« Le Signal » : entre hommage et plagiat

Je veux bien l’admettre : Maxime Chattam est doué pour écrire des thrillers. Personnellement, pour le peu que j’ai pu lire de lui (c’est à dire Léviatemps et In Tenebris), je dois bien avouer que ce n’est pas ma came, je n’accroche pas du tout… Mais ses nombreux fans et son immense succès ne doivent pas venir de nulle part, alors soit, disons que je suis à côté de la plaque et que Maxime Chattam est doué pour écrire des thrillers.
Pour les histoires d’horreur, c’est autre chose.

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En s’installant à Mahingan Falls, Olivia et Tom Spencer s’attendaient à faire prendre un nouveau départ à leur famille, loin de la ville et de l’éprouvante carrière de présentatrice d’Olivia.
Évidemment, rien ne va se passer comme prévu.
Des disparitions inexpliquées, un enchaînement de meurtres abominables, des voix d’outre-tombe qui parasitent les signaux radiophoniques, et cette chose qui se met à poursuivre les enfants Spencer et leurs amis…
La famille, mais aussi Gemma, leur baby-sitter, et Ethan Cobb, le lieutenant dépassé de la ville, vont tout faire pour comprendre et déjouer la terrifiante menace qui s’abat sur cette petite commune au passé trouble.

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« Avez-vous déjà eu vraiment peur en lisant un livre ? » nous demande, non sans prétention, la quatrième de couverture du Signal… Eh bien oui, cher bouquin, j’ai déjà eu peur en lisant un livre, c’est même généralement ce que je recherche dans mes lectures. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas avec toi que j’ai trouvé satisfaction.
Pour vous expliquer pourquoi, voici une citation de Stephen King (cœur cœur) tirée son essai Anatomie de l’horreurDanse Macabre en version originale :

« Je reconnais que la terreur est la plus raffinée de ces trois émotions […] et je m’efforce donc de terrifier le lecteur. Mais si je me rends compte que je n’arrive pas à le terrifier, j’essaie alors de l’horrifier ; et si ça ne marche pas non plus, je suis bien décidé à le faire vomir. Je n’ai aucune fierté. »

Et voilà le premier problème que j’ai rencontré dans ma lecture : Maxime Chattam ne terrifie pas le lecteur, il le dégoûte avec des mises en scène sordides… Tellement sordides qu’elles en deviennent parfois grotesques. (Je pense notamment au passage où une femme est lacérée à mort dans sa baignoire par ses rasoirs ; rasoirs qui sont, soit dit-en passant, comparés à des spermatozoïdes roses.)

Si j’ai choisi une citation de Stephen King pour illustrer mes propos, ce n’est pas (seulement) pour le plaisir de citer mon auteur préféré et de vous parler de lui dès que j’en ai l’occasion, c’est également parce qu’il est, d’une certaine manière, omniprésent dans Le Signal. Lui, mais aussi apparemment d’autres grands noms de l’horreur comme H.P. Lovecraft ou Graham Masterton… Je ne m’y connais pas assez pour avoir remarqué les « clins d’œil » faits à ces auteurs (sauf évidemment pour l’asile psychiatrique d’Arkham, qui porte le même nom que la ville imaginaire créée par Lovecraft), par contre, on peut dire que je m’y connais plutôt bien en Stephen King… Et combien de fois je me suis retrouvée à lever les yeux au ciel tant les références à ses œuvres sont visibles et pas subtiles pour un sou.
Je ne vais pas compter le groupe de gosses qui vivent des aventures estivales et se battent contre des forces qui les dépassent comme étant des références à la nouvelle Le Corps ou au Club des Ratés de Ça, sinon, tous les enfants présents dans les romans d’horreur seraient des plagiats du King… Par contre, quand lesdits gosses se mettent à combattre lesdites forces dans les égouts… Là ça devient un peu limite. Et la limite est carrément dépassée quand un des personnages du Signal dit qu’il vient de Derry, la ville fictionnelle créée par Stephen King dans laquelle se déroulent plusieurs de ses histoires, notamment Ça et Insomnie. (Il me semble qu’il est également fait référence à un « clown avec des ballons », mais si vous croyez que je vais retrouver ce roman à la bibliothèque et le relire juste pour vous le confirmer… Alors vous n’avez pas compris à quel point je n’ai pas aimé ce livre.)
Je vous passe rapidement les ̶p̶l̶a̶g̶i̶a̶t̶s̶ « clins d’œil » faits à Shining et à Simetierre (le père dramaturge en panne d’inspiration qui emménage dans une maison hantée et dont la découverte de vieux documents va encourager l’écriture de la prochaine pièce ; la famille qui prend un nouveau départ et rencontre un vieux et charmant voisin à l’accent prononcé et qui en sait bien plus que ce qu’il ne laisse paraître) et aux nombreux autres romans du King, sinon cet article serait bien trop long, et il faut passer à la suite !

