« The Grip of It » de Jac Jemc : une maison hantée mortellement… Ennuyeuse

#bookstagram a encore frappé : après des semaines passées sur Instagram à voir ce livre dont les éloges tombaient par dizaines, et dans le mood pour lire une histoire de maison hantée, j’ai finalement acheté The Grip of It sur un coup de tête – mais avec une furieuse envie de le lire. C’est pour ça que, dès que je l’ai reçu, je me suis jetée dessus et l’ai fini en à peine une journée.  (Non en fait il a traîné des mois sur ma bibliothèque et j’ai mis DEUX SEMAINES à lire ce minuscule roman.)
Pourquoi avoir mis autant de temps ? Parce que je l’ai trouvé nul.
Pour tout vous dire, la seule chose que j’ai aimé dans ce livre, c’est sa couverture, que j’ai trouvé super belle. C’est tout.

Un ennuyeux jeune couple, Julie et James, s’installe dans une nouvelle maison afin de s’éloigner des problèmes de jeu de James, mais aussi pour prendre un nouveau départ. 
Seulement, assez rapidement, il se passe des choses plutôt étranges : le couple trouve des espaces entre les murs de la maison, des tâches apparaissent un peu partout, dans la maison comme sur le corps de Julie, qui se couvre peu à peu d’ecchymoses.
Ensemble, ils vont tenter de trouver une réponse à ces événements, peut-être liés leur très étrange – et antipathique – voisin, mais ils vont également essayer de préserver leur couple et leur santé mentale.

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Mon premier problème avec ce roman, c’est que les personnages sont inintéressants au possible : ils nous sont, je trouve, mal présentés, et ont très peu de personnalité – surtout Julie.
Leur couple n’est pas attachant, ensemble ils ne sont ni drôles, ni mignons, on les sent à peine amoureux… C’est simple, si j’ai continué ma lecture, c’est avec l’espoir qu’ils allaient finir par se séparer, ou MIEUX, s’entre-tuer avant la fin du roman. Bon, je ne vais pas vous dire s’ils restent ensemble ou pas, mais niveau tuerie, je suis plutôt déçue. (En même temps, il se passe tellement peu de choses dans cette maison qu’avoir espéré un massacre me semble maintenant bien trop optimiste.)

Parce que c’est bien ça mon plus gros problème avec The Grip of It : c’est carrément ennuyeux. Les manifestations surnaturelles ne sont vraiment pas intéressantes, on en attend plus et surtout… Ça ne fait pas peur. Et pour un roman d’horreur, c’est tout de même BALLOT. (Bon, d’accord, j’ai lu Shining, et peut-être que ça place la barre un peu haut pour les futures histoires de maisons hantées, mais quand même…)

La forme du roman ne m’a pas non plus convaincue, elle m’a même perdue parfois : les chapitres sont extrêmement courts et, au lieu de donner du rythme à la lecture, ne font que la couper dans son élan. En plus, ils sont écrits à la première personne, et on ne sait pas tout de suite de quel personnage on suit le point de vue : il faut attendre – parfois au bout de plusieurs lignes – un « James a fait ceci » ou « Julie m’a répondu » pour savoir qui est le narrateur, et ça empêche de s’immerger totalement dans le récit.

Bon bref, vous l’aurez compris, je n’ai vraiment pas aimé ce roman, mais, dans un souci d’objectivité, je dois quand même dire que je l’ai lu en version originale – en anglais donc – puisqu’il n’est pas encore sorti en français, et que ça a pu jouer dans ma compréhension de certains passages…
Mais malgré ça, je pense que The Grip of It n’était pas du tout un roman pour moi – comme je l’avais cru au départ.

