« Ça » : retour sur le diptyque d’Andrés Muschietti

Cet article est extrêmement long et rempli de spoilers. Il contient aussi des gros mots, et des thèmes pas toujours marrants y sont abordés – mais pour ces derniers, c’est à Stephen King qu’il faut se plaindre. Voilà, vous êtes prévenus !

De tous les romans de Stephen King (et il en a écrit beaucoup le bougre), s’il y en a un qu’il FALLAIT adapter, c’est bien Ça.
Roman le plus abouti, le plus visuellement intéressant et aux personnages les plus attachants, il est une mine d’or en matière de références au cinéma horrifique et possède l’un des antagonistes les plus marquants de la littérature : Pennywise, le clown dévoreur d’enfants.
Le réalisateur Tommy Lee Wallace l’avait bien compris, c’est pour ça qu’en 1990 est sorti le – très mauvais – téléfilm « Il » est revenu… Que je n’aime pas. (Mais je ferai tout un article pour vous expliquer pourquoi.)
Jusqu’en 2017, il n’existait donc qu’une adaptation ratée du roman de Stephen King… Puis est arrivé Andrés Muschietti, réalisateur argentin ayant déjà à son actif le correct Mama, qui nous a proposé une nouvelle version plus moderne de l’histoire, cette fois-ci séparée en deux films : l’un retraçant l’enfance des protagonistes, l’autre leur retour en tant qu’adultes dans la ville qui les a vu grandir.
Et je ne vais pas vous mentir : j’ai attendu ces deux films avec une grande impatience, aussi excitée qu’appréhensive du résultat, guettant chaque nouvelle information, acteur, bande-annonce…
Alors, qu’est-ce que ça a donné ?
C’est ce que l’on va voir aujourd’hui dans un article bien trop long où je reviens sur les deux films, vous donnant mon avis sur chacun d’entre eux, tout en retraçant leur histoire de manière linéaire. (Pourquoi faire simple quand on peut faire si compliqué, n’est-ce pas ?)
Et pour être honnête, sachez que ça aurait pu être PIRE, puisqu’apparemment visitée par les muses de l’inspiration, de la motivation ET de l’ambition, je comptais en plus discuter de tous les changements effectués par Muschietti par rapport au roman d’origine… Bon, il fallait s’en douter, le résultat était trop long, trop brouillon, trop compliqué… Bref, indigeste. Mais comme je compte absolument vous parler de ces films en tant qu’adaptations et qu’il est hors de question que je perde des heures de recherches, de lecture et d’écriture, je vous promets un autre article sur le sujet pour plus tard !
En attendant, enjoy !

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Ça : chapitre 1

« Il sortit. Bill ne devait plus jamais le revoir. »

Si elle ne l’était pas avant ce film, l’image est maintenant connue de tous, ou presque.
Celle d’un petit garçon en ciré jaune qui, ici sur un sublime air de piano composé par Benjamin Wallfisch, joue sous la pluie avec le bateau en papier que son frère lui a imperméabilisé. Alors que l’eau coule à flot, l’enfant se fait distancer par la frégate qui continue vaillamment son chemin et l’amène tout droit vers une bouche d’égout – tout droit vers sa mort prochaine.
Car voyez-vous, tapi dans l’obscurité se trouve le monstre le plus répugnant, le plus horrible, le plus terrifiant qui puisse exister… Et il a très faim.
Mais tout ce que voit Georgie (car c’est le nom du petit garçon), c’est un clown. Et un clown, même caché dans le noir, est forcément inoffensif non ? Ce n’est d’ailleurs pas de sa faute s’il se retrouve là-dessous : la tempête les a emporté, lui et son cirque, jusque dans les égouts… Du moins c’est ce qu’il dit. Et Georgie le croit.
C’est pourquoi, lorsque le monstre clown lui propose gentiment de lui rendre son embarcation de papier, le petit garçon ne se méfie pas – ou pas assez. Il tend son bras. Le tend. Le tend encore… Et le monstre passe à l’attaque.
Son membre arraché, l’enfant tente de ramper, loin de la bouche béante de l’égout, loin de la bouche béante de la créature… En vain.
Et alors qu’il se fait entrainer vers une mort horrible dans l’obscurité et la puanteur, Georgie prononce, dans un appel à l’aide aussi vain que désespéré, le nom de son grand-frère, Billy ; le tout dernier mot ayant jamais franchi ses lèvres.
Maintenant, Georgie flotte.
Tout flotte, en bas.

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Meet the losers !

Après cette première scène pas très rigolote (mais terriblement efficace), il nous faut maintenant rencontrer les (sept) protagonistes avec qui nous allons passer les prochaines heures, mais autant vous prévenir tout de suite : c’est une bande de nazes. Ils sont loin d’être populaires, se font harceler par les autres adolescents et viennent parfois carrément de foyers abusifs… Bref, ce sont des ratés.
Et vous avez rarement rencontré des personnages aussi géniaux et attachants.

■ William Denbrough : Le pauvre Bill n’a vraiment pas de chance : il ne sait pas prononcer trois phrases sans bégayer, son frère vient de se faire dévorer par un clown monstrueux, ses parents ne lui adressent plus la parole… Et il a beau être le leader du Club des Ratés, il a moins de charisme qu’une huître. Morte. (Mais je l’aime bien quand même.)

■ Beverly Marsh : Puisqu’interprétée par la talentueuse Sophia Lillis, Bev est absolument sublime. En plus de ça, elle est sympa, drôle, intelligente, altruiste… Bref, Beverly est parfaite.
Malheureusement, sa vie, elle, est parfaitement pourrie : harcelée à l’école, se traînant une réputation de fille facile (pour être polie), elle vie en plus seule avec un père violent qui demande beaucoup trop d’amour à sa petite chérie. #maisquefaitlapolice?

■ Richard Tozier : (Beep Beep) Richie est le meilleur personnage de la bande des Ratés de tous les Ça qui existent, que ce soit le roman, les films de Muschietti et même le – très mauvais – téléfilm de 1990.
C’est la grande gueule, le petit comique aux énormes lunettes qui n’arrête pas de faire des blagues de daronnes et de teubs. Et il est hilarant. (Oui il m’en faut peu.)
Bref, Richie, c’est le meilleur.

■ Edward Kaspbrak : Habitant seul avec une mère qui le surprotège, Eddie est victime d’un syndrome de Münchhausen par procuration, ce qui le rend hypocondriaque et germaphobe. (Pour simplifier, sa mère lui fait croire qu’il est (toujours) (très) malade alors que ce n’est pas le cas.)
C’est aussi un petit garçon tout le temps énervé/excité, au débit de parole incroyable et à la bouille trop mignonne.

■ Benjamin Hanscom : Ben est le petit gros de la bande. C’est aussi le petit nouveau de l’école. Résultat : il se fait (lui aussi) harceler, notamment par la bande de Henry Bowers, qui, pour s’amuser, va parfois jusqu’à le mutiler.
Pour couronner le tout, Ben est timidement mais follement amoureux de Beverly… Qui n’a d’yeux que pour Bill. Ce qui est totalement injuste, au vu du charisme inexistant de ce dernier. (Alors que Ben est tellement mignon, adorable, gentil, intelligent… Il écrit même des haïkus ! A seulement treize ans !)

■ Michael Hanlon : Mike est noir. Ce qui est suffisant pour se mettre à dos Henry Bowers et sa bande qui veulent perpétuellement lui casser la gueule. (Idiots, violents et racistes : le tiercé gagnant.)
En plus de ça, le pauvre Mike a vu toute sa famille périr devant lui, avalée par les flammes d’un incendie qui a ravagé leur maison, des années auparavant.
Il travaille maintenant dans l’abattoir de son grand-père et, alors qu’il est terriblement important à l’histoire, est ici terriblement sous-exploité.
Pauvre Mike.

■ Stanley Uris : Stan est juif. Stan est légèrement maniaque. Et de la bande, Stan sera le plus traumatisé par Pennywise. J’aimerais vous en dire plus, mais malheureusement, Stan est aussi cruellement sous-exploité.

Et que dire… Sinon que le casting de ces enfants est absolument brillant.
Si je les trouve physiquement parfaits pour les rôles qu’ils incarnent, ils sont en plus extrêmement doués (coucou Sophia Lillis), et l’alchimie qui se dégage de leur petit groupe crève l’écran ; on ne doute pas une seconde de l’amitié qui les unit ! Ajoutez à cela une (ré)écriture des personnages ultra travaillée, les rendant à la fois réalistes, hilarants et touchants, et vous comprendrez ce qui fait du Club des Losers l’une des bandes de gamins les plus géniales que j’aie pu voir au cinéma !

Mais revenons à nos moutons ! (Ou plus précisément à nos agneaux, que Pennywise aimerait bien se faire façon kebab.)

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Et maintenant, les monstres.

Bien qu’entachées par de nombreuses disparitions d’enfants, les grande vacances viennent de commencer à Derry. Nos héros se préparent donc à un été de folie riche en activités plus palpitantes les unes que les autres, comme passer son temps seul à la bibliothèque, travailler dans un abattoir ou encore partir à la recherche de ce qu’il reste de Georgie. (Youhou, la bonne ambiance.)
Malheureusement pour eux, leurs joyeux plans se retrouvent contrariés lorsqu’ils font (dans ce qui ressemble plus à un enchaînement de courts-métrages d’horreur qu’à un vrai film) tour à tour la connaissance de Pennywise, le clown dansant… Mais pas que.
Parce que, si vous ne le saviez pas encore, Ça n’est pas un simple « clown tueur d’enfants » comme j’ai pu le lire tant de fois, mais un monstre ancestral ayant la capacité de créer des illusions et de prendre l’apparence des peurs les plus profondes de ses victimes.

Pour Mike, le premier de la bande à croiser sa route, il apparaît sous les traits de sa famille en train de brûler vive ; pour Ben, c’est un enfant décapité ; pour Stanley, une femme monstrueuse sortie d’un tableau ; Eddie l’aperçoit sous forme de lépreux ; pour Bill, c’est son petit frère Georgie ; Beverly a droit à un geyser de sang venu tout droit de son lavabo alors que Richie le rencontrera sous sa forme… De clown. (Eh oui, apparemment, notre petit comique a peur des clowns.)

Et malheureusement, on en arrive au plus gros reproche que j’ai à faire au film : il ne fait pas très peur.
Déjà, comparé au bouquin, ça n’a rien à voir, mais même lorsque l’on regarde l’œuvre comme un simple film et non comme une adaptation… Bah ça ne fait pas peur.
Si Bill Skarsgård est très bon en Pennywise et que je suis totalement fan de son – déjà cultissime – design… La structure même du film lui empêche d’avoir un réel impact. Tout est bien trop classique, propre, et donc prévisible.
Évidemment, quelques-unes de ses scènes se démarquent, comme celle de sa rencontre avec Georgie, mais ce sont aux humains pourris et corrompus de Derry (la bande de Bowers, le père de Beverly…) que l’on doit les vrais moments de tensions. Le film excelle donc dans l’horreur banale et quotidienne mais est inefficace en terme d’épouvante purement fantastique. (Et quand ton antagoniste est la quintessence même de l’horreur, c’est ballot.)

Bref, retournons à l’histoire !

Point fort : la photographie est superbe.