Alors OK, soit, faisons-nous l’avocat du Diable : Maxime Chattam veut faire du Stephen King ? Je le comprends, il a bien raison : quitte à ressembler à quelqu’un, autant viser le haut du panier. Maintenant, pour faire une bonne histoire d’horreur, il ne suffit pas d’éparpiller des dizaines de références à d’autres romans à succès ici et là : il faut aussi que les personnages, l’histoire et l’atmosphère aient leur propre identité… On a déjà dit que pour l’ambiance, c’était raté, l’auteur préférant le gore à l’horreur, mais pour le reste, le Padawan est-il à la hauteur du maître ?

Le point fort de Stephen King est, selon moi, ses personnages : il réussit toujours à les rendre attachants ou intéressants, qu’il soient jeunes, vieux, gentils, exécrables, médecins , écrivains, collégiens… (Mais surtout écrivains, on ne va pas se mentir.)
Il est capable à la fois de se mettre dans la peau d’un retraité insomniaque, d’une collégienne mal dans sa peau, d’un gardien de prison dépassé par les évènements… Et de décrire leurs pensées et leur sentiments avec réalisme, justesse et complexité.
Ici, les personnages du Signal sont trop peu développés, unidimensionnels : la baby-sitter est sympa et mignonne ; le flic est un peu paumé et a un passif compliqué ; la mère est une sorte de Superwoman qui s’occupe de sa famille, de son travail et sauve les demoiselles en détresse des grands méchants violeurs dans la même journée… Et ils ne sont rien de plus. Rien de très original ni de complexe là-dedans.
Même les gosses (J’A-DORE les gosses dans les romans d’horreur, au cas où vous ne le sauriez pas encore) n’ont rien d’attachant et n’ont pas réussi à sauver le roman pour moi…

Et il en va de même pour l’histoire.
Non, en fait c’est encore pire pour l’histoire, parce que si je n’ai pas spécialement apprécié les protagonistes, l’intrigue m’a donné envie de m’arracher les cheveux : d’abord parce qu’il ne se passait rien, ensuite parce qu’il se passait trop de choses… Mais surtout parce que dans tous les cas, je m’ennuyais à mourir.
L’auteur a beau recourir aux scènes choquantes, à différents points de vue et aux enquêtes multiples et croisées… J’ai trouvé ça terriblement long et ennuyeux. Et quand l’ouvrage fait 750 pages, et que, comme moi, vous n’aimez pas abandonner une lecture en cours de route, ça fait mal aux fesses.
Tout ça pour un final qui ne m’a pas convaincue, qui tombe rapidement dans la surenchère et que je trouve peu crédible.
Bref, n’est pas Stephen King qui veut.

Bon, avec cette chronique plutôt salée, je n’ai pas été très tendre avec ce pauvre Maxime Chattam, voire même un peu vache… Pourtant en réalité, je n’ai rien contre le bonhomme ! Je suis sûre qu’il est très sympa (non en fait j’en sais rien) et je pense qu’il n’a plus grand-chose à prouver dans le paysage littéraire français, alors je vois au final ce roman comme un hommage très maladroit aux auteurs qu’il aime plus que comme un plagiat honteux… Mais au-delà de ça, Le Signal reste un roman qui m’aura profondément ennuyée, avec des personnages qui ne m’ont pas plu et une histoire trop longue ET tirée par les cheveux. Pour autant, je ne perds pas l’espoir de découvrir un roman de Maxime Chattam qui me plaira un jour, et j’ai même hâte de me plonger dans sa saga de l’Autre-Monde dont on ne cesse de me chanter les louanges…
Et qui sait, peut-être qu’un jour, je me trouverais moi aussi du côté des fans de celui que l’on surnomme le « Stephen King français » !

(À tort selon moi. He he.)

Svetlana Alexievitch nous fait entendre les voix de Tchernobyl

« Un événement raconté par une seule personne est son destin.
Raconté par plusieurs, il devient l’Histoire. »

Long story short : quand j’ai découvert la série Chernobyl, c’est immédiatement devenu un coup de cœur, coup de cœur qui a vite tourné à l’obsession.
Reddit, YouTube, Wikipédia, tout y est passé pour tenter d’étancher cette soif de savoir toujours plus forte, de la série comme de la catastrophe qui lui donne son nom… Et lors de mes recherches, un titre revenait souvent :
Voices from Chernobyl, traduit en français par La Supplication, un ensemble de témoignages recueillis par la journaliste et écrivaine Svetlana Alexievitch. L’œuvre était notamment citée par Craig Mazin, le créateur de la série, comme un incontournable, une source d’informations inestimable dont il a notamment extrait le témoignage de Lyudmila Ignatenko pour l’adapter au petit écran. Il n’en fallait pas plus pour me convaincre : quelques jours plus tard, le livre était commandé, quelques jours encore, et me voici à écrire ces lignes, encore bouleversée de ma lecture.