Patrick Baud et les « Histoires de Nuit »

Est-ce que vous connaissez Patrick Baud ? Mais si, l’homme à la voix d’or, celui qui vous fait découvrir des personnages extraordinaires, des lieux étranges, des histoires insolites (ou des personnages étranges, des lieux insolites et des histoires extraordinaires, ça marche aussi) sur sa chaîne YouTube « Axolot » (que je vous recommande plus que vivement) !
Eh bien, amateurs de littérature, de science-fiction, d’horreur et de voix apaisantes, bonne nouvelle pour vous ! Patrick Baud a un SoundCloud où il vous lit des histoires parfois étonnantes, parfois inquiétantes de grands noms de la littérature comme Jorge Luis Borges, Isaac Asimov ou Arthur C. Clarke ! C’est gratuit, c’est rapide – entre vingt et tente-cinq minutes par nouvelle – c’est varié et prenant, et surtout, c’est LU PAR PATRICK FUCKING BAUD  (jesuisfandecemecvousaviezremarqué?) !
Je l’ai découvert il y a quelques mois grâce à un ami – coucou Mimic si tu passes par là – et j’ai été conquise ! Ça m’a en plus permis de connaître mes premières histoires de Ray Bradbury et de Dan Simmons, deux grands noms de la science-fiction et de l’horreur que j’avais terriblement envie de découvrir !
C’est donc un gros coup de cœur qu’il fallait absolument que je vous partage, j’espère que vous y trouverez votre compte !
Je vous ai mis en dessous le nom, le résumé, et mon avis sur chacune des nouvelles proposées ! (Et bien sûr le lien vers le SoundCloud s’y trouve également !)

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La Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borges

La fin de sa vie approchant, le narrateur nous conte l’histoire de cette Bibliothèque apparemment infinie. Elle contiendrait tous les livres de 410 pages, ceux écrits, ceux à venir, dans toutes les langues possibles et imaginables, et dont certains ont voulu percer les secrets…

Cette histoire est… Compliquée, et de toutes les nouvelles lues par Patrick Baud, j’avoue c’est celle où j’ai le moins accroché. (Revenez, je vous jure que j’ai adoré le reste !)
Il y a des termes compliqués, beaucoup de chiffres et de figures géométriques… C’est un vrai challenge pour l’imagination auquel je ne m’attendais pas la première fois que je l’ai écoutée. (On peut dire que je me suis… Perdue dans la Bibliothèque ?  *ba dum tss*)
Cette métaphore de la littérature est vraiment intéressante, tout comme son rapport avec l’Homme (qui ne fait que des conneries encore une fois), c’est juste qu’il faut vraiment se concentrer, et les pauses musicales entre certains passages sont vraiment les bienvenues.
Donc ne vous laissez pas décourager par cette première nouvelle, c’est vraiment la plus complexe, et si vous aimez les histoires plus simples et qui font frissonner, les autres sont là pour vous ! 

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Les Neuf Milliards de noms de Dieu d’Arthur C. Clarke

Dieu a un nom. Il en a même plusieurs en fait, composés de neuf caractères maximums, et des moines bouddhistes ont entrepris de les découvrir selon un système de codage qu’ils ont mis au point.
Le problème, c’est que l’opération prend du temps, et ils sont déjà au travail depuis plus de trois cents ans…  C’est pour cela qu’ils vont faire l’acquisition d’un supercalculateur qui, en cent jours, pourra imprimer l’ensemble des combinaisons possibles.
Nos deux protagonistes, des informaticiens plutôt sceptiques, les accompagnent au Tibet pour installer et programmer la machine, sans se douter de ce qu’il risque de se produire si les moines parviennent à accomplir leur mission…

J’ai BEAUCOUP aimé celle-ci. Bien que le postulat de départ soit pour le moins… Étrange, et puisse sembler de prime abord plutôt compliqué, on suit le personnage de Wagner, un occidental qui n’y connaît pas grand-chose à la mission des moines – et qui ne cherche pas non plus à en savoir plus.
La grande réussite de cette nouvelle est – pour moi – sa phrase de fin, belle et terrible à la fois… Et c’est frustrant, mais je ne peux évidemment pas en dire plus. (Allez écouter ça et on en reparlera, he he.)
L’écriture d’une nouvelle est loin d’être une mince affaire, mais je pense que c’est totalement réussi pour Arthur C. Clarke : ses personnages sont établis, son histoire compréhensible et sa chute surprenante !
(Par contre… Le « lama » dont il est question dans l’histoire… C’est le Dalaï-lama. N’allez pas vous imaginer une histoire surréaliste avec un camélidé parlant pendant la moitié du récit avant de finalement comprendre et de vous sentir idiot(e)… Oui comme moi oui…)

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La Trappe de Ray Bradbury

C’est étrange… Alors qu’elle habite cette maison depuis plus de dix ans, Clara Peck ne la remarque qu’aujourd’hui… La trappe, dans le plafond. Ce qui est encore plus étrange, c’est que cette nuit-là, elle entend des bruits qui viennent du plafond, des bruits faibles d’abord, mais qui deviennent avec le temps de plus en plus forts. Des souris ? Des rats ? Ou quelque chose d’autre, de plus gros et de plus effrayant ?

