L’Outsider – Stephen King

Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses d’ADN ne laissent aucun doute. Dossier classé.
À un détail près : Terry Maitland a un alibi en béton. Et des preuves tout aussi irréfutables que les preuves qui l’accusent.
Qui se cache derrière ce citoyen au-dessus de tout soupçon ?

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Une bonne ou une mauvaise lecture ne se résume pas toujours à un bon ou un mauvais livre, il faut parfois voir le contexte qu’il y a derrière.
« L’Outsider », c’est LE Stephen King de 2019, et je comptais attendre sa sortie en format poche pour le découvrir, mais grâce à une personne que l’on pourrait modestement qualifier de « meilleur copain du monde », j’ai eu la chance de le lire dès le lendemain de sa sortie française, et rien que pour ça, ce livre est et restera très important pour moi.
… Parce que bon, niveau appréciation de l’œuvre, je suis plus mitigée !

Ça commençait bien, très bien même, avec cette enquête sordide accusant un citoyen parfait, au dessus de tout soupçon… Même si (oups) j’avais déjà quelques reproches à faire au roman.
Bon, comme vous vous en doutez, j’adore Stephen King, particulièrement dans ses romans fantastiques/horrifiques des années 80… Et ici, c’est un roman plus tourné vers le policier, et bien plus moderne.
Pour le côté policier, ce n’est pas très dérangeant, du moins jusqu’à la seconde moitié du roman (mais ça on en parle en dessous), par contre, pour ce qui est du moderne… Je n’y arrive pas.
Je n’aime vraiment pas lire King nous parler d’iPads, d’iPhones, d’Angry Birds, chanter les louanges de Kindle ou de Game of Thrones…
Autre petit point négatif : quand King écrit des personnages qui s’en prennent à des homosexuels dans « Ça », ou un autre qui tue un chien dans « Dead Zone », je ne l’ai jamais considéré comme un homophobe ou un tueur d’animaux pour autant, parce que j’ai toujours fait la différence entre l’auteur et ses personnages… Ici, quand il fait des petites piques à Donald Trump ou Kubrick par exemple, j’ai vraiment senti l’écrivain derrière les mots, et ça m’a sortie du roman. (Et n’allez pas croire que je défends ce gros con de Trump, je ne veux juste pas lire un auteur que j’adore régler ses comptes dans ses livres, pour moi il y a Twitter pour ça.)
Bon attendez, j’étais censée parler des points positifs là, on la refait !

Stephen King a toujours le don d’écrire de bons personnages, et il y en a une floppée dans ce roman… Mais ce n’est qu’à la famille Maitland que je me suis véritablement attachée. Terry Maitland est « quelqu’un de bien », sympa, intelligent, bon mari et père de famille, et alors qu’il lui arrive l’une des pires choses au monde (être accusé à tort du viol et du meurtre d’un enfant), on souhaite vraiment le voir sortir de ce merdier… Pareil pour sa femme, Marcy qui, forcément, vit aussi un cauchemar, mais se bat pour son mari. Ce sont vraiment les deux personnages que j’ai préféré, et rien que pour ça le roman restera difficilement oubliable !
L’enquête est vraiment prenante, en sachant que du surnaturel est impliqué, on se doute bien que Terry n’est pas coupable ; chaque preuve l’innocentant est une petite victoire et chaque preuve l’accusant fait monter la tension d’un cran… J’avoue que je souhaitais autant voir apparaître le surnaturel que voir Terry s’en sortir et reconstruire sa vie avec sa petite famille, heureux et loin de toute cette affaire… (Ha ha ha.)
Enfin, sans pouvoir trop en dire, King nous donne quelques retournements de situation qui jouent pas mal avec nos émotions, pour le meilleur comme pour le pire, et, une fois ouvert, le livre est difficile à lâcher !
Bref, (presque) tout allait bien au début…