En quelques discussions, nos ratés de héros se rendent bien vite compte qu’une même menace les poursuit, ce qui, grossièrement résumé, donne ceci :
« – Eh les gars, je me suis fait poursuivre par un clown !
– Trop chelou moi aussi !
– Bah moi je suis seul et un peu bizarre alors je fais des recherches glauques sur la ville et ses disparitions et vous savez quoi ? Tous les vingt-sept ans ils se passent des trucs vraiment malsains ici.
– Ah ouais, maintenant que j’y pense, mon grand père dit que la ville est maudite, qu’un truc maléfique vit ici et qu’on lui sert de bétail. (Du coup, pourquoi est-ce qu’on n’a pas encore déménagé ?)
– Oh et puis vu qu’on est tous tombés sur quelque chose de différent, peut-être que ça connaît nos peurs et prend leurs apparences ? #nonmaisjedisçaauhasardhein
*insérer une blague de teub venant de Richie*
– OK bah ça a l’air de se déplacer dans les égouts et de vivre dans la maison hantée et super creepy du bout de la rue.
– Venez on va l’affronter !
– nn svp je veux pas mourir
– Let’s go ! »

Oui, bien sûr, je vous l’ai résumé de manière ultra-rapide et raccourcie, mais je l’ai fait pour deux bonnes raisons :
■ je n’ai pas envie que cet article fasse dix kilomètres de long.
■ ça paraît tout aussi rapide dans le film ; c’est cousu de fil blanc, les gosses sortent ça de nulle part et le tout sent la bonne grosse facilité d’écriture.

Quoiqu’il en soit, facilités ou non, ils savent maintenant où Ça vit, et ils (du moins, Bill et Beverly) veulent en découdre !

Ils se rendent donc à la maison de Neibolt Street – tout en laissant bien évidemment leurs putains de vélo sur la route – et décident d’affronter le monstre à sept, puisque c’est bien connu, l’union fait la force, surtout quand vous êtes des enfants face à une créature répugnante qui a envie de vous bouffer se séparent.
Oui oui, ils se séparent. Bravo les génies.
Ils sont sept, et seulement trois d’entre eux entrent dans la maison pour affronter un monstre dévoreur d’enfants. Pourquoi laisser majorité du groupe dehors ? Pour vérifier que leurs putains de vélos ne se font pas écraser ?
Et vous savez quel est le pire ? Alors que Beverly est carrément chaude pour botter le cul de Pennywise, ce sont finalement Eddie et Richie qui accompagnent Bill faire le sale boulot. Eddie et Richie. L’hypocondriaque et le mec qui a peur des clowns.

Le passage dans la maison de Neibolt Street est de toute manière de qualité très inégale, mélangeant de très bonnes idées, des visuels originaux et marquants aux plus communs clichés de films d’horreur. (Comme les portes qui se ferment toutes seules, le groupe qui se sépare tous les deux mètres ou l’idiot qui croit poursuivre son ami alors que celui-ci est littéralement derrière lui.) (Même si j’avoue que, plus je regarde ce film, plus ses défauts me passent au-dessus de la tête.)

Malgré tous leurs choix idiots, les Ratés affrontent donc le monstre une première fois et s’en sortent avec plus ou moins de succès. (Le plus : Pennywise s’est pris une barre en fer dans la tête et s’est enfui. Le moins : il est en vie ; en rogne ; Ben s’est fait lacérer le ventre et Eddie casser le bras.)
Ils retournent chez eux, déçus de cette mince victoire…

… Et là, c’est le drame : alors que la mère d’Eddie le ramène à la maison (probablement sans intention de le laisser sortir de là jusqu’à ce qu’il soit en âge de passer le Bac), le reste de la bande se dispute.
Bill et Beverly veulent continuer à traquer Pennywise et en finir avec lui, afin que plus aucun enfant n’ait à subir le même sort que Georgie ; les autres veulent – à raison – abandonner… Pour ne pas subir le même sort que Georgie.
Le ton monte. Des coups partent. Le Club des Ratés se dissout.

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Se séparer…

Le temps passe, et chacun vaque à ses occupations estivales : Richie dépense son fric sur Street Fighter, Eddie fait des allers-retours entre sa maison et la pharmacie, et alors qu’elle essaye de sortir en douce pour rejoindre Bill, Beverly subit la colère de son paternel.
Celui-ci, écœuré à l’idée qu’elle traîne avec une bande de garçons, essaye de la violer… Mais pour la première fois, Bev se défend.
Bien que courte, la scène est extraordinaire : si Beverly a à priori peu de chances de s’en sortir, on n’ose pourtant pas imaginer ce qui pourrait lui arriver si elle ne s’échappe pas des griffes de son père… Et elle non plus apparemment. Elle frappe, elle mord, chacun de ses coups est plein de rancœur et de haine, et quand elle assomme finalement son père agresseur, on se sent presque extatique tant la victoire est grande.
Ça y est, Beverly ne sera plus jamais la petite chérie de son papa.

Quand là, surprise ! (et très bon jump-scare au passage), elle se fait enlever par un Pennywise sorti de nul part, passant en quelques secondes de la strong independant woman à la demoiselle en détresse. Pas d’bol.

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… Pour mieux se retrouver.

Inquiet de ne pas la voir arriver à leur rendez-vous, Bill se rend chez Beverly pour s’assurer que tout va bien : là-bas, aucune trace de sa dulcinée, mais un père assommé, et un message en lettres de sang : « Si t’essaies, t’es mort. » Pour Bill, pas de doute : sa bien-aimée s’est faite enlever par le monstre de Derry… Et si le leader des Ratés n’est pas très charismatique, il n’en reste pas moins courageux (et amoureux) : menaces ou non, il réunit sa bande de potes, et tous se rendent à la maison de Neibolt Street pour sauver leur amie.

Ah oui au fait, j’ai oublié de vous dire : parallèlement à tout ça, Henri Bowers (dont la santé mentale ne tenait déjà qu’à un fil, on ne va pas se mentir) pète les plombs. Sous l’influence de Pennywise, il assassine son père et suit le Club des Ratés jusqu’à Neibolt Street dans l’espoir de leur faire subir le même sort.
Ce sera un échec total.
S’attaquant violemment à Mike (qui, miracle, bénéficie d’un peu de temps d’écran !), il se fera dé-fon-cer puis pousser dans un puits par ce dernier.
Mais revenons-en à des choses plus intéressantes !

Quelque part sous Derry, Beverly se réveille pour voir qu’elle est retenue dans l’antre de la bête… Et quelle antre ! C’est un gigantesque amoncellement de jouets d’enfants et d’accessoires de cirque avec, à son sommet, des enfants, précédentes victimes du clown… Et il ne nous a pas menti, le bougre : ils
flottent ! C’est macabre, c’est glauque, mais c’est aussi très beau, presque poétique d’une certaine manière.
Néanmoins, pas le temps de s’extasier sur la déco : Pennywise débarque… Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il aime les entrées fracassantes.
S’ensuit donc ce que j’appelle une « scène à la Muschietti », où le dérangeant côtoie le grotesque et où l’on ne sait jamais vraiment s’il faut rire, avoir peur, ou être gêné ; scène où Beverly est obligée de se taper un spectacle mi malaisant mi hilarant où Pennywise nous prouve qu’il ne doit pas son surnom de « clown dansant » au hasard. (Je ne comprends toujours pas ce passage, mais il me fait trop rire pour que je ne l’aime pas.)
Malheureusement, ce n’est pas le cas de Beverly, et la jeune fille (peu impressionnée par le jeu de jambes de son ravisseur) essaye de s’enfuir… Pour se faire bien vite rattraper par un Pennywise probablement blessé dans son ego.
Ce dernier ouvre grand (grand grand) la bouche, et en surgissent trois boules lumineuses (les Lumières Mortes comme on l’apprendra plus tard) (ou comme le savent déjà ceux qui ont lu le livre) qui plongent la jeune fille dans une sorte de transe.

Arrivent alors nos valeureux héros prépubères (non sans encombres, puisque Stanley a tout de même failli se faire bouffer en route) (je vous le dis parce que c’est important pour la suite) qui aperçoivent une Beverly flottante complétement stone.
Ben, toujours en crush total, se sent l’âme d’un héros de conte et embrasse la princesse endormie… Ce qui, bien évidemment, la réveille.

…Et il est temps de faire un petit point sur ce que je pense de tout ça (ce qui est un peu le but premier de l’article).
La première fois que j’ai vu le film, tout ce passage de la demoiselle en détresse m’a pas mal fait grincer des dents, d’autant plus que Beverly nous était jusqu’ici montrée comme une jeune fille forte et courageuse. Cependant, après maintes réflexions et recherches sur le Net, je lui ai trouvé une certaine utilité : ce n’est qu’une manière de Muschietti – certes, plutôt maladroite – d’adapter le roman.
Dans le film, lorsque Beverly se fait enlever, c’est à un moment où rien ne va plus : le groupe est brisé, les garçons se sont disputés, et chacun est reparti de son côté. Pour pouvoir la sauver, les garçons n’ont d’autre choix que de s’unir à nouveau, malgré leurs différends.
Sans trop en dire, puisque ce n’est pas le sujet de l’article, cela fait écho à un passage du livre où les enfants sont perdus dans les égouts, qu’ils commencent à paniquer et ne sont plus aussi soudés qu’avant. C’est donc Beverly qui, d’une manière très… Différente de celle du film, parvient à les « ré-unir » à nouveau. (Oh je suis sûre que vous savez à quel passage je fais référence, bande de coquins.)

Avec cette lecture, le film devient tout de suite plus intéressant, l’intrigue de la princesse à sauver étant bien plus complexe qu’il n’y paraît… Mais cela reste toute de même maladroit. Surtout par les temps qui courent, où l’ont se bat pour avoir des personnages féminins forts.

« Regardez, là-haut, c’est le charisme de Bill ! »

Bref, la belle est sauvée, les Losers font maintenant face à la bête.
Et si le combat entre nos héros de treize ans et une créature ancestrale monstrueuse semble perdu d’avance, c’est sans compter sur une chose : les enfants en ont ras le bol de Pennywise et de ses conneries.
C’est sûr, il fait peur, mais le bougre leur a surtout pourri leurs vacances d’été à toujours essayer de les bouffer, résultat : ils ne sont plus effrayés, ils sont furieux. (Fureur décuplée lorsque cet idiot de clown vomit au visage d’Eddie ou prend l’apparence du père de Beverly.)
Résultat (bis) : la fameuse créature ancestrale et monstrueuse se fait humilier par une bande de collégiens totalement déchaînés et, à force de se prendre des coups plein la tronche, se désagrège avant de disparaître dans un puits. (Encore un !)
La créature est-elle définitivement morte ?
Nos héros n’en sont pas si sûrs.
Ils se font alors une promesse, une de celles qui fait couler le sang, une de celles que l’on tient : si Ça n’est pas mort et revient à Derry, ils reviendront eux aussi. Et cette fois, ils le vaincront.

Alors, verdict ?
J’a-dore ce film. Quand je suis allée le voir pour la première fois au cinéma, j’étais sortie de la salle surexcitée, ne pouvant contenir mon amour pour les personnages mais aussi pour les petits clins d’œil aux lecteurs glissés par le réalisateur que j’avais réussi à repérer. (Et c’est mon copain, le pauvre, qui fut donc la victime de mon blablah frénétique et incessant.)
Bien sûr, tout n’est pas parfait, je m’en rendais déjà compte à l’époque, mais je ne sais pas pourquoi, plus le temps passe, et plus je pardonne au film ses défauts… Peut-être parce que je prends trop de plaisir à retrouver le Club des Losers et que le reste me semble superflu. (Coucou, mes meilleurs amis sont des personnages fictionnels de treize ans.) (Et encore, je ne vous ai pas parlé de certaines de mes scènes préférées, comme celles du rétroprojecteur ou de la bataille de cailloux.)
Bref, quand il s’agit du film de Muschietti, je ne suis qu’affection et tendresse, et Ça : chapitre 1 restera, malgré ses défauts, l’un de mes films d’horreur préférés de tous les temps.