Cette nouvelle est bien trop cooool ! Elle est prenante pendant tout le récit et sa fin ne déçoit pas !
Les personnages sont – étonnamment – plutôt développés pour une histoire aussi courte : on arrive à cerner leur caractère, une partie de leur physique et de leur vie sans que ce ne soit trop pour autant.
Contrairement à La Bibliothèque de Babel, il n’y a pas un énorme travail d’imagination à fournir, tout est très bien décrit, ça aide à s’immerger encore plus dans le récit, et puis c’est TROP BIEN que ce soit le genre d’histoires où, quand une personne extérieure arrive, les événements surnaturels ne cessent pas d’un coup pour faire penser que le protagoniste est fou…
Voilà, je n’ai pas grand-chose d’autre à dire, j’ai adoré cette histoire ! Ray Bradbury est définitivement un auteur que je lirai dans un futur proche !

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La Dernière Question d’Isaac Asimov

Six périodes différentes, durant lesquelles l’Homme évolue, conquiert l’espace, se multiplie à une vitesse effarante, se libère de son enveloppe charnelle pour ne devenir d’un esprit flottant dans l’Univers… Six périodes, et pourtant, toujours la même question posée à l’ordinateur Multivac sur l’avenir de l’Humanité. Une question qui reste sans réponse… Ou presque.

Attention, on revient dans quelque chose d’un peu plus complexe !
(Entre autre parce que la fin de l’histoire se déroule dans un futur si lointain que le temps, la matière et l’espace n’existent plus, et ça, c’est pas facile de se le représenter.)
Asimov aborde ici des thématiques chères à la science-fiction avec notamment la conquête de l’espace, l’expansion toujours plus rapide et problématique de l’espèce humaine, le rapport aux technologies, qui prennent de plus en plus de place dans la vie des Hommes… Tout ça, c’est très intéressant, mais d’une certaine manière très flippant aussi.
La nouvelle est longue, elle semble parfois trop longue tant on a envie de savoir la fin, de connaître la réponse à cette fameuse question, de voir comment l’auteur va se débrouiller pour finir cette histoire qui semble impossible à conclure de manière satisfaisante… Et…
Et encore une fois, c’est une très bonne fin selon moi ! Une fin qui vous nique abîme un peu le cerveau, certes, mais qui m’a personnellement convaincue ! Le papa de la science-fiction a frappé fort avec cette nouvelle !

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Le Styx coule à l’envers de Dan Simmons

En cette belle journée de juin, un jeune garçon attend avec son père, son frère et d’autres grandes personnes. Sa mère est morte il y a peu de temps, et aujourd’hui, c’était l’enterrement. Alors il attend. Parce que quand les médecins en auront fini avec elle, elle reviendra à la maison. Vivante… Mais pas tout à fait comme avant…

Le meilleur pour la fin ? Je ne sais pas pour d’autres, mais pour moi, cette nouvelle a été LE coup de cœur !
Cette histoire a tout ce que j’aime : un protagoniste enfant et des créatures pas tout à fait humaines, juste assez différentes pour que ça en devienne de plus en plus inquiétant et malsain… Le tout dans un univers très réaliste où le fantastique et l’horreur prennent peu à peu leur place, de manière subtile. Et puis, dans un sens (un sens un peu tordu certes), on peut voir ça comme l’histoire émouvante d’un petit garçon qui aime juste beaucoup sa maman. Même si elle est différente. (En plus ça m’a rappelé Simetierre qui est tout de même mon roman préféré de Stephen King, donc ça a bien évidemment aidé à conquérir mon petit cœur de lectrice de trucs horribles.)
Je n’ai vraiment pas grand-chose d’autre à rajouter : c’est un sans-faute, et ça me prouve que Dan Simmons a tout à fait sa place dans les grands noms de la littérature horrifique.