Et puis est arrivée Holly Gibney.
Holly est un personnage de la trilogie « Bill Hodges », comprenant les livres « Mr. Mercedes », « Fin de ronde » et « Carnets noirs », une trilogie policière avec une touche de surnaturel écrite par King il y a quelques années. Une trilogie que je n’ai pas lue… Et que je n’ai plus besoin de lire, puisque Holly nous spoil allègrement les trois tomes au cours de ses (trop nombreuses) prises de paroles. Merci Holly, et merci King.
Le personnage apparaît environ à la moitié du roman, lorsque l’équipe cherchant à innocenter Terry Maitland lui demande de l’aide pour faire des recherches plus approfondies, alors que l’enquête se tourne vers quelque chose de plus… Incompréhensible pour les esprits fermés.
Et je n’aime pas, mais alors pas du tout Holly.
C’est un personnage faussement excentrique mais qui réussit seulement à me taper sur les nerfs, et elle est une sorte de « Mary-Sue » : elle réussit tout ce qu’elle entreprend, tout le monde l’aime, elle n’a presque pas de défauts… On dirait que King l’adore et veut nous forcer à l’aimer aussi. Mais moi, je n’aime pas Holly.
Et c’est dommage pour moi, parce que si je vous dit qu’elle arrive au milieu du roman, elle ne le quitte pas jusqu’à la fin, tout en prenant de plus en plus d’importance, BEAUCOUP TROP d’importance. En plus, elle apporte des tonnes d’informations à digérer sur l’antagoniste du roman, et, comme à chaque fois que le surnaturel est expliqué, il perd tout intérêt. Il ne présente plus autant de menace, et la seconde moitié du roman, bien moins mystérieuse, s’essouffle.
Pour moi, Holly est vraiment « l’outsider » de ce roman, au mieux elle aurait pu faire une petite apparition, un caméo littéraire, mais non, il a fallu qu’elle devienne un des personnages principaux.
Et moi je ne l’aime pas.

En bref, « L’Outsider » est pour moi un roman en demi-teinte, loin d’être le meilleur King, mais tout de même un très bon moment de lecture, et avant tout, un superbe cadeau. C’est LE Stephen King que j’aurais lu dès sa sortie, et je remercie encore celui que je qualifie modestement de « meilleur copain du monde » pour ça.

Les Défis de Morrigane Crow – Jessica Townsend

Morrigane Crow est maudite.
Née le jour du Merveillon, elle est accusée de tous les maux, des tempêtes de grêle aux crises cardiaques. Pire encore, elle est condamnée à mourir le jour de son onzième anniversaire.
Alors que tout le monde semble se réjouir de sa mort prochaine, elle est secourue in extremis par un mystérieux étranger, Jupiter Nord, qui l’emmène à « Nevermoor », un royaume dont elle n’a jamais entendu parler…
Là-bas, les meubles changent d’aspect en fonction de l’humeur, les chats parlent et, surtout, la malédiction de Morrigane n’a plus lieu d’être.
Cependant, pour pouvoir rester à Nevermoor de manière permanente, elle devra intégrer la prestigieuse Société Wundrous, et pour cela passer trois épreuves face à des centaines d’autres concurrents de son âge.

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Bon, j’ai beau avoir adoré « Une fille comme les autres », après une lecture aussi dure, il me fallait quelque chose de plus… « Léger », et sympa.
Heureusement pour moi, j’avais le premier tome de « Nevermoor » en vue depuis un petit moment, et c’est exactement ce qu’il me fallait : un livre jeunesse avec des personnages super cools et qui permet de s’évader un peu.
MAIS…

… Autant être franche, j’ai mis un peu de temps à apprécier… Non, tout simplement à rentrer dans le roman.
Plébiscité par des tas de gens, dont la géniale Lemon June (qui est l’une des seules Booktubeuses que je regarde) (et d’ailleurs je n’aime pas beaucoup ce mot), je m’attendais à ce que ce livre soit un coup de cœur, ou du moins à directement l’aimer… Et ça n’a pas été le cas.
Sans pouvoir me l’expliquer (est-ce que c’était la faute du livre ? la mienne ? je n’étais pas dans une période de grande lecture ?) je lisais une petite cinquantaine de pages par jour et il ne m’en fallait pas plus, je n’étais bizarrement pas motivée à continuer… Bref, j’aimais bien, mais sans plus. J’étais un peu en panique, ne trouvant pas en ce livre la joie qu’il avait apporté à des tas d’autres, et je n’avais vraiment pas envie d’être déçue par cette lecture…
Et puis est arrivé le moment des épreuves – c’est-à-dire à peu près la moitié du roman… Et là, oublié le petit blocage du début : j’ai tout dévoré en une après-midi.
Maintenant, je peux le dire haut et fort : j’ai vraiment ADORÉ « Les Défis de Morrigane Crow ». Et je vais vous dire pourquoi. Parce que c’est à ça que sert ce blog en fait.