Passons donc à la suite !

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Ça : chapitre 2

Je dois vous avouer quelque chose : Ça a tout pour être un de mes livres d’horreur préférés. Les personnages principaux sont – pendant la moitié du roman – des enfants, ils doivent affronter une créature monstrueuse qui peut prendre l’apparence de leurs plus grandes peurs (qui est juste la meilleure idée de tous les temps) le tout dans une petite ville aux habitants pourris et violents… Bref, tout ce que j’aime. Pourtant, Ça ne fait même pas partie de mes Stephen King préférés, et ce pour deux raisons : le délire cosmico-mythologique (que je trouve un peu trop what the fuckesque mais que le film a eu la bonne idée de réduire) et la partie « adulte » qui m’a toujours ennuyée. Auquel le film n’a évidemment pas pu couper.
Tout ça pour vous dire que pour moi, le film démarrait avec un gros handicap de base, et que je partais avec l’idée que j’allais forcément moins l’aimer que le premier. Est-ce que ça a été le cas ? Oui. (Pas de suspens sur ce blog.)
Mais Ça : chapitre 2 a t-il été un plantage total, ou Muschietti a t-il réussi à sauver les meubles ?
Pour le savoir, retournons à Derry…

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Vingt-sept ans plus tard.

En 2016, le monstre se réveille, et à Derry s’abattent à nouveau la terreur et la violence, incarnées ici par une bande d’adolescents homophobes.
En effet, lors de la fête annuelle de Derry, John Garton le connard et sa bande de connards ne supportent pas de voir deux homosexuels, Adrian Mellon et Don Hagarty, s’embrass… Non, avoir carrément le culot d’exister dans leur ville. Ils font alors la seule chose que leurs deux neurones de primates décérébrés connaissent : ils suivent le couple sur un pont mal éclairé et se mettent à plusieurs pour les tabasser.
Adrian, qui n’a pas la langue dans sa poche, en prend particulièrement pour son grade lorsque, alors qu’il est déjà à moitié mort, John le balance les eaux glacées et tumultueuse de la rivière qui se trouve sous eux.
Le pauvre garçon n’a pas une seule chance de survie : alors qu’il a de l’asthme, s’est fait tabasser et est sur le point de se noyer, la seule main secourable qui se tend vers lui pour le hisser hors de l’eau est celle… D’un clown.

Le jeune homme n’aura pas le temps de se questionner sur l’étrange accoutrement de son sauveur : sous les yeux horrifiés de son petit-ami, il se fait dévorer par une créature effroyable – et apparemment affamée.
Pennywise a fait sa première victime.

Et on peut dire que ça commençait bien.
Avec cette première scène, très dure à regarder (plus pour l’horreur quotidien de l’agression homophobe que pour l’apparition de Pennywise) aux effets horrifiques simples mais efficaces, Muschietti frappe fort, et on est en droit de croire que cette introduction donne le ton du film… Malheureusement, le reste ne suivra pas.

Peu de temps après, dans la bibliothèque de la ville, Mike Hanlon s’éveille au bruit d’un appel de police : le corps d’Adrian a été retrouvé, démembré.
Il se rend donc sur les lieux du crime où il voit, écrit en lettres de sang, « Revenez chez vous ». Pas de doutes possibles : Ça est revenu. Mike va alors devoir contacter ses vieux copains de l’époque et leur rappeler la promesse qu’ils ont tous fait ce jour-là, vingt-sept ans plus tôt…

C’est donc dans un enchaînement de scènes (trop rapides pour vraiment nous émouvoir, malheureusement) que nous apprenons ce qu’est devenue notre bande de gamins préférés. (Et au vu de leurs carrières, le nom du « Club des Winners » leur conviendrait mieux.)

■ Grand gagnant de la loterie génétique (puisqu’il est maintenant James f*cking McAvoy), Bill n’a pourtant pas gagné un seul point de charisme en vingt-sept ans. (Et quand ton personnage est interprété par James McAvoy et est aussi transparent, c’est qu’il y a un problème.)
Sinon, il a épousé Audrey, une actrice au physique de « Beverly n°2 », et est devenu un écrivain célèbre mais dont les fins de romans sont pourries. (If it doesn’t sound familiar…) (Moi je les aime tes fins de romans Steve.) (Enfin, parfois.)

■ Devenue une créatrice de mode renommée, les choses ne se sont pas pour autant arrangées pour Beverly. Comme une triste répétition de son enfance, elle a épousé Tom Rogan, un homme violent et abusif, qu’elle réussit toutefois à quitter pour retourner dans sa ville natale.

■ Devinez quoi ? Richie est encore – et toujours – le meilleur personnage du film. Interprété par le super-méga-giga talentueux Bill Hader, c’est le personnage qui a l’histoire la plus travaillée et le développement le plus intéressant.
Bref, c’est le meilleur, et je n’ai rien de plus à ajouter.
Ah si, maintenant il fait du stand-up.
Et il est gay.

■ Si Beverly a, d’une manière étrange et malsaine, épousé l’équivalent de son père, alors Eddie a carrément épousé sa mère. Que ce soit en personnalité ou en apparence, les deux femmes sont quasiment identiques – et d’ailleurs interprétées par la même actrice, Molly Atkinson.
Sinon, Eddie a lui aussi réussi, professionnellement et financièrement parlant. (Et si vous pensez que j’ai oublié son métier… Vous avez totalement raison.)

■ Maintenant architecte riche et célèbre, Ben a perdu énormément de poids et, par la même occasion, tout son charisme. (Sérieusement, il est aussi fade que toutes les salades qu’il a du bouffer, et a l’air constamment paumé.)
Cependant, bonne nouvelle pour lui : si l’on en croit ses goûts en matière de garçons, c’est apparemment ce qui fait craquer Beverly. (Dont Ben est, vingt-sept ans plus tard, toujours amoureux.)

■ Si j’ai pardonné le fait que Mike soit largement sous-développé dans le premier opus, c’est parce que je pensais que ce chapitre lui donnerait l’occasion de briller… Et bah pas du tout.
Il est celui qui est resté à Derry pendant vingt-sept ans, renonçant à son rêve de Floride pour être disponible si Ça revenait un jour. Il est celui qui réunit le Club des Losers, celui sans qui l’histoire n’aurait même pas lieu d’être… Et quelle est sa récompense ?
Se faire ignorer pendant la quasi-totalité du film.
C’est honteux.

■ S’il est moins riche et célèbre que certains de ses amis d’enfance, Stanley, devenu comptable, aime beaucoup la vie paisible qu’il mène aux côtés de sa femme et de ses puzzles… Que l’appel de Mike va faire voler en éclats. (Sa vie paisible, pas ses puzzles.)
Bien trop traumatisé par Pennywise, Stanley se suicide dans sa baignoire, refusant d’affronter la créature qui avait failli le dévorer lorsqu’il était enfant.
Il n’a pas pu couper à Ça.

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Se retrouver…

Sans savoir que l’un des leurs n’est plus de la partie, le reste des Losers se retrouve donc au « Jade of the Orient », un restaurant asiatique local – parce que quitte à mourir dans d’atroces souffrances, autant avoir l’estomac bien rempli avant… Quoiqu’à part Mike, aucun ne sait réellement pourquoi il est revenu.
En effet, en s’éloignant de Derry, les membres ont tout oublié de leur enfance, même leurs mésaventures avec le clown…
Mike a donc pour mission de leur rafraîchir la mémoire, mais d’abord, kanpai !

Si cette scène de retrouvailles est franchement réjouissante et nous donne l’impression que tout est redevenu comme avant… La suite nous prouvera bien vite que ce n’est que ça : une « impression »…
Et voilà le premier gros reproche que je fais au film : malgré des échanges toujours aussi savoureux entre Richie et Eddie (qui portent à eux deux le film sur leurs épaules) et l’intérêt manifeste que porte Mike à sa bande de potes (enfin, quand on le voit apparaître à l’écran), l’alchimie entre les personnages est presque absente du film. C’est probablement à cause de Bill, Beverly et Ben, qui vivent une sorte de triangle amoureux inintéressant dans leur coin sans jamais réellement s’intégrer au reste du groupe…
Dommage, c’est ce qui faisait la force de l’histoire, à la fois dans le roman et dans le premier chapitre.

Mais retour au restaurant, où la bonne ambiance va de toute façon rapidement retomber quand Pennywise – assez sympa pour avoir attendu la fin du repas – décide de gâcher ces chaleureuses retrouvailles en révélant la mort de Stanley à ses amis d’enfance tout en leur envoyant des biscuits chinois maudits – le tout dans une de ces scènes mi effrayantes / mi grotesques typiques d’Andy Muschietti. (Mention spéciale à l’espèce d’araignée à tête de poupon ainsi qu’aux têtes chantantes flottant dans l’aquarium.)

Terrifiés, les membres se séparent : Eddie, Richie, Ben et Beverly retournent à l’hôtel tandis que Mike convainc Bill de le suivre à la bibliothèque (où il vit) : il a quelque chose de très important à lui montrer…
En effet, lors de ses différentes recherches et expéditions, il a fait la rencontre d’une tribu amérindienne, les Shokopiwah (cliché, vous avez dit cliché ?). Ces derniers lui ont montré comment Ça est apparu sur Terre en tombant du ciel il y a des milliers d’années, mais surtout… Ils lui ont révélé qu’il était possible de l’arrêter une bonne fois pour toutes.
Il n’en faut pas plus pour que Bill change d’avis et convainque le reste de la bande de rester afin de combattre leur vieil ennemi et de le tuer. Pour de bon cette fois-ci.

Came for James McAvoy, stayed for Bill Hader

Pour cela, chaque protagoniste devra trouver une Pierre d’Infinité son « artefact », un objet symbolisant son enfance qu’il devra ensuite sacrifier lors du Rituel de Chüd, seul moyen connu à ce jours pour détruire Ça.
Après avoir trouvé l’objet de Stanley (un bonnet de douche qu’il avait l’habitude de porter dans leur ancienne cabane pour se protéger des araignées), le reste du groupe de sépare, chacun partant à la recherche de son artefact, mais surtout, de ses souvenirs.

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… Pour mieux se séparer.

Et tous ont affaire à Pennywise, que ce soit dans le présent et / ou sous forme de flash-back :
■ Beverly rencontre la fameuse Mrs. Kersh, qui aurait pu être un sacré bon moment d’horreur si la révélation finale (seule chose qui n’a pas été divulgâchée par les bandes-annonces) ne consistait pas en une vieille femme à poil en CGI complétement raté
■ Richie (dont on entrevoit l’homosexualité refoulée) fait face à la statue de Paul Bunyan – le bûcheron sur la photo au dessus – qui prend vie et l’attaque, ainsi qu’à Pennywise, cette fois sous forme de clown, qui menace de révéler son « sale petit secret »
■ Bill retombe par hasard sur Silver, sa vieille bicyclette, qu’il achète à Stephen King himself (autant vous dire que j’étais surexcitée devant cette scène) puis récupère le bateau de Georgie dans la bouche d’égout où ce dernier l’avait perdu, se faisant attaquer par des… mains d’enfants zombies ? (en même temps, quel con de mettre son bras là-dedans, il croyait vraiment pouvoir sauver Georgie ? Qu’il sait pertinemment être mort depuis vingt-sept ans ?)
■ Ben se remémore une attaque de Pennywise sous forme de Beverly enflammée (au sens propre) qui veut lui voler un baiser #appelezlapolice
■ Eddie fait face (dans le passé comme dans le présent) au lépreux qui finit par lui vomir de la bile noire au visage. Au ralenti. Avec une musique des années 80 en fond sonore. (WTF Andy ?!)