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De quoi parle ce livre ? Pourquoi l’ai-je écrit ?
Ce livre ne parle pas de Tchernobyl, mais du monde de Tchernobyl. Justement de ce que nous connaissons peu. De ce dont nous ne connaissons presque rien. Une histoire manquée : voilà comment j’aurais pu l’intituler.
L’événement en soi – ce qui s’est passé, qui est coupable, combien de tonnes de sable et de béton a-t-il fallu pour ériger le sarcophage au-dessus du trou du diable – ne m’intéressait pas. Je m’intéressais aux sensations, aux sentiments des individus qui ont touché à l’inconnu. Au mystère. Tchernobyl est un mystère qu’il nous faut encore élucider. C’est peut-être une tâche pour le XXIe siècle. Un défi pour ce nouveau siècle. Ce que l’homme a appris, deviné, découvert sur lui-même et dans son attitude envers le monde. Reconstituer les sentiments et non les événements.

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Le recueil s’ouvre avec un prologue, « Une voix solitaire », le témoignage de Lyudmila Ignatenko, et plus précisément avec ces phrases :

« Je ne sais pas de quoi parler… De la mort ou de l’amour ? Ou c’est égal… De quoi ?
Nous étions jeunes mariés. Dans la rue, nous nous tenions encore par la main, même si nous allions au magasin… Je lui disais : « Je t’aime. »
Mais je ne savais pas encore à quel point je l’aimais… Je n’en avais pas idée… »

Et là j’ai su que ça allait être dur à lire.
Et ça l’a été.
Le témoignage de Lyudmila (femme de Vasily Ignatenko, l’un des premiers pompiers sur place lors de l’explosion du réacteur) est d’ailleurs celui qui m’a le plus touchée…
En partie parce qu’il a été adapté par la série, et que le fait de pouvoir mettre des images sur des mots rend la chose encore plus douloureuse.
En partie pour les points communs que je me suis trouvée avec elle, mais ça, c’est plus personnel.
En partie parce que tout ce qui lui arrive est terriblement injuste : elle et son mari se sont littéralement trouvés au mauvais endroit au mauvais moment, et à cause de ça, elle a absolument tout perdu.
Mais surtout, parce que le plus bouleversant avec l’histoire de Lyudmila, c’est qu’elle déborde d’amour. De tristesse et de souffrance, bien évidemment, mais surtout d’amour. Tout en cette femme, même son courage et sa ténacité, ne sont que des preuves d’amour envers Vasily, qu’elle chérira du début à la fin, alors qu’il mourra à petit feu des effets de la radiation.
Et ça fait mal de lire ça. Tellement mal.

« Vous ne devez pas oublier que ce n’est plus votre mari, l’homme aimé, qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. Vous n’êtes pas suicidaire. Prenez-vous en main !
Et moi, comme une folle :
– Je l’aime ! Je l’aime !
Pendant son sommeil, je chuchotais :
– Je t’aime !
Je marchais dans la cour de l’hôpital :
– Je t’aime !
Je portais le bassin :
– Je t’aime ! »

Après le témoignage de Lyudmila s’en succèdent des dizaines d’autres, ou plutôt des « monologues » comme les a appelé l’auteure.
Hommes, femmes, jeunes, vieux et très vieux prennent la parole pour raconter ce qu’ils ont vécu, ce que Tchernobyl leur a appris, mais surtout, ce que Tchernobyl leur a pris : leur maison, leur famille, leur santé, leur innocence… Et parfois tout cela à la fois.
Les voix d’instituteurs, de journalistes, de résidents sans autorisation, de liquidateurs, de militaires, de familles, de pères, de mères… S’emmêlent pour former un cri de vérité, le cri d’un peuple que l’on n’a pas laissé s’exprimer, c’est un mélange d’amour et de haine, de solitude, de tristesse, d’héroïsme et de peur… Bref, c’est terriblement humain.

« Nous ne deviendrons jamais des Hollandais ou des Allemands. Nous n’aurons jamais d’asphalte correct ou des gazons soignés. Mais nous aurons toujours des héros ! »

L’auteure cède la parole, n’intervient jamais dans les monologues, laisse les répétitions… Elle n’est d’ailleurs plus à proprement parler auteure, mais messagère, chargée de nous transmettre cette douloureuse vérité.
Vous comprendrez donc que le style d’écriture, le vocabulaire, la sonorité… Bref, tout ce qui fait un beau texte n’est ici pas important, seul compte l’authenticité…
Et pourtant, malgré leur apparente simplicité, certains témoignages sont presque… Poétiques. Tragiquement poétiques.