Déjà, les personnages sont géniaux.
Morrigane d’abord : c’est une petite fille drôle (parfois involontairement), plutôt renfermée mais courageuse et qui ne se résigne pas facilement, malgré tout ce qu’elle a traversé (on lui a quand même mis tous les malheurs du monde sur le dos ET dit qu’elle allait mourir le jour de ses onze ans), ce qui l’a même rendue plutôt mature pour son âge. C’est vraiment un personnage auquel il est facile de s’attacher et que l’on souhaite sincèrement voir réussir.
Mais surtout, il y a Jupiter Nord.
Jupiter est celui qui emmènera Morrigane à Nevermoor, qui lui fera découvrir ce nouveau monde merveilleux, qui sera son mécène lors des épreuves… Bref, Jupiter Nord est celui qui deviendra son mentor. Et il est génial. Roux, excentrique, mystérieux, capitaine de la Ligue des explorateurs, propriétaire de l’hôtel Deucalion… Il est un mélange entre Dumbledore, Willy Wonka et le Chapelier Fou. Ouais rien que ça. Et je l’aime de tout mon petit cœur.

D’ailleurs, en parlant de Dumbledore (vous avez vu cette belle transition ?), les romans de jeunesse fantasy n’échappent maintenant plus à la comparaison avec « Harry Potter », et, avec beaucoup de préjugés, on peut d’ailleurs se dire que « Nevermoor » n’est qu’une pâle copie du quatrième tome en lisant dans le résumé que Morrigane devra passer « trois épreuves face à des jeunes de son âge »… Mais détrompez-vous, ici, vous découvrirez un univers totalement unique en son genre !
Évidemment Nevermoor est génial, plein de mythes, lieux et personnages magiques (je vous ai parlé de Jupiter et Morrigane, mais d’autres personnages comme Hawthorne, le premier ami de Morrigane, et Jack, le neveu de Jupiter, valent aussi clairement le détour), mais l’intrigue est également super originale, des premières pages aux révélations de fin, en passant par des épreuves totalement inattendues.
Bref, le premier tome de la saga nous offre sa propre histoire, et ne souffre pas – du moins pour moi – de la comparaison avec ses prédécesseurs.

Enfin, point toujours appréciable, ce roman jeunesse essaye de faire passer quelques messages à nos chères petites têtes blondes (et brunes et rousses). Si je vous dit, par exemple, que Morrigane a traversé la frontière illégalement, certes accompagnée par Jupiter, mais sans aucun papiers ? Si je rajoutais qu’en plus, en la faisant traverser, Jupiter lui a sauvé la vie, et si elle retournait dans son ancien monde elle se ferait irrémédiablement tuer ? Et enfin, si je concluais en vous disant aussi que la police tient absolument à la renvoyer chez elle, et que certains habitants se moquent d’elle parce qu’elle n’est pas originaire de Nevermoor ?
Bon, je pense que vous avez capté le message, vous voyez que ça fait écho à des tas de problèmes contemporains, et même si ça ne passe pas toujours de manière très subtile à mes yeux d’adulte, je pense que c’est pile ce qu’il faut pour le faire comprendre aux enfants, et je trouve ça très honorable de la part de l’auteure de sensibiliser les plus jeunes à ce genre de choses.

Pour résumer, même s’il m’a fallu quelques jours pour rentrer dans l’univers de Nevermoor, j’ai au final totalement été conquise par cette histoire et ses personnages, et à peine la dernière page du roman fermé, Morrigane, Jupiter, Hawthorne et les autres ont déjà commencé à me manquer terriblement… Vivement le tome 2 !