Et c’est là que le découpage temporel de Muschietti montre des signes de faiblesse.
Alors que ce second chapitre intègre moult retours dans le passé, reprenant plus ou moins la structure originelle du roman, le résultat n’est pas vraiment au rendez-vous.

Tout d’abord, si j’ai adoré revoir le Club des Losers enfants, les flash-backs (censés se dérouler en 1989) posent des problèmes de temporalité : ça ne colle pas avec ce que nous montre le premier film, où à aucun moment il n’est fait mention des différentes rencontres avec Pennywise ou du refuge construit par Ben dans les Friches…
Mais surtout, c’est ultra répétitif.

Alors que je reprochais déjà au premier chapitre son enchaînement de scènes, je comprenais néanmoins la nécessité de montrer la rencontre entre les (sept) protagonistes et le clown. Ici, ils sont justement censé se réunir, et faire face à la bête ensemble… Mais non, ils se séparent, et le croisent tous un par un.
Du coup, un bon quart du film ne se résume qu’au schéma « Loser / flash-back / attaque de Pennywise / autre Loser / autre flash-back / autre attaque de Pennywise »… Et si c’est divertissant avec Beverly et Richie, quand on en arrive enfin à Eddie, c’est plutôt chiant, et on a hâte que ça se termine.

Aussi, je comprends maintenant pourquoi la forme préférée de Pennywise est celle d’un clown : le gars adore faire des entrée spectaculaires et se mettre en scène dans des situations rocambolesques… Le problème, c’est qu’il aime tellement ça qu’il en oublie carrément son but premier : nuire aux protagonistes. Et si Ça : chapitre 2 ne fait pas peur, c’est encore une fois à cause de sa structure ultra-répétitive (encore plus que dans le premier chapitre) mais aussi parce que la menace… N’en est plus vraiment une.
Notre monstre court après les protagonistes sans jamais les rattraper, restant sagement à quelques mètres de distance pour leur foutre les jetons sans trop les abîmer (bah oui, on a besoin d’eux pour la scène finale) et… C’est tout.
De plus, quand tout part à vau-l’eau, il suffit de se dire que ce n’est pas réel pour que tout danger disparaisse… Ah bon ? Maintenant ce ne sont que des illusions ? Rien n’est vrai ? C’est marrant, ça me rappelle ce que dit Pennywise à Bill dans le film précédent : « C’était pourtant assez vrai pour Georgie ! », pour lui prouver que ce ne sont pas que des illusions.

S’ensuivent quelques péripéties pas franchement utiles qui… Attendez… On parle d’inutilité ? Vous savez ce que ça signifie ? C’est le retour de Henry Bowers ! *musique guillerette et enfants qui crient de joie*
Et oui, notre psychopathe à mulet (récemment évadé d’un hôpital psychiatrique), fait une entrée soudaine dans l’intrigue (coucou Henry) pour être en être évincé tout aussi rapidement (au revoir Henry) sans faire vraiment de mal à personne, nous démontrant encore une fois à quel point il est useless (il était censé envoyer Mike à l’hôpital, mais le pauvre a déjà si peu de temps d’écran). (D’ailleurs, même l’attaque de Henry, qui est la seule mésaventure que vivra Mike en solo, est ridiculement courte… Tout ça pour qu’il se fasse en plus sauver les miches par Richie. Je vous ai dit que Mike était – censé être – le membre des Ratés le plus important de ce chapitre ?)
Sinon, un mioche se fait bouffer devant un Bill impuissant qui devient tout grognon et enfin, la petite bande se retrouve sous Derry, là où vit Ça. L’affrontement va avoir lieu.

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La longue, trop longue bataille finale.

La scène du « Oh non regardez ce qu’il fait à MES ABDOMINAUX ÉNORMES ET SECS DE BG ! ».

Si l’enchaînement de péripéties et la structure répétitive de l’histoire nous ont peu à peu fait sombrer, c’est la bataille finale qui assène le dernier coup de poing de l’ennui, celui qui nous assomme carrément.
Que. C’est. Long. Et pas forcément intéressant. Alors je vous le résume le début en quelques phrases :
Les Losers pratiquent le Rituel de Chüd selon les indications de Mike. Ça foire totalement, puisque leur ami leur a menti : le Rituel, correctement accompli, se solde inévitablement par la mort de tous les participants. Pennywise apparait alors sous sa forme la plus terrifiante : un CGI raté une (décevante) araignée géante.
L’arachnide sépare le groupe, les confrontant chacun à des illusions « terrifiantes » : Beverly, dans un bain de sang, se rend compte que Ben était l’amour de sa laïfe depuis le début ; Bill se débarrasse de la culpabilité de la mort de son frère ; Richie et Eddie servent de comic-reliefs dans une scène lourdingue presque copiée/collée du premier film ; et Mike… Se cache quelque part. Bah oui, on arrive à la fin du film, ce serait dommage de le développer un peu.

Et voilà le tout dernier gros reproche que j’ai à faire à Andy Muschietti : il en fait beaucoup trop. (Sauf quand il s’agit de mon gars Mike, là il en fait bien trop peu.)
Et c’est dans cette scène de bataille finale que ça se voit le plus.
Alors oui, certaines images sont plutôt fortes et marquantes, comme celle où Beverly et Ben se libèrent de leurs cauchemars respectifs pour se rejoindre l’un l’autre, et le petit poméranien auquel font face Eddie et Richie m’aura décroché un sourire d’une milliseconde…
Mais était-ce vraiment nécessaire ?
Même remarque pour l’araignée/Pennywise qui m’a complétement sortie du film tant elle semblait « fausse ». Où est l’organique là-dedans ? Le réel ? Ce sont des vraies bestioles que j’ai peur moi, pas de celles en plastique que l’on fout dans les fausses toiles en coton pour Halloween.
D’ailleurs, je ne pourrais même pas vous dire si Bill Skarsgård a été bon ou mauvais dans ce chapitre, tant les effets spéciaux débordent sur sa prestation.
Bref, moi qui voulais assister à un affrontement dantesque tout en émotion et en suspens, je n’ai eu droit qu’à un gloubi-boulga d’effets numériques tous plus visibles (et prétentieux ?) les uns que les autres.

Anyway, nos héros essayent donc tant bien que mal de survivre, coups et insultes pleuvent… Et arrive le moment inévitable où, voulant sauver Richie, Eddie est tué par Pennywise.
Et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Pour Georgie, pour Stanley, pour Eddie, et pour tous les autres, les Ratés décident d’en finir une bonne fois pour toute avec ce clown à la con : ils l’insultent alors jusqu’à le faire devenir minuscule, se saisissent de son cœur et l’écrasent entre leurs mains jointes. C’en est fini de Pennywise, le clown dansant, le dévoreur de mondes.
Et… Oui, c’est aussi grotesque que je le décris. Mais connaissant le matériau de base, je sais à quel point cette fin est compliquée à adapter alors… Ça passe pour cette fois, film. Tu as fait ce que tu as pu.

Pas le temps pour nos héros de célébrer leur victoire, ni même de pleurer la mort d’Eddie : le souterrain dans lequel il se trouve s’effondrant entièrement, ils s’enfuient à toutes jambes.
A l’endroit où se dressait auparavant l’effrayante maison de Neibolt Street ne restent maintenant qu’un tas de ruines, et de très mauvais souvenirs.

Privés une fois de plus de l’un des leurs, les Losers restants plongent dans le lac de leur enfance, se débarrassant ainsi du sang, de la poussière et de la mort qui les imprègnent.
Tous se remémorent alors en riant les bons moments passés avec Eddie. Tous… Sauf un. Encore bouleversé par ce qu’il vient de vivre, Richie laisse tomber son rôle de comique et se met à pleurer la perte de son meilleur ami et amour d’enfance. Et moi aussi du coup. Évidemment.

Arrive enfin la conclusion du film.
Alors que chaque Loser prend un chemin différent (sauf Ben et Beverly qui le prennent ensemble), le film se conclue par la lecture d’une lettre que Stanley a écrit avant son suicide et envoyé à ses vieux amis.
C’est un message d’amour, un message d’adieu, mais surtout un message d’acceptation qui, on le sent bien, est adressé aux Losers comme aux spectateurs qui s’y identifient… Et c’est beau putain.

Parce qu’au final, qu’est-ce que l’on retient de ce diptyque ?
Pour moi en tout cas, ce ne sont pas les moments de frousse, les prouesses techniques, ni même les défauts.
Les films ne font pas assez peur ? Tant pis. La fin est grotesque ? Tant pis. Bill a le charisme d’une huître ? Tant pis. Non, ce qui reste après deux tels films, ce qui est important, ce sont les émotions.
Parce que les films de Muschietti sont avant tout des films aux personnages attachants et émouvants, et c’est ce qui m’importe le plus. Ce sont des adaptations faites (j’en suis sûre) avec le cœur et toutes les meilleures intentions du monde, et rien que pour ça je le félicite.
Alors bien sûr, j’aurais préféré une fin plus convenable à cette histoire que j’ai tant aimé, certaines maladresses me font grincer des dents, et je sais qu’un gros potentiel a été perdu…
Mais au final, tant pis. Andy Muschietti m’a fait découvrir des personnages inoubliables, il m’a fait rire, il m’a même fait chialer le con, et au final, j’ai passé de très bons moments aux côté de personnages que j’ai terriblement aimé. Et ça me convient. Pas parfaitement, mais ça me convient.

« See, the thing about being a loser is : you don’t have anything to lose. So, be true. Be brave. Stand. Believe. And don’t ever forget : we’re losers. And we always will be. »

Alors au revoir les Losers, et merci. (J’vous aime putain.)

« A Monster Calls » : mon coup de cœur de 2018

Tous les soirs, Conor, 13 ans, se réveille à cause du même cauchemar horrible : celui avec l’obscurité, le vent et le cri.
Pour autant, le vrai cauchemar commence au réveil : son père, parti depuis des mois en Amérique, est presque devenu un étranger ; Harry et sa bande n’arrêtent pas de le harceler depuis le début de l’année scolaire, mais surtout… Même s’il ne veut pas se l’avouer, le traitement de sa mère n’a pas l’air de faire effet, et elle s’affaiblit un peu plus chaque jour.
Pourtant, un soir, tout bascule : un monstre – qui semble fait de l’if de son jardin – vient devant la fenêtre de sa chambre. Il lui explique qu’il viendra le voir, plusieurs fois, et qu’il lui racontera trois histoires. Quand ce sera fait, ce sera à Conor de lui raconter une quatrième histoire, mais pas n’importe laquelle : il devra lui dire la terrifiante vérité qui se cache au plus profond de lui.

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Une petite précision, puisqu’il faut rendre à Dowd ce qui appartient à Dowd : le roman a bien été écrit par Patrick Ness, mais il a été imaginé par l’écrivaine Siobhan Dowd, alors atteinte d’un cancer. Après sa mort prématurée en août 2007, c’est Patrick Ness qui a été contacté pour reprendre l’idée de l’écrivaine et le coucher sur papier.

Je vais le dire tout de suite : je pense qu’il y a des romans qui sont importants, qui doivent exister, et d’autres qui ne devraient jamais voir le jour. Même si je suis à 100% pour une littérature de simple divertissement, il y a des livres qui ne sont écrits que dans un but : faire de l’argent, et peu importe si – dans le cas de la littérature de jeunesse – ils sont encore plus abrutissants pour les enfants que la télévision.
A Monster Calls (traduit en France par Quelques minutes après minuit) est différent. En plus d’être excellent, A Monster Calls est important. (Lisez-le. SVP.)

Alors, par où commencer..?

