernobyl et je souhaite voir cette série, alors je préfère ne pas lire ton analyse de suite 🙂
    Concernant Game of Thrones, je suis d’accord avec toi, cette saison 8 est partie en cacahuète…. C’était juste du grand n’importe quoi… La bataille aurait pu être beaucoup plus exploitée, ne pas faire un seul épisode alors qu’on nous en parle depuis des lustres. Beaucoup de choses arrivent trop vite, et comme tu le dis, les personnages régressent… Quand tu prends certains personnages au début et à la fin, ils en sont au même point, c’est un peu… m’ouais… voila quoi. Alors oui, il c’est passé des choses entre deux, mais quand même!
    Avec le potentiel de cette saga, la richesse de l’univers, les personnages, les intrigues etc, il y avait VRAIMENT matière à proposer autre chose, quelque chose de plus construit, de moins expéditif, parce que là… J’en garde aussi un goût amer et c’est dommage, car j’ai adoré les autres saisons, surtout les derniers épisodes qui a chaque fois laisse une forte impression!

    1. D’accord, j’espère que tu me diras ce que tu en penses ! (Et que tu aimeras !)
      Oui, c’est franchement décevant… « Tout ça pour ça »… Surtout une intrigue si complexe, riche et intéressante… Ça a été complétement bâclé.
      Après je suis déçue, mais déjà avec la saison sept, je perdais de plus en plus d’intérêt pour la série, du coup maintenant j’en suis indifférente. (C’est peut-être pire…) Tant pis. Et puis, « Chernobyl » a pris toute la place dans mes pensées… :’)

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