Une fille comme les autres – Jack Ketchum

David a maintenant la quarantaine, et il se souvient…
Il se souvient de son enfance, insouciante, dans les années 50.
Il se souvient de sa bande de copains, Donny, son voisin, ses deux frères, et les autres.
Il se souvient de la géniale Ruth, la mère de Donny, qui jurait comme un charretier et les laissait boire de la bière.
Mais surtout, il se souvient de Meg, la magnifique Meg qu’il aimait tant.
Meg et sa petite sœur Susan, qui, seules rescapées de l’accident qui a tué leurs parents, ont dû aller vivre chez leur tante, Ruth, parce qu’elles n’avaient personne d’autre.
Meg et Susan qui, séquestrées, ont enduré les pires tortures des mains de Ruth et des autres enfants du quartier. Dont lui-même faisait partie.
Oui, David se souvient terriblement bien de Meg.
Comment pourrait-il oublier ?

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« Vous serez effrayés de tourner ces pages, mais vous ne pourrez pas vous en empêcher. » disait Stephen King… Et il a eu raison le bougre !
En fait, pour tout vous avouer, j’avais même peur de COMMENCER ce livre.
Outre l’histoire horrible dont il est inspiré et les critiques, parfois écœurées, que j’ai pu lire à son sujet, j’avais surtout peur de tomber sur un livre malsain, écrit simplement pour choquer, une sorte de « torture porn » littéraire… Et à mon grand soulagement, ça n’a pas du tout été le cas ! (Et je l’ai dévoré en quelques heures.)

Comme souvent, commençons par les personnages !
Concernant le protagoniste, David, bien qu’il soit légèrement remonté dans mon estime vers la fin du roman, je ne l’ai pas aimé. Voire parfois détesté. En fait, j’ai eu envie de le secouer, de le taper, de faire n’importe quoi pour le pousser à AGIR durant la totalité du roman. Mais c’est normal, c’est ce que souhaite l’auteur.
Quant à Ruth, que l’on pourrait considérer comme le principal antagoniste…
Vous vous souvenez de la mère – complétement dérangée – de Carrie ? C’est une enfant de chœur comparée à Ruth. En fait, je pense que je n’ai jamais autant détesté un personnage de ma vie. Elle est horrible. Abominable. Abject. Odieuse. Ignoble. Répugnante. Et tous les autres synonymes que vous pourrez trouver. Je pense que ça résume bien mon avis.

Par contre, pour ce qui est de Meg… Oh Meg… Je l’ai A-DO-RÉE.
Bien évidemment, face à tout ce qui lui arrive, on ne peut que s’y attacher, mais le plus cool, c’est qu’elle est forte, courageuse, intelligente. Et qu’elle ne se laisse pas faire.
On n’est pas sur une histoire à la « Cendrillon » où l’héroïne, trop gentille, (ou niaise, ou bête, comme vous préférez) se laisse marcher sur les pieds d’un bout à l’autre. Non non non. Meg essaye d’abord de se faire apprécier de sa famille d’accueil, mais quand les choses dégénèrent et qu’elle commence à se faire maltraiter, elle résiste, et pas qu’un peu.
Elle dit non, elle se défend, et elle va même prévenir la police ! C’est super rare et appréciable de lire ça dans une histoire de maltraitance infantile !
(En plus, avec ses cheveux roux, ses yeux verts, ses manières de garçon et sa situation familiale EXTRÊMEMENT compliquée, elle m’a fait penser à Beverly Marsh du « Ça » de Stephen King. Et moi j’adore Beverly.)
Malheureusement pour elle, résister ne suffira pas… Comment le pourrait-elle ? Elle est seule, face à Ruth et ses trois enfants, puis ensuite face aux autres enfants du quartier… Et puis surtout, il y a Susan.

L’adorable petite Susan, sa petite sœur, qui a gardé de graves séquelles de l’accident et ne peut plus se déplacer normalement.
Meg et Susan s’aiment, elles s’aiment terriblement… Et c’est bien ça le problème.
Ruth utilise cet amour pour leur faire du mal, et les forcer à obéir.
Quand Meg doit se faire punir et s’enfuit, c’est Susan qui prend à sa place.
Plus tard, si Meg essaye de s’échapper de sa prison la maison, Ruth menace de faire subir toutes sorte de tortures à sa sœur… Et c’est gerbant. C’est injuste. C’est insupportable. C’est tragique. C’est choquant.