« Le soir, tout le monde était à son balcon. Ceux qui n’en avaient pas sont passés chez les voisins. On prenait les enfants dans ses bras pour leur dire : « Regarde ! Cela te fera des souvenirs ! » Et c’étaient des employés de la centrale… Des ingénieurs, des ouvriers, des professeurs de physique… Ils se tenaient là, dans la poussière noire… Ils parlaient… Ils respiraient… Ils admiraient… Certains faisaient des dizaines de kilomètres en bicyclette ou en voiture pour voir cela. Nous ignorions que la mort pouvait être aussi belle. »

Malgré la grande variété de personnes interrogées, plusieurs choses reviennent souvent dans les témoignages, et l’une d’entre elles est la comparaison presque systématique qui est faite entre Tchernobyl et la guerre. En effet, le peuple soviétique a connu bien des souffrances, la guerre et Tchernobyl faisant sûrement partie des pires, alors ils les comparent l’un avec l’autre, peut-être dans une tentative de rationalisation… Mais Tchernobyl n’est pas une guerre comme les autres.
A la guerre, on peut voir l’ennemi, le combattre. Ici, l’ennemi est invisible, mais tout aussi mortel.
La guerre, on peut la gagner. Avec Tchernobyl, c’est un combat perdu d’avance.

« – Je n’ai qu’une vache, en tout et pour tout. Mais je la donnerais si seulement ça pouvait éviter une guerre. Qu’est-ce que j’en ai peur !
– Mais Tchernobyl, c’est une guerre par-dessus toutes les guerres… »

« Lorsque je suis rentré d’Afghanistan, je savais que j’allais vivre. Mais Tchernobyl, c’était le contraire : cela ne tuerait qu’après notre départ… »

C’est aussi un combat qui continue de faire des ravages, parce que s’il y a autre chose que j’ai souvent vu revenir – pas aussi souvent que la guerre, mais qui m’a tout autant marquée – c’est la peur d’avoir des enfants. Ou plutôt la peur de ne pas avoir d’enfants normaux.
Les enfants, c’est l’avenir. C’est le renouveau. Ce sont eux qui peuvent faire renaître un pays de ses cendres, faire table rase du passé… Pas avec Tchernobyl. Avec Tchernobyl, ils sont le souvenir douloureux d’un passé que l’on souhaiterait oublier.
Les femmes enceintes, à l’époque de la catastrophe, étaient terrorisées, à l’idée d’accoucher d’enfants morts-nés, malades, ou malformés… Et à raison.
Certains monologues, ceux des instituteurs ou pire, ceux des parents, nous apprennent le quotidien des enfants de Tchernobyl : ils sont faibles, s’endorment en classe, saignent souvent du nez, naissent avec des organes en moins…
Ils sont l’innocence sacrifiée par la bêtise humaine.

« Dans les chambres d’un hôpital, des petites filles jouent à la poupée.
Les poupées ferment les yeux et meurent.
– Pourquoi meurent-elles ?
– Parce que ce sont nos enfants et que nos enfants ne vont pas vivre. Ils vont naître et mourir. »

Et même lorsqu’ils survivent, leur calvaire n’est pas terminé.
Ils doivent souvent vivre avec la mort, celle d’un proche, ou la-leur, prochaine, avec les maladies, l’hôpital, les malformations, et comme si ça ne suffisait pas, avec la peur des autres. Certains sont mis à l’écart à l’école, on les traite de « lucioles », on essaye de voir s’ils brillent dans la nuit…

C’est déjà terrible de lire des parents éplorés et des professeurs impuissants, mais le pire, ce serait d’entendre les petits eux-mêmes… Et c’est donc ce que nous offre l’auteure, avec un mélange de plusieurs histoires d’enfants, vers la toute fin du recueil, comme un dernier coup de poing dans nos ventres déjà serrés par les dizaines d’histoires effroyables ingurgitées. Et c’est douloureux.