Imaginez que vous êtes devant un film, mais que vous oubliez que tout est faux, que les protagonistes sont des personnages fictifs interprétés par des acteurs, et que vous les voyez comme de vraies personnes. C’est un peu ce que j’ai ressenti pendant ma lecture.
Les personnages sont terriblement bien écrits et réalistes.
Malgré leurs défauts (ou justement, grâce à eux ?) ils sonnent tous juste : la grand-mère de Conor est loin d’être une mamie gâteau, elle paraît parfois antipathique, mais la détresse qu’elle ressent face à la maladie de sa fille, les moments où elle est vulnérable n’en sont que plus bouleversants… Le père de Conor l’a abandonné pour vivre en Amérique avec sa nouvelle famille, mais on voit, on sent qu’il aime son fils et veut tout faire pour l’aider à supporter cette épreuve…
Ils sont aussi très attachants, surtout Conor (qui a ses propres défauts) et sa mère. On ressent l’amour qu’ils se portent l’un envers l’autre, et leur relation, très forte mais rendue compliquée à cause de la maladie, est tout de même très belle. On comprend rapidement le vide, l’épreuve insurmontable que ce serait pour Conor de la perdre…
Et puis bon, là je parle des personnages « humains », mais…

Le. Monstre. Est. TROP COOL !
La seule appréhension que j’avais avant la lecture du roman le concernait : vu qu’il s’agit d’un livre jeunesse, j’avais peur de tomber sur un gentil monstre de type Casimir ou Jacques Sullivan souhaitant nous apprendre que la vie n’est pas toujours rose bonbon mais qu’il faut apprendre à être heureux et gentil même avec les méchants parce que tout le monde a un cœur blah blah blah…
QUE NENNI ! (Ça m’apprendra à avoir des préjugés.)
Le monstre est ÉNORME, le monstre est SAUVAGE, le monstre fait FLIPPER Conor et le monstre menace de le BOUFFER bordel ! C’est trop cool !
Bon, après ils apprennent un peu à se connaître, et j’ai adoré leur relation pleine de sarcasme mais en même temps assez protectrice, et sans jamais tomber dans la niaiserie. (Il me semble même qu’il le menace encore de le tuer une fois ou deux s’il lui coupe la parole.)

S’il y a un autre très bon point que je tiens absolument à souligner, c’est que ce livre – jeunesse – ne prend pas son public – les enfants notamment – pour des idiots ou de petits êtres fragiles : les personnages ne vont pas devenir bons d’un simple coup de baguette magique, le monstre n’est pas un gentil nounours, ses fables sont originales et leurs morales – s’il y en a – ne sont pas les plus évidentes… Et puis bon, ça aborde des thèmes vraiment douloureux, on ne va pas se le cacher. (Le cancer, le deuil, le harcèlement, youpiii…)
Même la fin du roman est bien plus complexe – et surprenante – que ce que l’ont imagine de prime abord sur une histoire traitant de ces thèmes. Bien sûr, je ne vous spoilerai rien, mais honnêtement ça me fait mal de ne pas en parler tellement j’ai été surprise (en fait, ça m’a carrément fait l’effet d’un plot-twist). Donc si vous l’avez lu, n’hésitez pas à en parler – en précisant que vous allez spoiler – dans les commentaire ou autre, il en va de mon bien-être mental. Merci.

Enfin, j’aimerais parler des dessins de Jim Kay qui parcourent le livre – puisque j’ai eu le bon sens de commander la version illustrée : ils sont SUPERBES. Sombres, presque macabres, et en même temps poétiques, ils sont exactement ce qu’il faut pour accompagner cette histoire.
Le point fort de ces illustrations (en plus de leur BEAUTEY) c’est qu’elles en montrent assez pour se représenter plus facilement la scène, mais pas trop pour permettre à notre imagination de faire le reste.
Bref, même à ce niveau là c’est du tout bon. (Le seul désavantage, c’est que je ne suis pas sûre qu’il existe une version illustrée traduite en français… Mais pour ceux qui se sentent d’attaque, la version originale est franchement facile à comprendre !)

A Monster Calls est donc un EX-CE-LLENT roman que je conseille à tous, aux jeunes comme aux moins jeunes, et je pense que cette histoire peut littéralement aider des gens qui sont – ou ont été – dans la même situation que Conor, peu importe leur âge.

De « Game of Thrones » à « Chernobyl »

Game of Thrones saison huit

La huitième saison de Game of Thrones est nulle.
Alors oui, je sais, par souci d’objectivité, je devrais plutôt dire « Je n’aime pas la huitième saison de Game of Thrones« … Mais entre les incohérences, la régression de certains personnages, l’écriture bâclée et les gobelets Starbucks oubliés, la dernière saison de Game of Thrones est nulle. C’est un fait. C’est presque prouvé scientifiquement.
Je dois dire que je n’avais déjà pas aimé la saison précédente, avec ses téléportations, ses intrigues ridicules et ses personnages invincibles… J’avais pourtant eu un élan d’espoir, infime, pour le final de ma série préférée… Mais bon, on ne change pas une équipe qui gagne – ou qui perd dans ce cas-là – et ça a été… Très décevant.

Attention, ça va spoiler.

Pourtant, ça ne commençait pas si mal…
Les deux premiers épisodes, bien que lents, nous réintroduisaient les personnages, leurs enjeux et leurs relations dans des scènes parfois émouvantes, surtout pendant ce qui devait être leur dernière nuit sur Terre avant l’imminente « Battle of Winterfell ».
Le second épisode se payait même le luxe de nous offrir une nouvelle chanson originale, « Jenny of Oldstone », collaboration géniale entre Ramin Djawadi (ce mec est incroyable) et Florence and the Machine.
Puis est arrivé l’épisode trois, et avec lui, les premiers gros problèmes.
Entièrement consacré à la bataille spectaculaire voyant s’affronter les humains et les Marcheurs Blancs, peuple de l’hiver, de la nuit, de la mort et des ténèbres (bref, un truc costaud), l’épisode promettait de l’épique, de la violence, et une tristesse infinie pour ses spectateurs… Du Game of Thrones quoi ! Les chances de perdre des personnages importants et aimés étaient énormes, et certains (dont moi) commençaient déjà à préparer leur deuil…
Mais voilà, dans un mélange de fan-service et de volonté de déjouer nos attentes, les personnages principaux sont devenus invincibles, quelques personnages secondaires ont été sacrifiés pour élever un peu le quota de morts, Jon n’a servi à rien, et c’est Arya qui, en quelques secondes, a mis fin à une bataille attendue depuis des saisons – bataille qui ne la concernait d’ailleurs pas vraiment. Sans parler de la stratégie militaire absolument ridicule et insensée.

C’est beau, mais ça n’a aucun sens. (Enfin, quand on arrive à voir quelque chose, mais ça c’est un autre débat.)

A partir de là, ça a été la dégringolade.
Je ne vais pas vous exposer toutes mes critiques une par une, encore moins épisode par épisode : des tas de gens l’ont fait avant moi, ça rendrait cet article beaucoup trop long et j’ai terriblement la flemme, mais voici mon avis général :

Le plus gros problème de cette saison (et de la précédente), c’est son bâclage. Six épisodes, ce n’est pas suffisant. Dix n’auraient pas été suffisants.
Je veux dire, en trois épisodes, seulement trois petits épisodes, les trois plus grands antagonistes de la série se sont fait bolosser comme des débutants. Il aurait fallu au moins trois saisons pour ça !
De la mort du Night King à l’élection de Bran en tant que roi des Sept Couronnes en passant par le pétage de durite de Daenerys (prévisible, mais raté quand même), rien n’a correctement été introduit, développé ou résolu, et ce sont les personnages qui en ont le plus souffert.
Jon, notre héros, est devenu inexpressif et incapable de penser par lui-même ; Varys et Tyrion ont, comme Littlefinger avant eux, perdu la moitié de leurs cellules grises ; Jaime – pire gâchis – a régressé à ce qu’il était lors de la première saison, oubliant son long chemin vers la rédemption ; et Euron Greyjoy… Existe. Et c’est déjà bien trop.

Ajoutez à ça quelques effets de symbolisme bien gras (et inutiles) et des tonnes de facilités et autres incohérences scénaristiques et vous obtiendrez la pire saison de Game of Thrones jamais écrite, que même les sublimes musiques de Ramin Djawadi n’ont pas réussi à sauver. Dommage pour nous, c’était la dernière.
Et si la toute fin est plutôt belle, a fait battre mon petit coeur de #TeamStark, et aurait pu être une conclusion satisfaisante à la série, je regrette que le chemin pour y arriver ait été aussi pourri laborieux.

Bref, Game of Thrones est sans doute ma série préférée… Jusqu’à la saison six.
C’est une série exceptionnelle qui, lorsqu’elle n’est pas honteusement bâclée, nous offre des personnages complexes, des stratégies et trahisons à tout-va, une musique et une cinématographie superbes, et des retournements de situations qui laissent sur le cul. (Et oui, il y a bien évidemment des boobs et des dragons, si ça peut vous inciter à regarder…)

Mais malgré ma très grande capacité à faire abstraction des choses que je n’aime pas, à les oublier ou faire comme si elles n’avaient jamais existé (ce que l’on appelle communément le déni), cette dernière saison m’aura laissé comme un sale goût amère dans la bouche…
Pendant environ trois jours.
Ensuite, une lumière (radioactive) est apparue : lumière d’espoir pour le paysage télévisuel moderne, lumière de désespoir pour mon état émotionnel.
En effet, après s’être faits prendre pour des cons par les scénaristes de Game of Thrones, il était temps de devenir un peu plus intelligents, et, pourquoi pas, de comprendre comment le réacteur RBMK d’une centrale nucléaire peut exploser.
Vous l’aurez compris, me remettant à peine de la déception qu’a été Game of Thrones, j’ai découvert Chernobyl.

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Chernobyl

Et bordel si je m’attendais à ça.
C’était déprimant, c’était terrifiant, c’était rageant… Mais qu’est-ce que ça m’a passionnée ! Cette série m’a marquée plus que d’autres… Non, c’est LA série qui m’a le plus marquée à ce jour.

Reconstitution de la catastrophe du même nom par le réalisateur Craig Mazin, Chernobyl traite moins du nucléaire que des mensonges, de l’incompétence humaine ou encore de l’héroïsme et du sacrifice.
Idiots et héros ont marché côte à côte ce jour-là. Ou plutôt ces jours-là.

Attention, Chernobyl a beau être très réaliste et fidèle aux événements, ça reste une œuvre de fiction ; aussi, j’invite les plus passionnés – et les plus anglophones – d’entre vous à aller écouter The Chernobyl Podcast, disponible sur YouTube, où Craig Mazin discute de ce qui est fiction ou réalité dans chaque épisode.

Parce que Tchernobyl, ce n’est pas seulement le 26 avril 1986. C’est tout un tas de problèmes, et donc de moyens mis en œuvre pour limiter la catastrophe, le tout étalé sur des jours et des jours. Et par moyens, entendez le plus souvent « êtres humains ».
Des pompiers aux liquidateurs en passant par les infirmières, des tas de gens ont donné de leur temps, de leur force et de leur santé pour Tchernobyl. La série leur rend un puissant hommage, nous montrant toute l’horreur et l’injustice de la situation, sans tomber gratuitement dans le voyeurisme et le choquant.
C’est une bouleversante ode à la vérité.