Parce qu’ « Une fille comme les autres », vous l’aurez compris, n’est pas un livre qui vous fera vous sentir bien ou plein d’espoir (loin de là), mais il vous donnera au contraire un sale sentiment de voyeurisme en plus de vous donner envie de pleurer ET de fracasser des têtes.
Mais c’est parfois bien de lire quelque chose qui fait autant réagir, qui provoque des émotions aussi fortes – aussi négatives soient-elles – et qui fait peut-être réfléchir certaines personnes… Parce que oui, tout le monde sait/ est censé savoir que maltraiter un enfant, c’est vilain comme tout, mais combien de personnes ont été témoins de certaines choses et ont laissé couler de peur de s’attirer des ennuis, ou parce que les concernés étaient les « gentils voisins qui vont tous les dimanches à l’église et qui invitent au barbecue une fois par mois » ? S’il faut bien retenir quelque chose de cette histoire, c’est que les maltraitances peuvent atteindre un niveau de monstruosité inqualifiable, et qu’il ne faut jamais arriver jusque là, et agir dès qu’il y a la moindre preuve.

Il est aussi intéressant de voir le comportement de chacun des enfants, leurs manières de voir les choses : le narrateur pense au début que tout est normal : puisque Meg est une enfant et Ruth une adulte, Ruth a forcément raison non ? Et les enfants sont au début bien plus enclins à torturer Meg s’ils y sont incités par Ruth, (la figure d’autorité) avant de suivre naturellement leurs camarades, dans un bel exemple de psychologie des foules.
Et puis, il ne faut pas oublier que tout ça est tiré en très grande partie d’une histoire vraie, que presque tout ce que vous lisez s’est réellement passé, et qu’il faut parfois ouvrir les yeux sur certaines choses : non un adulte ne peut pas faire ce qu’il veut avec un enfant sous prétexte qu’il est son tuteur légal, non les enfants ne sont pas toujours de petits êtres innocents et angéliques et sont eux aussi capables du pire.
(« L’histoire vraie » est celle de Sylvia Likens, n’allez la lire que si vous avez le cœur bien accroché, mais le nom et l’histoire de cette jeune fille ne doivent pas tomber dans l’oubli. Mais sans déconner n’allez pas voir si vous êtes un tant soit peu sensible, c’est vraiment horrible.)

Bref, en résumé, j’ai beaucoup aimé (adoré ?) « Une fille comme les autres », et je pense qu’il me marquera pour un très long moment, mais c’est bien évidemment un roman que je ne recommanderais pas à tout le monde.
Personnellement, je connaissais l’histoire de Sylvia Likens depuis longtemps (un peu trop en détails à mon goût), j’ai beaucoup hésité avant d’acheter ce roman, et je m’y suis lancée en sachant ce qui m’attendais.
Si vous comptez vous lancer là-dedans, je vous conseille d’être prêts, ou vous risquez d’être vraiment dégoûtés et de ne pas voir l’intérêt de ce livre.
Allez, après cet article si joyeux, zou-bis hein !

Eleanor Oliphant va très bien – Gail Honeyman

Eleanor va bien. Elle va très bien même.
Sa vie est réglée comme du papier à musique.
Du lundi au vendredi, elle va au boulot à 08h30, prend une heure de pause pour déjeuner et faire ses mots-croisés, et retourne travailler jusque 17h30.
Elle ne parle à personne.
Le mercredi soir, c’est conversation avec maman. Tous les mercredis. Sans exception.
Le vendredi, avant de rentrer chez elle, elle achète une pizza, une bouteille de vin, et deux de vodka.
Les week-ends, toujours trop longs, sont passés dans un état entre la sobriété et l’ivresse.
Elle ne reçoit jamais personne.
Le lundi, tout recommence, et il en est ainsi depuis neuf ans.
Pourtant, du jour au lendemain, les rencontres vont s’enchaîner dans la vie d’Eleanor, et tout va changer.