« Maman et papa se sont embrassés, et je suis née.
Avant, je pensais que je ne mourrais jamais. Mais maintenant, je sais que ce n’est pas vrai. Un garçon était avec moi, à l’hôpital… Vadik Korinkov… Il me dessinait des oiseaux. Des maisons. Il est mort. »

« Les médecins me l’ont dit : je suis tombée malade parce que mon papa a travaillé à Tchernobyl. Et je suis née après cela.
J’aime mon papa… »

Alors, que reste-t’il après une telle lecture ?
De la tristesse, pour ceux qui ont tout perdu, de la colère aussi, pour les responsables, ceux qui ont voulu cacher la vérité… Mais surtout, il nous reste le savoir.
Tout le monde connait la catastrophe de Tchernobyl, et pourtant, personne ne connait ceux qui y ont survécu, ni même ceux qui se sont sacrifiés pour empêcher le pire de se produire. (Parce que oui, ça aurait pu être pire, bien pire.)
Tant de questions resteront sans réponses, tant de héros resteront anonymes, tant d’informations ont été cachées au monde entier… La moindre piqûre de rappel, aussi douloureuse soit-elle, est donc nécessaire.
(Eh, ce n’est pas pour rien si le nombre de morts causées par la catastrophe varie entre cent trente et un million. Oui oui, l’écart est absolument énorme.)

C’est donc avec la plus grande sincérité que je remercie Svetlana Alexievitch pour ce livre absolument inestimable, livre qui nous fait entendre les voix de ces grands oubliés de l’Histoire.

« Je me demande pourquoi on écrit si peu sur Tchernobyl. Pourquoi nos écrivains continuent-ils à parler de la guerre, des camps et se taisent sur cela ? Est-ce un hasard ? Je crois que, si nous avions vaincu Tchernobyl, il y aurait plus de textes. Ou si nous l’avions compris. Mais nous ne savons pas comment tirer le sens de cette horreur. Nous n’en sommes pas capables. Car il est impossible de l’appliquer à notre expérience humaine ou à notre temps humain…
Alors, vaut-il mieux se souvenir ou oublier ? »

Flop pour « The Grip of It » de Jac Jemc

#bookstagram a encore frappé : après des semaines passées sur Instagram à voir ce livre dont les éloges tombaient par dizaines, et dans le mood pour lire une histoire de maison hantée, j’ai finalement acheté The Grip of It sur un coup de tête – mais avec une furieuse envie de le lire. C’est pour ça que, dès que je l’ai reçu, je me suis jetée dessus et l’ai fini en à peine une journée.  (Non en fait il a traîné des mois sur ma bibliothèque et j’ai mis DEUX SEMAINES à lire ce minuscule roman.)
Pourquoi avoir mis autant de temps ? Parce que je l’ai trouvé nul.
Pour tout vous dire, la seule chose que j’ai aimé dans ce livre, c’est sa couverture, que j’ai trouvé super belle. C’est tout.

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Un ennuyeux jeune couple, Julie et James, s’installe dans une nouvelle maison afin de s’éloigner des problèmes de jeu de James, mais aussi pour prendre un nouveau départ. 
Seulement, assez rapidement, il se passe des choses plutôt étranges : le couple trouve des espaces entre les murs de la maison, des tâches apparaissent un peu partout, dans la maison comme sur le corps de Julie, qui se couvre peu à peu d’ecchymoses.
Ensemble, ils vont tenter de trouver une réponse à ces événements, peut-être liés leur très étrange – et antipathique – voisin, mais ils vont également essayer de préserver leur couple et leur santé mentale.

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Mon premier problème avec ce roman, c’est que les personnages sont inintéressants au possible : ils nous sont, je trouve, mal présentés, et ont très peu de personnalité – surtout Julie.
Leur couple n’est pas attachant, ensemble ils ne sont ni drôles, ni mignons, on les sent à peine amoureux… C’est simple, si j’ai continué ma lecture, c’est avec l’espoir qu’ils allaient finir par se séparer, ou MIEUX, s’entre-tuer avant la fin du roman. Bon, je ne vais pas vous dire s’ils restent ensemble ou pas, mais niveau tuerie, je suis plutôt déçue. (En même temps, il se passe tellement peu de choses dans cette maison qu’avoir espéré un massacre me semble maintenant bien trop optimiste.)

Parce que c’est bien ça mon plus gros problème avec The Grip of It : c’est carrément ennuyeux. Les manifestations surnaturelles ne sont vraiment
pas intéressantes, on en attend plus et surtout… Ça ne fait pas peur. Et pour un roman d’horreur, c’est tout de même BALLOT. (Bon, d’accord, j’ai lu Shining, et peut-être que ça place la barre un peu haut pour les futures histoires de maisons hantées, mais quand même…)

La forme du roman ne m’a pas non plus convaincue, elle m’a même perdue parfois : les chapitres sont extrêmement courts et, au lieu de donner du rythme à la lecture, ne font que la couper dans son élan. En plus, ils sont écrits à la première personne, et on ne sait pas tout de suite de quel personnage on suit le point de vue : il faut attendre – parfois au bout de plusieurs lignes – un « James a fait ceci » ou « Julie m’a répondu » pour savoir qui est le narrateur, et ça empêche de s’immerger totalement dans le récit.