D’un côté plus technique (parce qu’il faut bien passer par là), la cinématographie est superbe, et la bande-son poignante.
Tous les acteurs sont absolument incroyables : Jared Harris et Stellan Skarsgård, (interprétant respectivement Valery Legasov et Boris Shcherbina), sont époustouflants de justesse, et leur complicité crève l’écran ! (C’est bien simple, j’ai davantage cru en l’amitié entre ces deux là en moins de quatre épisodes qu’en l’amour entre Jon et Daenerys en deux saisons.)
Aussi, mention spéciale à Paul Ritter, mon coup de cœur personnel : le gars a l’air adorable dans la vraie vie, et il interprète ici un Anatoly Dyatlov exécrable et cynique, personnage que beaucoup détestent – à raison – mais qui pourtant me fascine.

Chernobyl m’a bouleversée.
C’est aussi pour ça que je vous écrit cet article : j’ai besoin d’en parler.
Bien sûr, j’ai déjà harcelé mon copain, ma famille et quelques amis pour qu’ils regardent la série (avec plus ou moins de succès d’ailleurs) et que je puisse en discuter avec eux, mais ça ne me suffit pas.
Les sites, les vidéos, les livres, je prends tout ce qui me tombe sous la main, tout ce qui pourrait étancher cette soif de savoir sur l’un des pires désastres que l’Homme ait connu – que l’Homme ait provoqué.
Injustice, souffrance, peine, des tas de choses me sont passées par la tête quand j’apprenais le destin de ces hommes et de ces femmes, de ces coupables, de ces héros, de ces innocents. Et ces choses ont du mal à en sortir depuis.
Aucune autre série, aucun autre événement historique ne m’avait autant donné envie de savoir. Ni ne m’avait fait sentir coupable de ne pas savoir.
Bref, Chernobyl m’a bouleversée. Et je remercie Craig Mazin et toutes les personnes qui ont fait de la série ce qu’elle est pour ça.

Voilà, j’ai envie de terminer cette chronique en beauté avec une petite citation (moins par manque d’originalité que par admiration pour l’écriture de la série), mais laquelle ?  Les dialogues de Chernobyl sont parmi les meilleurs que j’ai pu lire ou entendre de ma vie, que ce soit à la télé, au cinéma, dans les livres… Et choisir une seule citation parmi les dizaines qui me viennent en tête, ce n’est pas facile.
Je choisis alors la toute dernière, peut-être la plus terrible, celle qui résume sans doute au mieux le message de la série et je vous la mets en anglais pour ne pas l’entacher d’une quelconque erreur de traduction :

« To be a scientist is to be naive. We are so focused on our search for truth, we fail to consider how few actually want us to find it. But it is always there, whether we can see it or not, whether we choose to or not. The truth doesn’t care about our needs or wants. It doesn’t care about our governments, our ideologies, our religions. It will lie in wait, for all time.

And this, at last, is the gift of Chernobyl. Where I once would fear the cost of truth, now I only ask :
What is the cost of lies ? »

Valery Legasov, Boris Shcherbina, Aleksandr Akimov, Leonid Toptunov, Vasily Ignatenko, Anatoly Sitnikov et les centaines d’autres héros, anonymes ou non, je suis désolée de ne pas avoir connu votre histoire avant, de ne pas m’y être intéressée plus tôt… C’est promis, dès maintenant, je ne vous oublierai pas.

Vichnaya Pamyat.

« La Vague » : entre devoir de mémoire et débordement

Et non, contrairement à ce que l’on peut croire au vu du simple titre, La Vague n’est pas une espèce de roman feel-good estival ayant pour décor une plage de sable fin… Et c’est probablement une chose que vous ne trouverez toute façon jamais sur le blog.
Bref, oubliez les plages abandonnées, coquillages et autres crustacés, aujourd’hui on parle plutôt de ces charmantes inventions humaines que sont le totalitarisme et le fascisme. (Parce que l’Homme peut se montrer étonnamment créatif et prolifique quand il s’agit d’obtenir le pouvoir. Et de casser la gueule à son prochain.)
Oh, mais ne vous inquiétez pas, ici, pas question d’arrestations par milliers, d’exécutions sommaires, de camps de la mort et autres camps de travail, non non : dans La Vague, on parle de totalitarisme en tant qu’objet d’étude, que mécanisme de psychologie, plus précisément lors d’une expérience très intéressante qui se déroule dans un lycée américain…

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Tout a commencé avec un simple documentaire…
Lorsque Ben Ross, jeune et enthousiaste professeur d’Histoire, montre un documentaire relatant les horreur nazies lors de la Seconde Guerre Mondiale à ses élèves de terminale, il ne s’attend pas aux questions que cela soulève :
« Pourquoi les Allemands n’ont-ils pas arrêté les nazis ? »
« Comment ont-il pu les laisser assassiner dix millions de personnes pour ensuite affirmer qu’ils ne savaient rien ? »
« Comment ont-ils seulement osé dire une chose pareille ? »
Les élèves sont catégoriques : eux n’auraient jamais agi de la sorte.
Troublé par son incapacité à répondre à ces questions, Ben décide de mener une expérience avec sa classe, expérience consistant à leur faire peu à peu abandonner leur libre-arbitre au profit d’un mouvement dont il serait le leader… Et à sa grande stupéfaction, ils se prennent (trop) rapidement au jeu – tout comme lui.
Le mouvement trouvera vite un slogan : « La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action ! » ainsi qu’un symbole et un nom : « La Vague ».

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Dans les années 60, les États-Unis sont encore – à raison – hantés par la monstruosité des actes perpétrés par les nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale, et plus particulièrement par l’Holocauste : comment des milliers d’êtres humains ont-ils pu en torturer et massacrer des millions d’autres ?
De ce questionnement naitra – entre autre – l’expérience de Milgram, test psychologique (et pas de ceux que l’on retrouve dans Closer ou Gala) à base d’élèves, de professeurs, d’ordres et de (fausses) décharges électriques, cherchant à savoir si l’être humain, poussé par une figure d’autorité, est capable de faire du mal à autrui simplement parce qu’on le lui ordonne. (Spoiler alert : c’est le cas, et les résultats sont plutôt inquiétants… Mais je vous encourage à vous renseigner plus amplement là-dessus, c’est à la fois hyper simple et très intéressant !)
Si je vous parle de l’expérience de Milgram, ce n’est pas simplement pour étaler le peu de culture que je possède en matière de psychologie, mais parce que quelques années plus tard, une autre expérience similaire aura lieu, découlant du même questionnement mais se déroulant cette fois-ci dans un lycée américain : la troisième vague. Dont La Vague est la retranscription romancée.
Je ne vous en dis pas plus sur le déroulement de ladite expérience – puisque c’est ce que vous retrouverez dans le roman – mais les résultats finaux ont encore une fois été plutôt alarmants, et le professeur Ron Jones, à l’origine de la troisième vague, en parlera en ces termes : « Il s’agit de l’évènement le plus effrayant que j’aie jamais vécu dans une salle de classe. »

Voilà, après cette longue (mais selon moi nécessaire) mise en contexte, il serait temps d’en parler, de ce fichu roman !
Eh bien… Je l’aime beaucoup. Je trouve l’histoire fascinante, les personnages sont attachants, l’écriture est simple et fluide… Le seul problème que j’ai, c’est que je ne sais pas quelle part de cet amour je dois à Todd Strasser, l’auteur. Après tout, il n’a fait que romancer une histoire et des personnages déjà existants, qui avaient par ailleurs déjà été adaptés dans un téléfilm de 1981. Le roman de Todd Strasser serait donc l’adaptation de l’adaptation de l’expérience en elle-même… Et je ne sais pas où me situer par rapport à ça.
L’auteur a t-il eu à simplement recopier ce qu’il voyait ? Le travail lui a t-il été prémâché ? Ou a t-il fait de véritables recherches pour son œuvre ? Et est-ce qu’au final je ne me poserais pas trop de questions pour rien ? Eh bien je ne sais pas.

Ce que je sais en revanche, c’est qu’il y a tout de même quelque chose que je ne pourrais jamais retirer à Strasser : il a réussi à rendre l’œuvre – et donc l’expérience et tout ce qui s’en rapporte – extrêmement abordable, même pour les plus jeunes. Enfin, pour des collégiens. Ou des enfants de moins de dix ans très intelligents.
En choisissant de mettre en scène un décor et des personnages que l’on connait bien (pour ne pas dire stéréotypés) tels que la jeune rédactrice du journal du lycée qui n’a que des bonnes notes, son petit-ami le footballeur populaire ou encore le loser de la classe, cancre discret que tout le monde trouve bizarre, Todd Strasser permet au jeune lecteur de s’ancrer plus facilement dans un récit dont il n’a peut-être pas l’habitude, mais dont les protagonistes lui sont familiers.
Il en va de même pour le style : ici, pas de fioritures ou de décorations futiles : le sujet est plus important.
Avec une écriture simple, fluide, un peu d’humour et un nombre de pages très limité (deux-cent vingt pages dans mon édition de poche, écrit en gros caractères), les obstacles à la compréhension sont peu nombreux, et on va droit au but.
C’est d’ailleurs pour cela que, même si rien ne l’indique, La Vague est pour moi un roman jeunesse, que les enfants peuvent lire que les enfant devraient lire, puisqu’il n’est jamais trop tôt (ni trop tard) pour comprendre les dangers d’idées telles que le fascisme, le totalitarisme, le nazisme… Et surtout pour comprendre qu’il est bien plus facile de tomber du mauvais côté que ce que l’on croit… Afin de l’éviter.
(Eh, il suffit de voir les cours d’Histoire dans les écoles : une heure à parler de collaboration et de Résistance, et vous vous retrouvez avec une classe entière de gosses de dix ans qui vous affirment qu’ils auraient tous été des petits Jean Moulin en puissance.)

Parce que l’on en arrive enfin à ce que j’ai préféré dans La Vague : l’évolution psychologique des personnages.
Ça me fascine de voir à quel point il est facile de transformer une classe tout à fait banale en microcosme totalitaire, et je trouve ça très intéressant de voir les différentes raisons – pas toujours mauvaises – qui poussent les élèves à adhérer au mouvement :

■ le cancre de la classe, par exemple, adore La Vague : il y est enfin pris au sérieux par ses camarades puisque, pour une fois, il se trouve dans un domaine où il se débrouille bien mieux qu’eux

■ d’autres élèves se sentent appartenir à une communauté, un groupe uni où ils sont plus forts et où la course ridicule à la popularité n’a plus lieu d’être

■ d’autres encore n’apprécient pas le mouvent, mais la pression et la psychologie de foule l’emportent. Que faire lorsque tout le monde va à l’encontre de votre avis ? Devenir le mouton noir de la classe ? S’il y a bien une chose que nous ont appris les séries américaines, c’est qu’aux États-Unis, la réputation d’un lycéen vaut plus pour lui que… N’importe quoi.
Et puis après tout, pourquoi choisir de nager à contre-courant quand il est tellement plus facile de suivre la vague ?

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Parce que La Vague a beau être un roman très abordable et traité de manière plutôt « gentillette », après une telle lecture, une question, désagréable, de celle que l’on n’a pas envie de se poser, flotte tout de même dans l’air et trotte dans la tête pendant un long moment… Une question qui vaut autant pour l’expérience de la troisième vague que pour celle de Milgram, et que l’on peut même se poser lorsque l’on s’imagine les horreurs des guerres passées :
« Et si ç’avait été moi ? »

Dans « Misery », l’horreur est humaine

Tout allait remarquablement bien pour l’écrivain Paul Sheldon : il venait de tuer Misery Chastain, une héroïne romantique victorienne, personnage principal d’une saga éponyme qui lui a valu un immense succès, mais qu’il ne supportait plus. Encore mieux : il était sur le point de montrer à son éditeur la première version de son nouveau livre, bien plus sérieux, celui dont il rêvait.
Seulement, une bouteille de Dom Pérignon, une grosse tempête et une énorme dose de malchance plus tard, Paul a un accident et se retrouve chez Annie Wilkes, une ancienne infirmière, avec les jambes broyées.
Heureusement pour lui, Annie est une de ses plus grandes fans, et fait tout ce qu’il faut pour qu’il se rétablisse. Malheureusement pour lui, c’est aussi une grande psychopathe qui ne jure que par Misery, l’héroïne que Paul vient de faire mourir…

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Une petite ferme au milieu de nulle part. Deux personnages. Et c’est tout. Il n’en faut pas plus à Stephen King pour pondre un excellent roman, un huis clos haletant, terrifiant, où la tension ne redescend jamais.