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Voilà pour les cinq nouvelles !
Je vous laisse le lien du SoundCloud juste ici : 
https://soundcloud.com/patrick-baud/sets/histoires-de-nuit pour que vous vous fassiez votre propre opinion, et je vous souhaite une bonne écoute ! (Et encore merci à Patrick Baud – qui ne lira jamais cet article – de mettre sa voix au service de la littérature. Ce mec est en or, moi je vous le dis.)

Dans « Misery », l’horreur est humaine

Tout allait remarquablement bien pour l’écrivain Paul Sheldon : il venait de tuer Misery Chastain, une héroïne romantique victorienne, personnage principal d’une saga éponyme qui lui a valu un immense succès, mais qu’il ne supportait plus. Encore mieux : il était sur le point de montrer à son éditeur la première version de son nouveau livre, bien plus sérieux, celui dont il rêvait.
Seulement, une bouteille de Dom Pérignon, une grosse tempête et une énorme dose de malchance plus tard, Paul a un accident et se retrouve chez Annie Wilkes, une ancienne infirmière, avec les jambes broyées.
Heureusement pour lui, Annie est une de ses plus grandes fans, et fait tout ce qu’il faut pour qu’il se rétablisse. Malheureusement pour lui, c’est aussi une grande psychopathe qui ne jure que par Misery, l’héroïne que Paul vient de faire mourir…

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Une petite ferme au milieu de nulle part. Deux personnages. Et c’est tout. Il n’en faut pas plus à Stephen King pour pondre un excellent roman, un huis clos haletant, terrifiant, où la tension ne redescend jamais.

Tout d’abord, il y a Paul, l’écrivain. Personnage plutôt banal, il peut même sembler antipathique au début, mais on ne peut rester de marbre devant les supplices qu’il endure, la force et la débrouillardise dont il fait preuve pour se sortir de cet enfer. Même s’il a parfois des moments de faiblesse – avec deux jambes explosées c’est plutôt normal – et qu’il songe de brefs instants à renoncer, on ne peut que compatir à sa douleur, sans le juger, parce qu’après tout, qu’est-ce qu’on aurait fait à sa place ? (Qui est la question qui, si on se la pose – et on se la pose forcément à un moment – rajoute un degré d’horreur à l’histoire.)
Au final on ressent un profond sentiment d’empathie pour lui, on veut le voir réussir, on l’encourage tout bas, dans notre tête, et on ne se trouve plus dans notre chambre, à notre bureau ou dans notre bus, on n’est plus en train de lire un roman : on est avec Paul, dans ses pensées, dans une petite ferme paumée, loin de tout… Le roman nous happe, nous fait oublier l’extérieur, le monde réel, et on contemple, impuissant, les tentatives de l’écrivain pour s’échapper, ce qui est loin d’être facile, et semble parfois même impossible…

Parce qu’en face de lui, il y a Annie. Annie Wilkes, l’ancienne infirmière, la plus grande fan, le « Dragon femelle », celle qui n’a pas peur de tuer. Eh, ça ne serait pas sa première fois. Loin de là.
King a très bien géré l’écriture de ce personnage, faisant de cette simple bonne femme l’une de ses créatures les plus cauchemardesques. (Alors qu’il a tout de même à son palmarès un hôtel hanté, un alien mangeur d’enfants ou encore un magicien maléfique.)
Et savez-vous ce qui la rend aussi effrayante ? Son imprévisibilité.
Souffrant VISIBLEMENT de troubles mentaux, couplés à quelques phases de dépression, elle est capable de vous cuisiner votre plat préféré avec amour pour, quelques minutes plus tard, VOUS PRIVER IRRÉMÉDIABLEMENT D’UNE PARTIE DE VOTRE CORPS PAR EXEMPLE. Tout ça parce que vous avez dit un mot de travers – sûrement une grossièreté, Annie déteste les mots grossiers. (Je ne dis pas que c’est ce qu’elle fait dans le roman, ce n’est qu’un exemple pour vous montrer qu’elle peut littéralement passer d’un extrême à l’autre.)
Ce qui rend également Annie aussi redoutable, c’est qu’au premier abord, et comme Paul Sheldon, on la sous-estime. Cette femme, qui n’est pas jolie, vieillissante, qui vit presque seule dans sa ferme (avec pour seule compagnie ses quelques animaux dont sa truie adorée) et qui passe son temps à dévorer des romans à l’eau de rose un peu niais… Elle n’est pas si dangereuse que ça, si ? Bon, elle nous démontre vite le contraire, mais tout de même, elle est un peu idiote non ? Paul réussira forcément à l’amadouer, elle qui l’adore ? Et c’est la deuxième erreur. Malgré les préjugés qu’on peut avoir sur elle, Annie est loin, très loin d’être bête. Quand on pense l’avoir comprise, voire même déjouée, on se rend compte qu’elle a au final deux tours d’avance sur nous. Folle, mais pas idiote.