Vous l’aurez compris, je n’ai vraiment pas aimé ce roman, mais, dans un souci d’objectivité, je dois quand même dire que je l’ai lu en version originale – en anglais donc – puisqu’il n’est pas encore sorti en français, et que ça a pu jouer dans ma compréhension de certains passages…
Mais malgré ça, je pense que The Grip of It n’était pas du tout un roman pour moi – comme je l’avais cru au départ.

« Love Letters to the Dead » d’Ava Dellaira

Tout a commencé par une lettre. Une simple rédaction demandée par un prof : écrire à un disparu. Laurel a choisi Kurt Cobain, parce que sa grande sœur May l’adorait.
Et qu’il est mort jeune, comme May.
Si elle ne rend jamais son devoir, très vite, le carnet de Laurel se remplit de lettres à Amy Winehouse, Heath Ledger… À ces confidents inattendus, elle raconte sa première année de lycée, sa famille décomposée, ses nouveaux amis, son premier amour.
Mais avant d’écrire à la seule disparue qui lui tient vraiment à cœur, Laurel devra se confronter au secret qui la tourmente, et faire face à ce qui s’est vraiment passé la nuit où May est décédée.

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Chère Ava Dellaira,

Je dois avouer que si je n’avais eu que la couverture de ton livre entre les mains, je n’aurais pas essayé de le lire.
Je sais, il ne faut pas juger un livre à sa couverture, tout ça tout ça, mais les
couvertures avec des vrais gens dessus, je t’avouerais que ça ne me plaît pas trop. Surtout ici, où l’image annonçait – pour moi – l’histoire clichée et mièvre d’une lycéenne clichée et mièvre.
Cependant, je me suis quand même intéressée au résumé, et c’est là que tu m’as eue : des lettres à des personnalités décédées, c’est plutôt original, mais alors voir les noms de Kurt Cobain et Heath Ledger dans le lot… Bref, mon cœur a parlé et j’ai décidé de lire ton roman. (Bon, il faut avouer que c’est SURTOUT parce que je me trouvais à la bibliothèque, et que le livre était GRATUIT que je me suis décidée à le prendre.)
Résultat ?
Je me dis que, parfois, il faut bel et bien juger un livre à sa couverture.

Commençons par ce qui aurait du être le point fort du livre : sa forme, c’est à dire les lettres adressées aux personnes décédées.
Déjà, chère Ava, je ne comprends pas pourquoi tu tenais absolument à ce que chaque lettre commence par un bout de biographie de l’artiste, du genre « Tu es né le 20 février 1967 à Aberdeen. Quand tes parents ont divorcé tu étais très triste. Du coup tu as écrit des chansons pour dire que tu étais triste. » Bien sûr j’exagère (et encore…), mais je pense que ceux à qui sont destinées les lettres, s’ils pouvaient la lire, n’auraient pas besoin qu’on leur raconte leur propre vie… Et si c’est dans le but de nous instruire, nous, lecteurs… Une page Wikipédia fait aussi bien l’affaire, et aurait même permis d’alléger le roman de toutes ces informations pénibles et pas très utiles.
Ensuite, si l’on retire les fiches Wikipédia et les quelques anecdotes de la vie de Laurel liées à l’artiste, le format des lettres ne sert… A rien. On se retrouve juste avec une adolescente qui nous raconte « ses amis, ses amours, ses emmerdes » comme on dit, et on a l’impression de lire un banal roman écrit à la première personne, ou au mieux un journal intime… Ce qui aurait été bien plus adapté à l’histoire d’ailleurs, parce que certes, c’est original de dire que l’on écrit à des personnalités décédées tout ça tout ça, mais bon sang, je pense que Kurt n’en aurait rien eu à foutre que Laurel trouve « Sky trop mignon oh là là il est si mystérieux et il m’a regardé tout à l’heure à la cantine et j’aimerais bien coucher avec quand même ».
Bref, j’ai l’impression qu’avec ce livre, tu voulais nous raconter l’histoire d’une adolescente un peu paumée qui a du mal à gérer la mort de sa sœur… Mais aussi et surtout nous montrer que tu ̶s̶a̶i̶s̶ ̶f̶a̶i̶r̶e̶ ̶d̶e̶s̶ ̶r̶e̶c̶h̶e̶r̶c̶h̶e̶s̶ ̶s̶u̶r̶ ̶W̶i̶k̶i̶p̶é̶d̶i̶a̶ es cultivée et que tu as de bons goûts en matière de musique, de poésie, de cinéma, etc.
Moi aussi j’ai des goûts musicaux absolument exceptionnels, je n’en fait pas toute une histoire pour autant.