Tout d’abord, il y a Paul, l’écrivain. Personnage plutôt banal, il peut même sembler antipathique au début, mais on ne peut rester de marbre devant les supplices qu’il endure, la force et la débrouillardise dont il fait preuve pour se sortir de cet enfer. Même s’il a parfois des moments de faiblesse – avec deux jambes explosées c’est plutôt normal – et qu’il songe de brefs instants à renoncer, on ne peut que compatir à sa douleur, sans le juger, parce qu’après tout, qu’est-ce qu’on aurait fait à sa place ? (Qui est la question qui, si on se la pose – et on se la pose forcément à un moment – rajoute un degré d’horreur à l’histoire.)
Au final on ressent un profond sentiment d’empathie pour lui, on veut le voir réussir, on l’encourage tout bas, dans notre tête, et on ne se trouve plus dans notre chambre, à notre bureau ou dans notre bus, on n’est plus en train de lire un roman : on est avec Paul, dans ses pensées, dans une petite ferme paumée, loin de tout… Le roman nous happe, nous fait oublier l’extérieur, le monde réel, et on contemple, impuissant, les tentatives de l’écrivain pour s’échapper, ce qui est loin d’être facile, et semble parfois même impossible…

Parce qu’en face de lui, il y a Annie. Annie Wilkes, l’ancienne infirmière, la plus grande fan, le « Dragon femelle », celle qui n’a pas peur de tuer. Eh, ça ne serait pas sa première fois. Loin de là.
King a très bien géré l’écriture de ce personnage, faisant de cette simple bonne femme l’une de ses créatures les plus cauchemardesques. (Alors qu’il a tout de même à son palmarès un hôtel hanté, un alien mangeur d’enfants ou encore un magicien maléfique.)
Et savez-vous ce qui la rend aussi effrayante ? Son imprévisibilité.
Souffrant VISIBLEMENT de troubles mentaux, couplés à quelques phases de dépression, elle est capable de vous cuisiner votre plat préféré avec amour pour, quelques minutes plus tard, VOUS PRIVER IRRÉMÉDIABLEMENT D’UNE PARTIE DE VOTRE CORPS PAR EXEMPLE. Tout ça parce que vous avez dit un mot de travers – sûrement une grossièreté, Annie déteste les mots grossiers. (Je ne dis pas que c’est ce qu’elle fait dans le roman, ce n’est qu’un exemple pour vous montrer qu’elle peut littéralement passer d’un extrême à l’autre.)
Ce qui rend également Annie aussi redoutable, c’est qu’au premier abord, et comme Paul Sheldon, on la sous-estime. Cette femme, qui n’est pas jolie, vieillissante, qui vit presque seule dans sa ferme (avec pour seule compagnie ses quelques animaux dont sa truie adorée) et qui passe son temps à dévorer des romans à l’eau de rose un peu niais… Elle n’est pas si dangereuse que ça, si ? Bon, elle nous démontre vite le contraire, mais tout de même, elle est un peu idiote non ? Paul réussira forcément à l’amadouer, elle qui l’adore ? Et c’est la deuxième erreur. Malgré les préjugés qu’on peut avoir sur elle, Annie est loin, très loin d’être bête. Quand on pense l’avoir comprise, voire même déjouée, on se rend compte qu’elle a au final deux tours d’avance sur nous. Folle, mais pas idiote.

Un autre aspect intéressant du livre – et souvent abordé dans la biographie de King – est la relation entre l’écrivain et son œuvre. (Mais je ne peux pas trop développer là-dessus pour ne pas spoiler l’intrigue.)
Au début du livre, Paul détestait Misery : il souhaitait absolument s’en débarrasser, et c’est ce qu’il a fait en la tuant dans son dernier tome. Cependant, elle sera, avec l’écriture, l’un des seuls éléments permettant à l’auteur de ne pas totalement perdre la tête, de ne pas abandonner et renoncer à la vie. Et ça c’est BEAU.

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Misery a donc été pour moi une excellente lecture que je recommande à tous les amateurs du genre ou de l’écrivain !
En même temps c’est un des « classiques » de King, l’avoir autant aimé ne m’a franchement pas étonnée. Au fait, vous savez que j’adore cet auteur ? Non parce que je pense que je ne l’ai dit qu’une trentaine de fois pour l’instant.

Ma déclaration d’amour à « Harry Potter »

Je m’appelle Marie, j’ai – à l’heure où j’écris ces lignes – vingt-et-un ans, et je suis fan de Harry Potter. Quelle originalité hein ?
Oui, comme des milliers d’autres, je me suis créée un compte sur Pottermore (pour perdre le mot de passe quelques jours plus tard), j’ai fait le test pour connaître ma maison, celui pour connaître mon Patronus, j’ai mon écharpe rouge à rayures jaunes, mon collier des Reliques de la Mort, mes livres sont jaunis et usés à force d’être lus et relus, et j’ai patiemment attendu la lettre qui m’enverrait à Poudlard. En vain, bien évidemment.
Harry Potter – la saga, pas le petit sorcier lunetteux que je ne peux imaginer autrement qu’avec le faciès de Daniel Radcliffe – a été pour moi une source d’émerveillement et de réconfort infinie, et c’est pour ça que je lui dédie cet article.

Je crois que j’avais sept ans quand j’ai découvert l’histoire du sorcier qui vit sous l’escalier. J’avais emprunté (sans intention de rendre) Harry Potter à l’école des sorciers à mon grand-frère, et ça a été le coup de foudre. Enfin je crois. C’était il y a plus de dix ans quand même. Mais ce que je sais, c’est que j’adorais ce livre, outrepassant même le règlement familial du « Dodo à 21h00 » pour pouvoir poursuivre ces aventures qui me passionnaient tant.
Les livres Harry Potter n’ont pas été les premiers que j’ai lus, évidemment, mais ils ont été mes premiers romans « de grands ». Je n’avais jamais connu ça auparavant. Je ne savais pas que des livres pouvaient autant me faire rire, pleurer, que je pouvais autant m’attacher à des personnages fictifs…
Aussi, la notion de « plot-twist » m’était totalement inconnue, alors je peux vous dire qu’à la fin de chaque livre, j’étais comme ça :

(« Keuwa, c’était le rat depuis le début ?! » – Marie, sept ans.)

Bref, quand j’ai découvert Harry Potter, ça a été… Magique. Sans mauvais jeu de mots.
La première rencontre avec le monde des Sorciers, sur le Chemin de Traverse, m’a juste émerveillée avec ses boutiques de balais volants, de baguettes magiques, de grimoires, d’animaux… Me dire que Londres recelait une partie secrète, pleine de sorciers, de créatures et d’objets magiques, cachée mais pourtant juste sous notre nez… C’était extraordinaire.
Et puis j’ai découvert Poudlard. Et j’ai rêvé d’étudier à Poudlard.

Certes, le risque de se faire pétrifier/manger l’âme/torturer/tuer (ou pire, renvoyer !) est un peu plus grand chaque année, mais outre ce détail insignifiant, Poudlard, ça pète la classe.

Enfin je veux dire… Apprendre des sorts géniaux, s’occuper d’un hippogriffe, participer assister aux matchs de Quidditch, passer des heures à la Bibliothèque ou dans la Salle Commune, avoir un hibou, ALLER A PRÉ-AU-LARD, FÊTER HALLOWEEN AVEC DES FANTÔMES !
Excusez-moi, mes vieux rêves d’enfance remontent, je m’emballe. Mais Poudlard, ça pète la classe.
Jamais aucun autre univers ne m’a autant donné envie de plonger dans les pages d’un livre… Je veux dire, LITTÉRALEMENT plonger dedans, et atterrir dans un autre monde. Et pourtant, ce n’est même pas ce que je préfère dans les romans de J.K. Rowling.
En effet, si j’ai eu envie de visiter le monde des Sorciers avec ses hiboux facteurs, son école magique et ses créatures, ce sont ses personnages qui m’ont donnée envie d’y vivre.

Comme je vous le disais juste ici, « personnages fictifs > personnes de la vie réelle ». Et ça n’a jamais été aussi vrai que dans Harry Potter.
La petite moi de sept ans (et celle de vingt-et-un ans) aurait rêvé aller en cours avec Harry, Ron et Hermione, les sécher avec Fred, George et Lee, rejoindre l’Armée de Dumbledore pour faire un pied de nez à Ombrage pour ensuite intégrer l’Ordre du Phénix aux côtés des plus grands sorciers tels que Sirius Black, Remus Lupin ou Nymphadora Tonks… Et tout ça, je l’ai en partie réalisé, grâce aux livres.
J’ai haï Voldemort, pardonné Rogue, pleuré la mort de Dobby, gagné la coupe des Quatre Maisons (chaque année) avec les Gryffondor…

Je n’ai jamais eu de problèmes dans mon enfance, mais quand il le fallait, Harry, Ron, Hermione et les autres étaient là pour moi. Et ils le sont toujours, d’une certaine manière, puisque je suis sûre que sans eux, je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui. (Eh oui, certains livres ont ce pouvoir.)

J.K. Rowling a un don pour créer des êtres réalistes, terriblement attachants, avec leurs qualités et leurs défauts, voire même leur part sombre, des personnages que l’on aimerait réels…
Mais d’ailleurs, le terme « personnages » leur convient-il encore ? Est-ce qu’ils ne deviennent pas, au fil des lectures et relectures, des amis, une famille, et même des ennemis faits autrement que d’encre et de papier ? 
Peu importe le nombre de romans que je lis, je ne me sens jamais aussi bien que quand je les retrouve, prête à repartir pour une aventure que je connais par cœur et que j’appréhende pourtant avec la même excitation que si c’était la première fois.
Poudlard est ma deuxième maison, et n’ai pas les mots pour exprimer à quel point ceux qui y vivent me sont précieux.

Alors oui, les romans, l’univers et les personnages m’ont émerveillée… Et ils m’ont brisé le cœur.
Quand je disais plus haut que je ne savais pas que des livres pouvaient autant me faire pleurer, je ne mentais pas : c’est devant Harry Potter que j’ai versé mes premières larmes de lectrices. Et que j’ai appris que mes personnages préférés pouvaient mourir. (Eh, de mes cinq personnages préférés, quatre trouvent la mort, et le dernier perd son oreille. Et son jumeau. Du coup je peux vous dire que j’ai retenu la leçon.)
Aussi, jamais quitter un livre ne m’a laissée avec un tel vide en moi, une telle tristesse de devoir quitter un monde et des personnages – de devoir quitter un foyer et des amis.
Quand je repose le dernier tome, je ne sais pas quoi faire. Je ne peux pas lire autre chose, pas après ça. Pas après avoir vu Harry, Ron Hermione et les autres grandir, combattre, aimer, perdre et gagner. J’ai grandi avec eux, je grandis un peu plus à chaque fois que je les retrouve, je ris et je pleure à leurs côtés, et même si pour certains tout ça n’est qu’une histoire, pour moi, c’est bien plus.
Et pour ça, je n’ai qu’un mot à dire : merci.

