Les adaptations

« Ça » : l’adaptation d’Andrés Muschietti

À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s’intégrer se sont regroupés au sein du « Club des Ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Ils ont aussi en commun d’avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu’ils appellent « Ça »…
Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les vingt-sept ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants.
Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu’un petit garçon poursuivant son bateau en papier s’est retrouvé face-à-face avec le clown Grippe-Sou…

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Je ne suis pas une grande défenseuse des adaptations, et encore moins des RÉadaptations, remakes et autres reboots, loin de là. Pourtant, quand l’annonce d’une nouvelle adaptation du « Ça » de Stephen King a vu le jour, j’avoue que je n’ai pas pu contenir ma joie, voire même un peu de soulagement…
Pourquoi ?
Parce que « Ça » est pour moi LE roman du King qu’il faut adapter ! Rempli de personnages géniaux, de moments terrifiants et d’hommages au cinéma d’horreur des années 50, c’est le livre qui mérite carrément de passer par la case cinéma (ou TV)… Chose que le téléfilm de 1990 a essayé de faire et totalement raté. (Mais ça, on en parlera dans un autre article… #suspens)
Donc, vous vous en doutez sûrement, le jour où je suis allée voir le film d’Andrés Muschietti, j’étais à la fois pleine de joie et d’appréhension… Alors voyons aujourd’hui ce que j’en ai pensé ! (Attention cet article contient un grand nombre de spoils, pour le film comme pour le roman.)

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Côté technique, beaucoup de bonnes choses !

Tout d’abord, parlons des acteurs. S’ils sont tous très bons, les enfants sont carrément BRILLANTS ! Déjà, le choix du casting est très réussi puisque tous incarnent à merveille leurs personnages, mais en plus ils sont extrêmement doués malgré leur jeune âge, c’est juste bluffant ! (Mention spéciale à Sophia Lillis – qui incarne Beverly – qui est exceptionnelle comme actrice, et j’espère qu’elle aura une très belle carrière, parce qu’elle est excellente !) (Ça se voit que je l’aime beaucoup ?)
D’ailleurs, les personnages du Club des Losers sont extrêmement bien écrits : ils sont drôles, super attachants, et on ne doute pas une seconde de l’amitié qui les unit. Et vu que c’est un des meilleurs (voire LE meilleur) points du roman, à ce niveau, l’adaptation est parfaite !
Bill Skarsgård en Pennywise est lui aussi très bon, il est convaincant en monstre qui veut se faire passer pour un clown pour attirer les gosses mais qui, au final, a surtout la dalle, et devient vite creepy (notamment dans la scène avec Georgie), et je suis totalement fan de son – déjà cultissime – design. Il est original, il est vraiment flippant, et j’aime beaucoup son costume « vintage », qui montre qu’il est arrivé sur Terre depuis déjà un petit bout de temps, et qu’il n’a pas vraiment réussi à moderniser sa garde-robe depuis. (Pas de blague sur Cristina Córdula, pas de blague sur Cristina Córdula…)
Le seul gros point négatif que j’ai concerne le montage : le temps que chaque protagoniste rencontre Ça, on assiste plus à un enchaînement de petites histoires qu’à un « vrai » film, ce n’est pas vraiment fluide, mais bon, est-ce que ça aurait pu être différent avec SEPT personnages principaux ? Cela engendre aussi un autre problème : Stanley et Mike, pourtant tout aussi importants que les autres, sont particulièrement effacés dans cette version… Dommage.

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Le film prend quelques libertés audacieuses…

Par exemple, le fait de situer le film dans les années 80 (bon d’accord, ça n’est pas le plus audacieux, et on peut se dire que c’est pour surfer sur la vague de nostalgie qui va avec) est pour moi un très bon choix : les années 80 vont bien évidemment parler à plus de monde que les années 50, et en plus, le film apporte quelque chose à l’histoire, un regard nouveau, ce n’est pas juste un copié-collé du livre.
J’aime aussi le fait que le film n’ait pas conservé le découpage du livre, un aller-retour constant entre l’enfance et la vie adulte des personnages, et ait choisi de centrer son intrigue autour de la partie « enfants ». Bon, c’était sans doute le choix le plus utile pour les tournages, mais ça rend l’intrigue bien plus facile à suivre pour ceux qui la découvrent. (Et j’ai toujours trouvé la partie « adultes » bien plus ennuyeuse.)