Un autre aspect intéressant du livre – et souvent abordé dans la biographie de King – est la relation entre l’écrivain et son œuvre. (Mais je ne peux pas trop développer là-dessus pour ne pas spoiler l’intrigue.)
Au début du livre, Paul détestait Misery : il souhaitait absolument s’en débarrasser, et c’est ce qu’il a fait en la tuant dans son dernier tome. Cependant, elle sera, avec l’écriture, l’un des seuls éléments permettant à l’auteur de ne pas totalement perdre la tête, de ne pas abandonner et renoncer à la vie. Et ça c’est BEAU.

Misery a donc été pour moi une excellente lecture que je recommande à tous les amateurs du genre ou de l’écrivain !
En même temps c’est un des « classiques » de King, l’avoir autant aimé ne m’a franchement pas étonnée. Au fait, vous savez que j’adore cet auteur ? Non parce que je pense que je ne l’ai dit qu’une trentaine de fois pour l’instant.

Ma déclaration d’amour à « Harry Potter »

Je m’appelle Marie, j’ai – à l’heure où j’écris ces lignes – vingt-et-un ans, et je suis fan de Harry Potter. Quelle originalité hein ?
Oui, comme des milliers d’autres, je me suis créée un compte sur Pottermore (pour perdre le mot de passe quelques jours plus tard), j’ai fait le test pour connaître ma maison, celui pour connaître mon Patronus, j’ai mon écharpe rouge à rayures jaunes, mon collier des Reliques de la Mort, mes livres sont jaunis et usés à force d’être lus et relus, et j’ai patiemment attendu la lettre qui m’enverrait à Poudlard. En vain, bien évidemment.
Harry Potter – la saga, pas le petit sorcier lunetteux que je ne peux imaginer autrement qu’avec le faciès de Daniel Radcliffe – a été pour moi une source d’émerveillement et de réconfort infinie, et c’est pour ça que je lui dédie cet article.

Je crois que j’avais sept ans quand j’ai découvert l’histoire du sorcier qui vit sous l’escalier. J’avais emprunté (sans intention de rendre) Harry Potter à l’école des sorciers à mon grand-frère, et ça a été le coup de foudre. Enfin je crois. C’était il y a plus de dix ans quand même. Mais ce que je sais, c’est que j’adorais ce livre, outrepassant même le règlement familial du « Dodo à 21h00 » pour pouvoir poursuivre ces aventures qui me passionnaient tant.
Les livres Harry Potter n’ont pas été les premiers que j’ai lus, évidemment, mais ils ont été mes premiers romans « de grands ». Je n’avais jamais connu ça auparavant. Je ne savais pas que des livres pouvaient autant me faire rire, pleurer, que je pouvais autant m’attacher à des personnages fictifs…
Aussi, la notion de « plot-twist » m’était totalement inconnue, alors je peux vous dire qu’à la fin de chaque livre, j’étais comme ça :

(« Keuwa, c’était le rat depuis le début ?! » – Marie, sept ans.)

Bref, quand j’ai découvert Harry Potter, ça a été… Magique. Sans mauvais jeu de mots.
La première rencontre avec le monde des Sorciers, sur le Chemin de Traverse, m’a juste émerveillée avec ses boutiques de balais volants, de baguettes magiques, de grimoires, d’animaux… Me dire que Londres recelait une partie secrète, pleine de sorciers, de créatures et d’objets magiques, cachée mais pourtant juste sous notre nez… C’était extraordinaire.
Et puis j’ai découvert Poudlard.