Maintenant, intéressons-nous un peu plus au fond du roman, et d’abord à ses personnages.
Désolée de te l’annoncer, mais Laurel est LE cliché de tous les films/livres pour ados que je fais tout pour éviter – parce qu’ils sont justement terriblement clichés.
C’est le personnage typique qui se trouve « maladroite et banale et timide » mais qui devient pote avec deux meufs populaires et canons et fait craquer son crush en deux semaines à peine. Crush qui, dois-je le préciser, est surnommé Mr. Mystère parce qu’on ne sait rien de lui, il est siii mystérieux et beau et toutes les filles veulent sortir avec lui.
Tu parles d’originalité.
Aussi, Laurel est terriblement passive : elle ne fait que subir les évènements sans faire avancer grand-chose, et je l’ai personnellement trouvé… Molle.

Pour le reste de tes personnages, je trouve qu’il y a un gros problème de réalisme : les amis que se fait Laurel sont sympa et tout, et je ne veux pas passer pour une vieille chieuse, mais des secondes qui passent leur temps à boire, sécher les cours, voler de l’alcool, fumer, draguer des mecs pour du fric et montrer leurs seins à des inconnus… Je ne sais pas si c’est comme ça que tu as vécu ta première année de lycée, mais moi, pas du tout, et ça m’a pas mal sortie du roman.
Mais bon, après tout, c’est peut-être juste qu’avec mes potes, on était trop des Bisounours.
Le pire, ça a été quand Laurel est tombée sur Natalie et Hannah en train de s’embrasser… Je peux comprendre qu’elles aient été gênées, mais de là à vouloir forcer Laurel à embrasser Hannah pour qu’elle ne révèle rien, c’est juste NON.
Mais ça n’a posé de problèmes à personne apparemment…
Pareil pour ce moment où, après s’être croisés deux fois, Laurel et Mr. Mystérieux montent en voiture, et que ce dernier n’hésite pas à lui caresser le haut des cuisses… OKÉPASDEPROBLÈME.
Il y a un petit problème de consentement dans ton roman, non ?
Bon, j’avoue que ce sont des remarques que je me suis surtout faite en début de l’histoire, et qu’après… Je ne sais pas trop si les personnages ont évolué ou si c’est moi qui me suis lassée, toujours est-il que ça m’a moins dérangée au fil du roman.

L’intrigue n’est malheureusement pas très intéressante non plus : tout comme Laurel, c’est un ramassis de clichés. Les premiers amours, les cours avec des profs relous, les problèmes familiaux… C’est du vu et revu. L’histoire la mort de May est la plus touchante, celle qui a le plus retenu mon attention… Mais je la trouve malheureusement un peu trop survolée. Et pas toujours très… Crédible.
Parce que même si tu as le mérite d’aborder des sujets importants et délicats comme le deuil, le suicide, l’homosexualité et même le viol (ça, je ne te le retirerais pas), le tout est trop confus, trop de thèmes sont abordés, et aucun n’a vraiment de place pour être assez développé.
C’est tout à ton honneur de défendre des sujets qui te sont chers, mais tout ça fait trop.

Voilà chère Ava, j’en ai bientôt fini ne t’inquiète pas, et même si tu ne liras jamais cette chronique, je veux te prouver que je ne suis pas simplement une personne de mauvaise foi qui critique ton roman gratuitement. Je trouve que ton idée était très bonne, comme l’aurait pu être ton histoire ; les deux ont juste été, à mon sens, mal exploitées.
Je vais donc poster un passage que j’ai beaucoup aimé de Love Letters to the Dead, un passage qui m’a touchée, que je trouve beau et puissant, où Laurel montre un peu de caractère et où le fait qu’elle écrive à des personnes décédées a du sens :

« Nirvana signifie libération. Libération de la souffrance. Je pense que certains voient la mort ainsi. Donc bravo de vous être libérés, je suppose. Quant à nous, nous sommes encore là, à essayer de recoller les morceaux. »

Amitiés (quand même),
Marie.

Dans « Misery », l’horreur est humaine

Tout allait remarquablement bien pour l’écrivain Paul Sheldon : il venait de tuer Misery Chastain, une héroïne romantique victorienne, personnage principal d’une saga éponyme qui lui a valu un immense succès, mais qu’il ne supportait plus. Encore mieux : il était sur le point de montrer à son éditeur la première version de son nouveau livre, bien plus sérieux, celui dont il rêvait.
Seulement, une bouteille de Dom Pérignon, une grosse tempête et une énorme dose de malchance plus tard, Paul a un accident et se retrouve chez Annie Wilkes, une ancienne infirmière, avec les jambes broyées.
Heureusement pour lui, Annie est une de ses plus grandes fans, et fait tout ce qu’il faut pour qu’il se rétablisse. Malheureusement pour lui, c’est aussi une grande psychopathe qui ne jure que par Misery, l’héroïne que Paul vient de faire mourir…

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Une petite ferme au milieu de nulle part. Deux personnages. Et c’est tout. Il n’en faut pas plus à Stephen King pour pondre un excellent roman, un huis clos haletant, terrifiant, où la tension ne redescend jamais.