Un autre changement majeur concerne les formes que prend Pennywise pour effrayer certains protagonistes… Et ces changements sont franchement bienvenus.
En même temps, si l’on prend l’exemple de Richie, combien de gosses ont, dans les années 80, encore peur du loup-garou des vieux films de la Hammer ? Au contraire, combien ont la phobie des clowns ? (Notamment grâce à Stephen King tiens.)
Autre exemple, dans l’une des scènes les plus creepy du film, on découvre que la plus grande peur de Mike est d’assister à la mort de sa famille, brûlée vive dans l’incendie de leur maison. Et c’est plutôt horrible. Dans le livre, sa famille est vivante, elle va bien, tant mieux pour eux, mais la peur de Mike est… Un gros oiseau. Et même si je ne doute pas que les oiseaux, en particulier géants, peuvent être terrifiants, je dois avouer que ce passage ne m’a jamais vraiment foutu les jetons.
Enfin, pour ce qui est de Stan, il a ici affaire à une femme monstrueuse sortie d’un tableau devant lequel il passe tous les jours… Et je trouve que ce passage fait bien plus écho aux peurs enfantines que son pendant littéraire, où il est confronté à des cadavres d’enfants. (Même si, je vous l’accorde, ça fait aussi bien flipper samer.)
Et c’est en ça que le film marque un bon point : la momie, le loup-garou, le vampire… Tout ça ne fait plus vraiment peur à grand-monde, alors que voir sa famille mourir devant ses yeux, passer tous les jours devant un tableau cauchemardesque… Ça terrifierait n’importe quel enfant ! (Et je suis sûre que vous avez tous au moins un ou une coulrophobe dans votre entourage.)
Bref, Andrés Muschietti a modernisé les peurs, les a rendu plus accessibles à tous, et pour ça, je dis GG Andy !

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… Mais tous les changements ne sont pas forcément bons.

Parce que oui, quelques passages du film m’ont quand même fait grincer des dents, notamment tout ce qui tourne autour de « la demoiselle en détresse », c’est à dire quand Beverly se fait enlever par Pennywise puis, après que ce dernier l’ait mise dans un état catatonique, quand elle se fait sauver par le baiser de son prince charmant et rondouillard, Ben.
Pourquoi, après avoir établi Beverly comme un personnage féminin fort, la transformer en princesse qu’il faut aller libérer ?
Eh bien, en y réfléchissant bien, et en faisant quelques recherches sur Internet, j’en suis venue à penser que ces deux scènes ne sont qu’une manière de Muschietti – certes, plutôt maladroite – d’adapter le roman.

Dans le film, lorsque Beverly se fait enlever, c’est à un moment où rien ne va plus : le groupe s’est brisé, les garçons se sont disputés, et chacun est reparti de son côté. Pour devoir aller la sauver, les garçons n’ont d’autres choix que de s’unir à nouveau, malgré leurs différends.
Cela fait écho à un passage du livre, lorsque les enfants sont perdus dans les égouts, qu’ils commencent à paniquer et ne sont plus aussi soudés qu’avant. C’est donc Beverly qui, d’une manière très… Différente de celle du film, parvient à les « ré-unir » de nouveau. (Non je ne parlerai pas de cette scène.) (Si vous imaginez quelque chose de bizarre à cause de mes sous-entendus, félicitations, vous avez sûrement deviné.)

Quant au baiser de Ben qui réussit à libérer Beverly de son état de transe, il peut s’expliquer par une idée assez simple du livre : si votre imagination d’enfant y croit, alors c’est vrai.
Bon, c’est grossièrement résumé, mais, par exemple, les Losers pensent qu’une balle en argent peut blesser Pennywise, donc ça marche. Eddie convainc Pennywise que son inhalateur est rempli d’acide, donc lorsqu’il l’attaque avec, il le blesse. Le combat n’est pas seulement physique, il est aussi psychique.
Et, pour en revenir au film, quoi de plus enfantin que de croire qu’un baiser peut réveiller une jeune fille plongée dans un profond sommeil ? Est-ce que je dois vous rappeler que « Blanche-Neige » et « La Belle au bois dormant » de Disney sont sortis bien avant les années 80 ?
Ben y croit, donc ça marche.

Avec cette lecture, le film devient tout de suite plus intéressant, l’intrigue de la princesse à sauver étant bien plus complexe qu’il n’y paraît, mais quand même, la première fois qu’on se trouve devant ces scènes, on ne peut pas s’empêcher de se dire… « SÉRIEUSEMENT ?! », surtout par les temps qui courent, où l’ont se bat pour avoir des personnages féminins forts.
C’est donc un bel effort d’adaptation, mais un peu trop maladroit pour que ça fonctionne correctement…. Et ce n’est malheureusement pas le seul point négatif du film.