« 54 minutes » de Marieke Nijkamp

10h00. C’est le début du semestre au lycée d’Opportunity dans l’Alabama. Chacun vaque à ses occupations et a ses propres inquiétudes.
Claire, sportive de haut niveau, s’entraîne sur la piste gelée en pensant à sa future carrière militaire.
Tomàs et son meilleur ami Fareed ratent le discours d’encouragement de la principale pour se faufiler dans son bureau.
Autumn, elle, ne rêve que de fuir la ville, son père et son frère, violents, pour aller en école de danse.
Sylvia, sa copine, n’est pas encore prête à la voir partir.
Quant à Tyler… Tyler ne souhaite qu’une chose : qu’on l’écoute. Et pour ça, il est prêt à tout, surtout à tuer
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Vous l’aurez peut-être compris en lisant mon résumé, d’autres avis, ou même en voyant la couverture du roman qui est plutôt explicite : ce livre nous plonge en pleine fusillade dans un lycée des États-Unis.
Et le verbe « plonger » n’est pas choisi au hasard ; on est en apnée durant certains passages tant la tension et le suspens sont énormes ! Et comme on ne connaît pas les pensées de (ce CONNARD de) Tyler, on ne sait jamais qui va vivre et qui va mourir, au niveau des personnages secondaires comme des principaux.

Et d’ailleurs, parlons-en des personnages : 54 minutes est un roman choral et, durant les 54 terribles minutes que vont durer la tuerie, on connaît les moindres pensées, faits et gestes des quatre protagonistes Claire, Tomàs, Autumn et Sylvia. Si le roman choral peut en dérouter ou décourager certains, pour moi c’est totalement l’inverse, d’autant plus que les personnages sont le gros point fort de ce roman.
Ils sont tous variés et très attachants, de par leur histoire difficile, leur courage, et surtout l’amour qu’ils se portent les uns aux autres.
Et je ne parle pas que des personnages principaux ! La même remarque est valable pour certains personnages secondaires comme Fareed, le meilleur ami de Tomàs donc, ou Matt, le jeune frère de Claire.

Les quatre voix principales ne sont d’ailleurs pas les seules à nous raconter la tuerie puisqu’entre chaque chapitre, quelques pages nous montrent les messages envoyés sur les réseaux sociaux : des tweets, des SMS, ou encore des articles de blogs permettent de poser un autre regard – souvent plus extérieur – sur la situation.
Il y a les tweets d’avant la fusillade, banals, où les élèves s’ennuient. Puis, les premiers coups de feu retentissent, certains demandent de l’aide au monde extérieur, pendant que le monde extérieur pense tout d’abord à un canular. Ensuite, certains veulent savoir ce qu’il se passe dans le lycée, d’autres implorent des nouvelles de leurs proches, puis arrive la presse, à l’affût du moindre scoop, toujours plus insistante…
La situation dégénère, et le lecteur est témoin, impuissant, de tous ces proches dont la tristesse et l’inquiétude augmentent peu à peu jusqu’à devenir insoutenable. 

Arrive enfin l’épilogue, il y a beaucoup moins de voix, certaines se sont définitivement tues.
C’est le moment du bilan, c’est émouvant, mais c’est aussi le moment où les survivants se rassemblent, c’est la vie qui continue… C’est beau putain. Mais qu’est-ce que c’est triste.
Parce que oui, au cas ou vous en douteriez, l’histoire de gosses qui se font fusiller un à un par un malade, c’est vraiment triste.
Et, même si, honnêtement, j’ai vu les ficelles de l’auteure, je sais évidemment que les personnages, les témoignages, le moindre mot est choisi – entre autre – pour faire vibrer la corde sensible chez le lecteur… Bah oui bon, j’ai versé une larme (et même DES larmeS) à la fin. Voilà, c’est dit. (Ne me jugez pas.) (Je dis que je pleure dès ma première critique, bravo la belle image qu’on va se faire de moi.)

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Bref, vous l’aurez compris, pour moi, 54 minutes est un énorme coup de cœur, c’est un très bon premier roman de Marieke Nikjamp, qui est une auteure que je vais suivre de plus près.
Alors si le roman à plusieurs voix ne vous fait pas peur, si vous êtes prêts à plonger en enfer durant 54 minutes, je vous conseille énormément ce livre qui traite d’un sujet tragique mais qui sera malheureusement TOUJOURS d’actualité. (Mais munissez-vous d’un mouchoir. Ou pas, bande d’insensibles.)

Pourquoi c’est cool de lire

Alors oui, si vous êtes sur mon blog (de littérature majoritairement), vous n’êtes sûrement pas de ceux qu’il faut convaincre que lire, c’est trop cool.
Néanmoins, c’est un sujet que j’avais envie de traiter, en plus ça peut être sympa comme premier article, et c’est mon blog, je publie ce que je veux, nameho. (Et puis j’ai secrètement l’espoir de convaincre mon petit frère, s’il passe par ici, de se mettre enfin à lire les Harry Potter ; pour l’instant la méthode du harcèlement n’a pas fonctionné, mais je ne perds pas espoir.)
Alors sans plus tarder, voici sept bonnes raisons de vous mettre – ou de vous remettre – à lire ! (Et de ne jamais vous arrêter.)

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Parce que le monde, c’est de la merde. (Commençons dans la joie et la bonne humeur.)

Est-ce que, parmi ceux qui ont lu la saga Harry Potter, certains n’ont jamais souhaité se rendre à Poudlard ? Et pour les lecteurs de Tolkien, la Terre du Milieu ne vous a jamais fait rêver ?
Un livre, c’est un portail vers un autre monde, parfois réaliste, parfois merveilleux, parfois sombre, mais où le dépaysement est assuré.
Un livre, c’est également un portail dans le temps, qui vous emmène aussi bien résoudre des meurtres aux côtés de moines du douzième siècle que dans le futur où la planète Mars a été colonisée et où les androïdes se mélangent aux humains.
Bref, lire, c’est voyager où on veut, quand on veut, et sans jamais avoir de problèmes avec la SNCF.

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Parce que plein d’études scientifiques l’ont prouvé : lire, c’est bon pour la santé.

Vous vous en doutez sûrement déjà, et vous en avez peut-être même fait l’expérience à l’école : lire accroit considérablement le vocabulaire et les connaissances. C’est tout bête : plus vous lisez, plus vous apprenez de nouvelles choses et de nouveaux mots.
Mais est-ce que vous saviez que la lecture est également un excellent antistress ? Quelques minutes plongé dans un livre et votre tension musculaire baisse, pareil pour votre rythme cardiaque, et vous vous sentez bien. Vous perdre dans un livre est le meilleur moyen de vous détendre, encore plus qu’écouter de la musique ou marcher.
La lecture améliore également la mémoire, la concentration, la capacité d’analyse, mais aussi l’empathie, en aidant les lecteurs – qui lisent surtout de la fiction – à plus facilement comprendre les autres, leurs émotions, et à se mettre à leur place.
Enfin, plus vous lisez de livres, et plus vous développez votre imagination et devenez créatifs.
Donc en gros, les livres vous rendent plus intelligents. (Et au pire, ils vous donnent l’impression de l’être.)

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Parce que c’est un loisir très pratique.

Déjà, ça ne coûte pas cher. (Sauf si vous comptez absolument avoir l’un des sept exemplaires des Contes de Beedle le Barde écrit et illustré à la main par J.K. Rowling, mais là vous abusez.)
Un livre de poche coûte généralement moins de dix euros, mais vous pouvez trouver des livres encore moins chers dans les brocantes, en emprunter à votre famille, à vos amis, et la bibliothèque est un endroit magique pour les lecteurs r̶a̶d̶i̶n̶s̶ qui ont besoin de faire des économies.
Autre avantage : vous n’avez besoin que d’un livre. (Ou d’une liseuse.) Pas besoin que la météo soit bonne, qu’Internet fonctionne ou même que vous soyez en bonne condition physique pour lire. Juste. Un. Livre.
Enfin, la lecture, c’est où et quand vous le voulez. Vous vous ennuyez vingt minutes dans la salle d’attente de votre médecin ? Vous pouvez lire. Vous avez un trajet de deux heures à passer dans un train ? Vous pouvez lire. Eh, même si vous voulez vous plonger corps et âmes pendant des heures et des heures dans la lecture, vous le pouvez, ce n’est pas l’activité la plus fatigante au monde…
Et vous en connaissez beaucoup, vous, des loisirs que vous pouvez pratiquer où vous voulez, quand vous voulez, et pour pas cher ?

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Parce que plus vous lisez, plus vous avez de chances de connaître les livres que je chronique.

Et plus vous avez de chances de me laisser un commentaire. CQFD.

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Parce que les livres vous offrent des sujets de conversations hyper intéressants.

Avis, genres, auteurs, messages, styles, sagas, personnages, adaptations… Il y a des TONNES de choses à dire sur un seul livre, et des tonnes de personnes qui adorent en parler. (Moi la première.)
Avec Internet, il y a forcément moyen de trouver des gens avec qui discuter, que ce soit sur les blogs, les pages et groupes Facebook, #bookstagram, YouTube, les forums… En plus, ces gens étant des lecteurs, ils seront forcément géniaux, puisque cultivés, intelligents et sensibles. (Se référer à mon deuxième point.)

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Parce que les personnages fictifs sont tellement mieux que les personnes réelles.

Comme j’aurais aimé passer mon année scolaire avec Harry, Ron et Hermione (et Fred et George), pour ensuite passer mes vacances à la colonie des Sang-Mêlés avec Percy, Annabeth et Grover. J’aurais adoré casser du monstre avec le Bourbon Kid, discuter avec Holden Caulfield ou faire un gros câlin à John Coffey…
Et encore, je ne parle ici que des désirs futiles d’une fille pour qui tout va bien, mais combien de personnes n’ont eu jamais eu d’autres amis que ceux qui habitent les pages de leurs romans ? Combien d’enfants et adolescents se sont enfin sentis « normaux » après avoir découvert Charlie Kelmeckis, Aristote Mendoza ou Dante Quintana ? Combien se sont identifiés aux membres du Club des Losers ?
Dans la vie, la « vraie » vie, les gens sont à peu près tous les mêmes : ils sont mariés, ont deux enfants, un chien, une maison, et leurs journées se résument au classique « métro/boulot/dodo ». Ce n’est donc pas toujours facile d’avoir des modèles à qui s’identifier quand on se sent un tant soit peu différent, encore moins dans nos connaissances proches, et les personnages fictifs sont parfois les seuls à pouvoir jouer ce rôle. Qu’ils soient banals, discrets, différents, populaires ou mis à l’écart, ils réussissent souvent à vaincre l’adversité, à surmonter les obstacles les plus difficiles, et peuvent servir de modèle à tous, aux plus jeunes comme aux plus vieux.
Et pour ça, je les remercie d’exister.

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Parce que vous pouvez faire du chantage au spoil sur des tas de films et de séries.

Alors je sais, c’est pas sympa, mais la vie est dure, les gens sont parfois des cons, et le recours au spoil est toujours moins grave qu’un meurtre… N’est-ce pas ?
(Attention, Moonlight Reads se dédouane de la perte de vos amis après l’application de ce conseil.)

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Bref, lire c’est trop cool, et je n’ai pas vraiment de conclusion, alors je terminerai avec cette citation : « Les livres sont des instruments de magie portables qui n’ont pas leur pareil… Un livre est un rêve que l’on tient entre ses mains, c’est aussi à boire et à manger : l’esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas. Un lecteur vit un millier de vies avant de mourir, et celui qui n’aime pas lire n’a pas trouvé le bon livre. » – Stephen King Gaiman Hugo R. R. Martin Rowling.
Zou-bis !