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« All the lonely people
Where do they all come from?
All the lonely people
Where do they all belong? »
chantaient les Beatles sur le titre « Eleanor Rigby », dont je suis sûre que le personnage a inspiré (ou donné son nom à) celui du roman dont on va parler aujourd’hui, cette petite pépite littéraire dont j’ai hâte de vous parler !
(Et cette intro n’a pas vraiment de conclusion, ni de lien avec le reste de la chronique, mais si j’ai l’occasion de parler de Beatles, je la saisis toujours.)

Ce roman est… Original, peut-être en partie parce qu’il s’éloigne de mes lectures habituelles, mais surtout grâce à son personnage principal.
Eleanor, jeune trentenaire, est plutôt « spéciale ».
Elle est intelligente, dotée d’une culture générale supérieure à la moyenne, et possède un vocabulaire très riche et développé… Mais tout cela ne lui sert vraiment qu’à une chose : faire ses mots croisés.
En effet, Eleanor est seule. Terriblement seule. Non pas qu’elle soit méchante (malgré sa nette tendance à juger les gens) elle est plutôt gentille, mais socialement inadaptée. Ses collègues la détestent certainement, en tout cas ils la trouvent bizarre et ne se gênent pas pour se moquer d’elle, et les seules conversations qu’elle tient sont avec maman. Maman qui la rabaisse sans arrêt.
S’il y a une autre chose à savoir sur Eleanor, c’est qu’elle n’a pas eu une vie facile… En fait, elle a même eu une enfance horrible. (Dont je ne peux malheureusement pas vous parler ici vu que c’est un énorme SPOIL, mais ce qui lui est arrivé est vraiment affreux, tragique, voire même déchirant. Oui j’essaye de vous intriguer pour que vous lisiez le livre.)

Mais si la solitude et la tristitude font partie du roman, il est loin d’être pessimiste pour autant, et il est même au final plutôt léger, et parfois drôle !
C’est généralement dû au personnage décalé d’Eleanor, qui voit la vie à sa manière, est beaucoup trop franche pour son propre bien : elle nous offre beaucoup de situations comiques malgré elle.
D’autres personnages comme le sympathique mais maladroit Raymond donnent du rythme et de la légèreté à l’histoire, et « l’intrigue sentimentale » du livre (qui consiste en Eleanor qui a un coup de cœur envers un chanteur de rock et qui tente maladroitement de le rencontrer parce qu’elle est sûre que c’est l’homme de sa vie) est vraiment géniale ! (Moi qui n’aime pas particulièrement la romance, on a ici presque droit à une parodie !)

Un autre bon point du roman est sa manière de distiller petit à petit les indices concernant Eleanor, son enfance tragique, sa relation avec sa mère etc.
Par exemple, on comprend qu’il s’est passé quelque chose de terrible quand elle était enfant, puis plusieurs chapitres plus tard on connaît la nature exacte de l’incident, puis encore plus tard on sait qui en est responsable, et ainsi de suite jusqu’à enfin savoir ce qu’il s’est passé en détails, mais seulement à la fin du roman.
J’aime aussi la manière dont l’auteure a écrit la solitude et la dépression : tout n’est pas blanc ou noir, Eleanor est terriblement seule mais ne s’apitoie pas pour autant sur elle-même, elle n’est pas montrée comme un petit être fragile et a elle aussi ses défauts…

Je n’ai en fait qu’un bémol à signaler, et il ne vient pas de l’histoire en elle-même, ni même de l’auteure, mais de la maison d’édition et/ou de la traductrice : c’est cette manie de mettre des notes en bas de page pour expliquer au lecteur chaque petite référence (souvent anglophone). J’ai l’impression de n’en avoir jamais eu autant que dans ce livre.
Déjà que c’est insultant de penser qu’on ne peut pas aller chercher par nous-même la signification d’un mot ou d’une expression si ça nous intéresse, en plus ça nous sort de l’intrigue, mais surtout, le mettre dans un roman où l’héroïne a la particularité d’être extrêmement cultivée, je trouve ça carrément idiot.

Bref, si vous omettez cette dernière remarque pas très importante, « Eleanor Oliphant va très bien » a été un excellent moment de lecture passé en compagnie d’une héroïne vraiment originale et attachante, et je pense que ce livre peut (un petit peu) faire changer notre regard sur le monde et les personnes qui nous entourent, notamment celles qui ne disent pas grand-chose et semblent particulièrement solitaires !