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Le plus gros défaut de cette adaptation…

… C’est qu’elle ne fait pas peur. Enfin, pas assez.
Alors oui, elle possède de très bons moments de trouille (la mort de Georgie m’a juste traumatisée, c’était la seule scène que je redoutais, et bah, j’ai été servie), et des tas d’entre vous ont sûrement trouvé le film terrifiant… Mais c’est sans doute parce que vous n’avez pas lu le livre.
L’œuvre de Stephen King n’est pas simplement flippante, elle est surtout malsaine au possible, dérangeante, glauque, complexe aussi… Et rien de tout ça n’est présent dans l’adaptation.
Oh, vous avez échappé à des tas de choses, des meurtres d’enfants bien détaillés aux moments sexuels un peu bizarres (#euphémisme), en passant par toute une mythologie très importante concernant une Tortue géante… Bien sûr, tout ne peut pas être adapté, mais l’ambiance aurait quand même pu être bien plus malsaine.
Je veux dire, il y a des tas de gens que je connais à qui je peux montrer le film sans problème, mais il est hors de question que je leur mette le livre entre les mains !
Et c’est donc pour moi ce qui pose le plus problème dans cette nouvelle adaptation, malgré ses – très – nombreux bons points.

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Bon, je n’ai pas parlé de tout ce dont je voulais, notamment de certaines facilités d’écriture lorsque les garçons se séparent dans la maison abandonnée, des petites références à la Tortue ou même de la danse (WTF ?) de Pennywise, mais cet article est déjà bien trop long, alors il est temps de conclure.
Pour moi, le film d’Andrés Muschietti est très bon, mille fois meilleur que le téléfilm du même nom, avec un casting génial et de bons efforts d’appropriation du matériau de base, mais ce n’est pas encore LA bonne adaptation que ce roman mérite. (Et je ne sais pas s’il en aura une un jour d’ailleurs…)
Disons simplement que le « Ça » de 2017 est une bonne adaptation « édulcorée » du roman de Stephen King.

Que vous soyez d’accord ou non avec ce que je dis, n’hésitez pas à me le dire en commentaire, je serais ravie de pouvoir en discuter ! (Si je ne vous ai pas perdu dans ce flots énorme de mots…)
En attendant, merci de m’avoir lue, zou-bis !

6 commentaires

  • Une fan du roman

    Disons que si ça avait été aussi malsain que le roman je crois qu’il n’y aurait pas eu autant d’entrées…
    Il faudrait juste que certains aient un peu d’audace et disent fuck à l’argent hihihi
    Mais comme tu le dis, le film a réussi a d’autres qualites comme le pouvoir de l’imagination etc.. donc tout est pardonné.

    Bravo petite Marie !!

    • Moonlight-Reads

      Ouiii je saaiis, mais j’aurais tellement aimé qu’il soit plus sombre…
      Après je ne sais pas si c’est une décision du réalisateur, des producteurs, peut-être que Muschietti voulait justement en faire une histoire plus accessible… Mais c’est un peu dommage je trouve !
      Après, le film reste très bon, donc je ne me plains pas trop non plus !

      Et merci, he he 😀

  • Vampilou

    Je suis absolument fan de ton avis, que je trouve ultra complet ! Bon, je n’ai pas la même relation que toi avec le roman, que je n’ai pas lu, ou la première version du film, que je n’ai pas aimé, étant trop jeune à l’époque…Mais pour moi, cette nouvelle version a été un vrai coup de coeur et j’ai tellement hâte de voir la suite !

    • Moonlight-Reads

      Oh merci beaucoup ! 😀
      Je n’aime pas non plus la première version, et si tu as vraiment apprécié le film et que tu es prête à lire quelque chose de plus sombre et malsain, alors je te conseille le roman !

  • DarkLink

    Je suis d’accord avec toi sur tous les points !
    Bien que je ne sois pas fan de films d’horreur à la base, le film se regarde sans soucis, avec quand même quelques moments de stress, mais pas de screamers à gogo.
    Même si la séparation des protagonistes dans la maison est pour moi une grosse facilité scénariste (dans la grosse majorité des cas), elle peut s’expliquer par la jeunesse de personnages, plus naïfs que s’ils étaient des adultes, ce qui permet d’avaler plus la chose.

    • Moonlight-Reads

      Merci pour ce commentaire, ça me fait super plaisir ! :3
      Pour moi c’est LA plus grosse facilité scénaristique, mais bon, vu le niveau du reste du film et les efforts fournis, je ne lui en tiens pas vraiment rigueur !

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