Tout d’abord, il y a Paul, l’écrivain. Personnage plutôt banal, il peut même sembler antipathique au début, mais on ne peut rester de marbre devant les supplices qu’il endure, la force et la débrouillardise dont il fait preuve pour se sortir de cet enfer. Même s’il a parfois des moments de faiblesse – avec deux jambes explosées c’est plutôt normal – et qu’il songe de brefs instants à renoncer, on ne peut que compatir à sa douleur, sans le juger, parce qu’après tout, qu’est-ce qu’on aurait fait à sa place ? (Qui est la question qui, si on se la pose – et on se la pose forcément à un moment – rajoute un degré d’horreur à l’histoire.)
Au final on ressent un profond sentiment d’empathie pour lui, on veut le voir réussir, on l’encourage tout bas, dans notre tête, et on ne se trouve plus dans notre chambre, à notre bureau ou dans notre bus, on n’est plus en train de lire un roman : on est avec Paul, dans ses pensées, dans une petite ferme paumée, loin de tout… Le roman nous happe, nous fait oublier l’extérieur, le monde réel, et on contemple, impuissant, les tentatives de l’écrivain pour s’échapper, ce qui est loin d’être facile, et semble parfois même impossible…

Parce qu’en face de lui, il y a Annie. Annie Wilkes, l’ancienne infirmière, la plus grande fan, le « Dragon femelle », celle qui n’a pas peur de tuer. Eh, ça ne serait pas sa première fois. Loin de là.
King a très bien géré l’écriture de ce personnage, faisant de cette simple bonne femme l’une de ses créatures les plus cauchemardesques. (Alors qu’il a tout de même à son palmarès un hôtel hanté, un alien mangeur d’enfants ou encore un magicien maléfique.)
Et savez-vous ce qui la rend aussi effrayante ? Son imprévisibilité.
Souffrant VISIBLEMENT de troubles mentaux, couplés à quelques phases de dépression, elle est capable de vous cuisiner votre plat préféré avec amour pour, quelques minutes plus tard, VOUS PRIVER IRRÉMÉDIABLEMENT D’UNE PARTIE DE VOTRE CORPS PAR EXEMPLE. Tout ça parce que vous avez dit un mot de travers – sûrement une grossièreté, Annie déteste les mots grossiers. (Je ne dis pas que c’est ce qu’elle fait dans le roman, ce n’est qu’un exemple pour vous montrer qu’elle peut littéralement passer d’un extrême à l’autre.)
Ce qui rend également Annie aussi redoutable, c’est qu’au premier abord, et comme Paul Sheldon, on la sous-estime. Cette femme, qui n’est pas jolie, vieillissante, qui vit presque seule dans sa ferme (avec pour seule compagnie ses quelques animaux dont sa truie adorée) et qui passe son temps à dévorer des romans à l’eau de rose un peu niais… Elle n’est pas si dangereuse que ça, si ? Bon, elle nous démontre vite le contraire, mais tout de même, elle est un peu idiote non ? Paul réussira forcément à l’amadouer, elle qui l’adore ? Et c’est la deuxième erreur. Malgré les préjugés qu’on peut avoir sur elle, Annie est loin, très loin d’être bête. Quand on pense l’avoir comprise, voire même déjouée, on se rend compte qu’elle a au final deux tours d’avance sur nous. Folle, mais pas idiote.

Un autre aspect intéressant du livre – et souvent abordé dans la biographie de King – est la relation entre l’écrivain et son œuvre. (Mais je ne peux pas trop développer là-dessus pour ne pas spoiler l’intrigue.)
Au début du livre, Paul détestait Misery : il souhaitait absolument s’en débarrasser, et c’est ce qu’il a fait en la tuant dans son dernier tome. Cependant, elle sera, avec l’écriture, l’un des seuls éléments permettant à l’auteur de ne pas totalement perdre la tête, de ne pas abandonner et renoncer à la vie. Et ça c’est BEAU.

Misery a donc été pour moi une excellente lecture que je recommande à tous les amateurs du genre ou de l’écrivain !
En même temps c’est un des « classiques » de King, l’avoir autant aimé ne m’a franchement pas étonnée. Au fait, vous savez que j’adore cet auteur ? Non parce que je pense que je ne l’ai dit qu’une trentaine de fois pour l’instant.