Et j’ai rêvé d’étudier à Poudlard.
Certes, le risque de se faire pétrifier/manger l’âme/torturer/tuer (ou pire, renvoyer !) est un peu plus grand chaque année, mais outre ce détail insignifiant, Poudlard, ça pète la classe.

Enfin je veux dire… Apprendre des sorts géniaux, s’occuper d’un hippogriffe, ̶p̶a̶r̶t̶i̶c̶i̶p̶e̶r̶ assister aux matchs de Quidditch, passer des heures à la Bibliothèque ou dans la Salle Commune, avoir un hibou, ALLER A PRÉ-AU-LARD, FÊTER HALLOWEEN AVEC DES FANTÔMES (!!!) … Excusez-moi, mes vieux rêves d’enfance remontent, je m’emballe. Mais Poudlard, ça pète la classe.

Jamais aucun autre univers ne m’a autant donné envie de plonger dans les pages d’un livre… Je veux dire, LITTÉRALEMENT plonger dedans, et atterrir dans un autre monde. Et pourtant, ce n’est même pas ce que je préfère dans les romans de J.K. Rowling.
En effet, si j’ai eu envie de visiter le monde des Sorciers avec ses hiboux facteurs, son école magique et ses créatures merveilleuses, ce sont ses personnages qui m’ont donnée envie d’y vivre.

Comme je vous le disais juste ici, « personnages fictifs > personnes de la vie réelle ». Et ça n’a jamais été aussi vrai que dans Harry Potter.
La petite moi de sept ans (et celle de vingt-et-un ans) aurait rêvé aller en cours avec Harry, Ron et Hermione, les sécher avec Fred, George et Lee, rejoindre l’Armée de Dumbledore pour faire un pied de nez à Ombrage pour ensuite intégrer l’Ordre du Phénix aux côtés des plus grands sorciers tels que Sirius Black, Remus Lupin ou ̶N̶y̶m̶p̶h̶a̶d̶o̶r̶a̶ Tonks… Et tout ça, je l’ai en partie réalisé, grâce aux livres.
J’ai haï Voldemort, pardonné Rogue, pleuré la mort de Dobby, gagné la coupe des Quatre Maisons (chaque année) avec les Gryffondor…

Je n’ai jamais eu de problèmes dans mon enfance, mais quand il le fallait, Harry, Ron, Hermione et les autres étaient là pour moi. Et ils le sont toujours, d’une certaine manière, puisque je suis sûre que sans eux, je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui. (Eh oui, certains livres ont ce pouvoir.)

J.K. Rowling a un don pour créer des êtres réalistes, terriblement attachants, avec leurs qualités et leurs défauts, voire même leur part sombre, des personnages que l’on aimerait réels…
Mais d’ailleurs, le terme « personnages » leur convient-il encore ? Est-ce qu’ils ne deviennent pas, au fil des lectures et relectures, des amis, une famille, et même des ennemis faits autrement que d’encre et de papier ? 
Peu importe le nombre de romans que je lis, je ne me sens jamais aussi bien que quand je les retrouve, prête à repartir pour une aventure que je connais par cœur et que j’appréhende pourtant avec la même excitation que si c’était la première fois.
Poudlard est ma deuxième maison, et n’ai pas les mots pour exprimer à quel point ceux qui y vivent me sont précieux.

Alors oui, les romans, l’univers et les personnages m’ont émerveillée… Et ils m’ont brisé le cœur.
Quand je disais plus haut que je ne savais pas que des livres pouvaient autant me faire pleurer, je ne mentais pas : c’est devant Harry Potter que j’ai versé mes premières larmes de lectrices. Et que j’ai appris que mes personnages préférés pouvaient mourir. (Eh, de mes cinq personnages préférés, quatre trouvent la mort, et le dernier perd son oreille. Et son jumeau. Du coup je peux vous dire que j’ai retenu la leçon.)
Aussi, jamais quitter un livre ne m’a laissée avec un tel vide en moi, une telle tristesse de devoir quitter un monde et des personnages – de devoir quitter un foyer et des amis.
Quand je repose le dernier tome, je ne sais pas quoi faire. Je ne peux pas lire autre chose, pas après ça. Pas après avoir vu Harry, Ron Hermione et les autres grandir, combattre, aimer, perdre et gagner. J’ai grandi avec eux, je grandis un peu plus à chaque fois que je les retrouve, je ris et je pleure à leurs côtés, et même si pour certains tout ça n’est qu’une histoire, pour moi, c’est bien plus.
Et pour ça, je n’ai qu’un mot à dire : merci.

« Nous avons toujours vécu au château » : l’étrange e(s)t le banal

« Merrycat, dit Connie, veux-tu une tasse de thé ?
Oh, non, fit Merricat, tu vas m’empoisonner.
Merricat, dit Connie, voudrais-tu fermer l’œil ?
Dans un trou au cimetière, au fond d’un vieux cercueil ! »


Le moins que l’on puisse dire, c’est que les villageois n’aiment pas ceux qui habitent le vieux manoir des Blackwood. (Ou du moins ce qu’il en reste…)

Et pour cause, la quasi-totalité de la famille a été empoisonnée par de l’arsenic versé dans leur sucre, voilà six ans de ça.
Aujourd’hui, il ne reste que Mary Katherine, dix-huit ans, sa grande sœur Constance, accusée du meurtre de sa famille puis relâchée pour faute de preuves, et leur oncle Julian, mourant et à moitié fou à cause de l’empoisonnement auquel il a survécu.
Les trois derniers Blackwood sont donc terrés chez eux depuis six ans, et, malgré une vie de parias, ont trouvé un certain équilibre dans ce quotidien difficile. Un équilibre qui pourrait rompre à tout instant…

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Eh bien, avec un tel résumé, je ne m’attendais pas à ça. Quel roman… Étrange.
Dans Nous avons toujours vécu au château, il ne se passe pas grand-chose. Eh, l’évènement le plus important de l’histoire, le meurtre de la famille, se passe même six ans avant l’intrigue. (Et à propos de ça, ne vous attendez pas à une enquête ou à un quelconque retournement de situation : tout est évident dès les premières pages.)
Pour le reste, on ne fait que suivre le quotidien – pas si banal – des personnages.
Ces personnages, d’ailleurs, ne sont pas de « bonnes personnes ». Ils sont excentriques (pour ne pas dire un poil dérangés), et ne bénéficient de quasiment aucune évolution, restant les mêmes du début à la fin du roman.
Et le plus étrange, c’est que tous ces points, qui sont censés être – en toute logique – terriblement négatifs pour un roman font finalement de Nous avons toujours vécu au château une œuvre très originale et très sympa à lire !

Bon, d’accord, « sympa » n’est pas vraiment le terme le plus adapté pour décrire cette histoire, d’autant plus que beaucoup l’ont trouvée plutôt flippante (il faut dire que l’atmosphère, le meurtre sordide de la famille et les personnages un peu timbrés n’aident pas), mais je ne pourrais jamais classer ce livre dans la catégorie « horreur » à laquelle il est censé appartenir. (Même s’il a été écrit par Shirley Jackson, la « Queen of Gothic Horror ».)
Ce sont d’ailleurs les personnages que j’ai le plus apprécié : ce sont eux qui donnent leur caractère étrange à l’histoire – au lieu de subir les événements comme c’est si souvent le cas.

Il y a tout d’abord l’oncle Julian : il est excentrique et plutôt drôle (malheureusement, c’est parce qu’il perd peu à peu la boule à cause de son empoisonnement à l’arsenic). Il est obsédé par l’idée d’écrire un livre sur le meurtre de sa famille, parle du drame avec détachement, avec légèreté… Et demande souvent si l’évènement a réellement eu lieu.
Un peu fou, mais pas méchant. Mais qu’en est-il des autres ?

Constance et Mary Katherine (dite « Merricat »), sont elles aussi très étranges – et là, l’arsenic n’y est pour rien.
Étant les seules à ne pas avoir pris de sucre le jour du meurtre, elles sont les seules à n’avoir aucune séquelle, et le moins que l’on puisse dire…
C’est que le syndrome du survivant, elles ne savent pas ce que c’est.
Elles ne se soucient à AUCUN moment de la perte de leur famille, n’éprouvent aucune culpabilité, pas la moindre once de tristesse à leur égard. Elles ne pensent même jamais à eux. (En fait, si elles ne s’aimaient pas autant, je les penserais purement et simplement sociopathes.)

Constance, l’aînée, est considérée comme la principale suspecte de l’empoisonnement, et cela n’a pas l’air de la gêner le moins du monde. Elle en parle d’ailleurs avec la même légèreté que l’oncle Julian.
Elle s’occupe du manoir et de sa famille (ou du moins ce qu’il en reste…) avec le plus grand des soins, c’est une fée du véritable fée du logis. Elle adore cuisiner, s’occuper de son jardin… Mais ce qu’elle adore le plus au monde, c’est Merricat.

Et Merricat…
Oh Merricat…
C’est le plus étrange (et donc le plus intéressant) membre de cette famille. (Et ça tombe bien, c’est aussi notre narratrice.)
Aujourd’hui âgée de dix-huit ans, elle en avait douze lors du meurtre de sa famille, et a donc arrêté l’école à cet âge… En fait, elle a même carrément arrêté D’ÉVOLUER à cet âge.
Bien qu’étant une jeune adulte, elle est espiègle, candide, parfois capricieuse, et possède une imagination débordante qui la pousse notamment à donner des propriétés surnaturelles à tout ce qu’elle trouve.
Par exemple, elle a créé une protection magique à la maison en clouant un livre à un arbre : tant que le livre ne tombe pas, la maison est protégée. Aussi, elle choisit parfois trois mots (compliqués de préférence), et s’ils ne sont pas prononcés avant la fin de la journée, rien de mauvais n’arrivera… Bref, vous voyez, toutes ces petites croyances naïves et rassurantes qu’ont les enfants pour se protéger avec leur plus grande (et parfois leur seule) arme : leur imagination.
Ah, et elle parle à son chat aussi.
Je vous le dit, c’est un personnage fascinant.

Et c’est le fait d’avoir un personnage aussi fascinant comme narratrice qui fait l’originalité et le charme du roman : sa manière de penser, parfois candide, parfois inquiétante (lorsqu’elle souhaiterait voir mourir les villageois par exemple) nous perd dans un flot de sentiments différents et contradictoires. « Est-elle folle ? » « Ou juste un peu bizarre ? » « Et le reste de sa famille ? » « Est-ce que je suis censée bien l’aimer, ou la craindre..? »
On ne sait pas non plus à quel point ce qui nous est montré est vrai, faux, exagéré, étrange… Comme elle ne fait que nous relater son quotidien, tout est normal, et même banal pour elle.
Et d’ailleurs, à cause de ça, j’ai eu énormément de mal à écrire cette critique, à poser des mots sur ce que je ressentais… Parce que je ne suis toujours pas sûre de ce que je ressens.
Quand j’ai lu Nous avons toujours vécu au château, je me suis contentée de prendre ce qu’on me donnait comme informations, sans me poser plus de questions. J’adore Merricat, j’adore la douce folie qui émane d’elle, alors j’ai vite accepté son point de vue comme étant la vérité. Elle adore sa sœur ? Alors sa sœur est adorable. Elle veut voir mourir les villageois ? Alors ce sont des monstres. Elle ne pense pas aux membres de sa famille décédés ? Alors ils ne devaient pas être très intéressants.
Ce n’est qu’en reposant le livre que je me suis dit que, quand même, tout ça était sacrément bizarre. Je n’ai jamais considéré Mary Katherine comme étant un ange, mais n’est-elle pas carrément un démon ?

Bon, comme je vous le disais, j’ai encore du mal à mettre des mots sur cette lecture, et je commence à avoir mal au crâne, alors je vais m’arrêter là (#blogueuseencarton), mais ce dont je suis sûre, c’est que Nous avons toujours vécu au château est un très bon roman de Shirley Jackson, une histoire si simple et pourtant si originale qu’elle vous laisse avec bien plus de questions que de réponses. Ou alors je suis complétement stupide, c’est aussi une option envisageable.

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TL;DR : Marie est complétement perdue quand elle est face à un narrateur non fiable. Mais le livre est cool.